« Seul, cellui qui nombre la multitude des estoilles et impose à chascune leurs noms » peut compter les miracles de saint Yves. « Mais pour ce que très grant inconvénient et déshonneur seroit, par parce qu'il soit solitaire des choses qui appartiennent à la louenge de Nostre Seigneur, nous en réciterons aucuns.
Si le continuateur de la Légende Dorée, quelques années après la mort de saint Yves, pouvait écrire, et à bon droit, ces lignes que dire aujourd'hui du plus grand de nos thaumaturges bretons. Sa vie est une mine inépuisable, où tour à tour ont travaillé l'historien de la Bretagne , des érudits; des prêtres, des religieux, ou même tel de nos jurisconsultes assez universellement réputé pour que deux nations étrangères l'aient pris comme arbitre. Il ne pouvait y avoir de voix plus autorisée que celle d'Arthur Desjardins pour louer en saint Yves le juge intègre, l'avocat des pauvres, des veuves et des orphelins, comme il n'était pas de savant plus qualifié qu'Arthur (le La Borderie pour réunir les Monuments de l'Histoire (1) d'un saint Breton et compléter ainsi l'admirable hagiographie écrite par l'avocat Ropartz (2)
A ces Monuments , j'ajouterai humblement ma pierre : et, pour rendre hommage à celui qu'invoquent dans le rugissement de la tempête nos vaillants marins, j'interromprai un instant leur propre histoire. Aux voûtes de la cathédrale de Tréguier, les commissaires enquêteurs du procès de canonisation comptaient déjà vingt-sept navires d'argent et plus de quatre-vingt-dix vaisseaux (le cire, qui se balançaient au-dessus du tombeau du saint. Depuis lors, chaque siècle devait apporter en ex-voto de nouveaux trophées et ajouter aux liasses de procédure des procès gagnés les offrandes des marins sauvés du naufrage.
L'expansion du culte de saint Yves, aux heures sombres de notre histoire, durant la guerre de Cent ans, les guerres de religion et la Terreur, a subi des temps d'arrêt, un recul même, lorsqu'on perdait la notion d'une justice miséricordieuse. Mais, par un juste retour des choses d'ici- bas, l'extension du culte ne reprenait que plus vivement sa marche , tant l'image du juge intègre, au milieu des passions déchaînées, paraissait radieuse. Naguère, à l'inauguration du monument élevé par la Bretagne à son glorieux enfant, l'évêque de Saint-Brieuc et Tréguier exprimait le souhait que le culte de saint Yves devînt un culte national..., qu'il le redevînt plutôt, car NOUS verrez combien l'avocat des pauvres fut jadis honoré par toute la France. |
1-Les Monuments originaux de l'histoire de saint Yves (Saint-Brieuc, 1887, in-4°) comprennent : le testament de saint Yves, le procès et, la bulle de canonisation, la notification de cet acte au roi Philippe de Valois, l'office primitif et la messe, enfin les fac-similés de la chasuble et d'un feuillet du bréviaire de saint Yves.
2. Ropartz n'avait connu, en effet, du procès de canonisation, que les dépositions de témoins publiées par les Bollandistes, soit 92 seulement sur 243, les n°' 1 à 52,81 à l io, 125 à 135 (Histoire de saint Yves, Saint-Brieuc,1843, in-8e)
3-. Bibliothèque nationale, ms. français 416, fol. 271 publié plus bas en Appendice.
4539G. -- Imprimerie LAnutm, 9, rue de Fleurus, à Paris . |