Ce livre raconte des réalisations liturgiques chez les jeunes. Il a été vécu en équipe avant d'être rédigé. Il relate des gestes concrets. Il n'offre pas des faits à copier servilement; il les présente pour indiquer des possibilités et tracer une route, il désire tout simplement insuffler un esprit ou le vivifier là où il existe déjà.
Dieu a voulu créer les hommes humains et inscrire son message divin dans des gestes, dans des gestes véritables. Le Christ s'est incarné. Il faut le retenir, en vivre. A la suite de son Chef, l'Eglise a multiplié lès signes sensibles. Sans doute le geste ne suffit pas; il ne vaut que par ce qu'il signifie; il faudra qu'il soit accompli selon un esprit, l'Esprit; mais il devra être posé.
Une préoccupation constante de mon jeune sacerdoce fut de réaliser cette union du divin dans l'humain selon l'enseignement même de l'Eglise.
Vivre et faire vivre le christianisme au rythme de la liturgie, dans les joies et les souffrances du Christ, dans un contact perpétuel avec l'Equipe de ses saints, et cela au vingtième siècle. En fait cette nécessité est de tous les temps et de toutes les latitudes, mais comme elle sait épouser les figures mêmes des époques et des gens, autant la vivre en son temps.
Le scoutisme m'ayant puissamment aidé à comprendre les magnifiques paroles de saint Jean en son prologue évangélique : « Et Verbum taro factum est, et habitavit in nobis », j'ai réussi, en équipe, quelques réalisations que je livre aujourd'hui à titre de suggestions. Elles ne sont point finales. Elles peuvent tout de même aider.
Je songe parfois à un monde de jeunes Canadiens vivant à fond de la vie de l'Eglise. Qui les formera ? Déjà des services s'y attachent, des mouvements donnent le branle, scoutisme et j.e.c., mais si tous voulaient, si tous essayaient !
Qu'un collège, par son service liturgique, organise une semaine de la messe, qu'il réveille les élèves au son d'un Ave Maria de Schubert au jour de l'Immaculée-Conception et aussitôt je sens l'effort tenté pour sortir de la routine quotidienne. Qui ira plus loin, plus en profondeur ? Nos paroisses recevront- elles de ce nécessaire influx vital ? Ce livre y invite.
Des jeunes, des filles et des garçons, en Europe, à travers l'Amérique et aux Antilles, ont vécu les faits que je vous raconte. Ils ont tenté véritablement de faire habiter le Christ parmi eux au vingtième siècle, au milieu de leurs études, et de leurs loisirs, de leurs joies et de leurs peines, dans des gestes concrets issus d'une pensée, d'une vie intérieure, et selon les cycles mêmes prévus par Rome. Ce n'est pas facile. Tout a quand même été réalisé.
Obtenir en groupe une religion faite chair, intégrée aux actes de tous les jours, selon la doctrine de saint Paul, voilà de vraies victoires de Chrétienté. Cette religion ne cesse point de s'adresser aux âmes, loin de là, mais elle s'incarne dans les jeunes et dans toute leur vie. Elle fait pénétrer le spirituel dans le charnel, la vie de la grâce dans l'humain.
Un merveilleux traceur de piste, l'abbé Robert Llewellynn, m'a indiqué la route quand j'étais simple novice au clan Saint-Jacques; depuis il a continué sans cesse de m'enrichir. J'ai essayé de marcher sur les mêmes sentiers. Et quand la route manquait, je l'ai faite. Aujourd'hui je m'arrête à l'étape et je livre ces récits. Cependant je rêve de nouveaux efforts, plus grands et plus beaux. J'entends continuer. Je rêve d'une fine tapisserie dont la chaîne restera l'enseignement traditionnel de l'Eglise et dont la trame, qui accuse les dessins, sera faite d'une vie étudiante de jeunes Canadiens de notre époque. Je rêve d'une année liturgique tissée de fils ouvriers ou paysans, d'une liturgie adaptée et vécue dans tous les milieux.
D'aucuns trouveront peut-être certaines réalisations révolutionnaires. Et pourquoi pas ? Certes il ne faut jamais être des révoltés, mais l'Eglise demeure essentiellement révolutionnaire ! Elle bouillonne sans cesse. Elle doit bouillonner de la Passion et du Sang du Christ en nous et par nous. Car Il a habité parmi nous, nous sommes depuis, une révolution en marche .
La phrase en exergue de ce prologue trace la route à suivre. Deux cris de joie se complètent qui indiquent l'esprit même de ce livre. Je les ai trouvés sous la plume d'un Jésuite. Je les ai jugés magnifiques. Ils soulignent merveilleusement la continuité messianique depuis le Christ jusqu'à nos jours. Il est toujours au milieu de nous. Peu lui importe d'être acclamé par un Hip ! Hip ! Hourra ! sonore ou un Alléluia ! retentissant. Il est de tous les temps. Il comprend toutes les langues pourvu qu'elles parlent selon son Esprit. S'adapter aux époques et aux pays a toujours été la ligne de conduite de l'Eglise. François d'Assise créant ses crèches l'avait compris. Nous avons essayé en équipe de le comprendre. Puissent d'autres en profiter. Voilà l'unique raison de ce livre.
Ambroise LAFORTUNE, ptre. |