Titre de la série :
Vie de Jésus

Titre de la page:

Menu-Préface-Avertissement

Nom de l'auteur:
Père Ernest Renan-

Préface et documents annexes 

de GILBERT GUISAN

Société coopérative

EDITIONS RENCONTRE  Lausann

Portrait Ernest Renan  par  Scheffer  Édition Rencontre 1965


CHRONOLOGIE

1823 28 février: naissance d'Ernest Renan à Tréguier (Côtes-du- Nord).
1832-1838 Etudes au Collège ecclésiastique de Tréguier.
1838-1845 Renan poursuit, grâce à une bourse, ses études à Paris, soit: au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, (études littéraires, 1838-1841), au séminaire d'Issy, (études philosophiques, 1841-1843), au séminaire de Saint-Sulpice (études de théologie, 1843-1845).
1843- 23 décembre: reçoit la tonsure, « premier pas de la consécration sacerdotale ».
1845- Printemps: rédige à Saint-Sulpice l'Essai psychologique sur Jésus-Christ et une partie des Cahiers de Jeunesse.
1845- 9 octobre: Renan renonce à l'Eglise et quitte Saint-Sulpice.
1845-1848 Etudes libres à Paris : baccalauréat (janvier 1846), licence ès lettres (octobre 1847), agrégation de philosophie (septembre 1848).
1847 Obtient le Prix Volney, de l'Institut de France, pour son Essai historique et théorique sur les Langues sémitiques en général, sur la Langue hébraïque en particulier.
1848- Renan collabore au journal La Liberté de penser et y publie notamment une étude sur les « historiens critiques de la vie de Jésus ». Il rédige L'Avenir de la Science.
1849- Octobre, et jusqu'en juin 1850: mission scientifique en Italie.
1850- Renan commence une collaboration de dix ans à la Revue des Deux Mondes et au Journal des Débats. 1856 11 septembre: Mariage avec Cornélie Scheffer, fille du peintre Ary Scheffer.
1857- Etudes d'Histoire religieuse.
1858- Traduction du Livre de Job.
1859- Essais de Morale et de Critique.
1860- Traduction du Cantique des Cantiques. Ces deux traductions présentent au public l'état de la critique biblique.
1860- Octobre, et jusqu'en octobre 1861: mission archéologique en Syrie et en Palestine .
1861- 24 septembre: mort d'Henriette Renan, sa sœur, à Amschitt (Syrie).
1862- Renan est nommé professeur au Collège de France; son cours est presque immédiatement suspendu et il sera destitué en 1864.
1863- Vie de Jésus.
1864-1865 Second voyage en Orient: Renan parcourt pendant une année l'Egypte, la Syrie et la Grèce
1867 Nouvelle édition (c'est la treizième) avec des modifications importantes.
1870 Renan retrouve sa chaire du Collège de France.
1871 La Réforme intellectuelle et morale, inspirée par l'actualité.

Au cours des dix années suivantes, Renan poursuit et achève l'Histoire des Origines du Christianisme.

1883- Juin: administrateur du Collège de France.
1883- Souvenirs d'Enfance et de Jeunesse.
1884- Nouvelles Etudes d'Histoire religieuse.
1887- Premier volume de l'Histoire du Peuple d'Israël. Les autres volumes paraîtront en 1889, 1891 et, posthumes, en 1893.
1888- Drames philosophiques.
1892- 2 octobre: mort d'Ernest Renan


À L'ÂME PURE DE MA SŒUR HENRIETTE
Morte à Byblos le 24 septembre 1861

Te souviens-tu, du sein de Dieu où tu reposes, de ces longues journées de Ghazir, où seul avec toi, j'écrivais ces pages inspirées par les lieux que nous avions visités ensemble? Silencieuse à côté de moi, tu relisais chaque feuille, et la recopiais sitôt écrite, pendant que la mer, les villages, les ravins, les montagnes se déroulaient à nos pieds. Quand l'accablante lumière avait fait place à l'innombrable armée des étoiles, tes questions fines et délicates, tes doutes discrets me ramenaient à l'objet sublime de nos communes pensées. Tu me dis un jour que ce livre-ci, tu l'aimerais, d'abord parce qu'il avait été fait avec toi, et aussi parce qu'il était selon ton coeur. Si parfois tu craignais pour lui les étroits jugements de l'homme frivole, toujours tu fus persuadée que les âmes vraiment religieuses finiraient par s'y plaire. Au milieu de ces douces méditations, la mort nous frappa tous les deux de son aile; le sommeil de la fièvre nous prit à la même heure: je me réveillai seul! Tu dors maintenant dans la terre d'Adonis, près de la sainte Byblos et des eaux sacrées où les femmes des mystères antiques venaient mêler leurs larmes. Révèle-moi, ô bon génie, à moi que tu aimais, ces vérités qui dominent la mort, empêchent de la craindre et la font presque aimer.

AVERTISSEMENT

Puisqu'il m'a été donné de tracer de Jésus une image qui a obtenu quelque attention, j'ai cru devoir offrir cette image, sous une forme convenablement préparée, aux pauvres, aux attristés de ce monde, à ceux que Jésus a le plus aimés Beaucoup de personnes ayant regretté que le livre, par son prix et son volume, ne fût pas accessible à tous, j'ai sacrifié l'introduction, les notes et certains passages du texte qui supposaient le lecteur assez versé dans les recherches spéciales de la critique. Par la suppression de ces diverses parties, on a atteint un triple but. D'abord, le livre est devenu d'un format si modeste, que toute personne qui y trouvera du goût pourra le posséder.

En second lieu, je ne crois pas qu'il y reste un mot ni une phrase qui exige, pour être compris, des études prélimi­naires. Enfin, par ces retranchements j'ai obtenu un résultat qui ne m'est pas moins précieux. J'avais fait mon livre avec la froideur absolue de l'historien, se proposant pour unique objet d'apercevoir la nuance la plus fine et la plus juste du vrai. Cette franchise ne pouvait manquer de causer quelques froissements à tant d'âmes excellentes que le christianisme élève et nourrit. Plus d'une fois, j'ai regretté de voir des personnes auxquelles j'aurais infiniment aimé à plaire, détournées de la lecture d'un livre dont quelques pages n'auraient peut-être pas été pour elles sans agrément ni sans fruit. Je crois que beaucoup de vrais chrétiens ne trouveront dans ce petit volume rien qui les blesse. Sans changer quoi que ce soit à ma pensée, j'ai pu écarter tous les passages qui étaient de nature à produire des malen­tendus, ou qui auraient demandé de longues explications.

L'histoire est une science comme la chimie, comme la géologie. Pour être entièrement comprise, elle exige des études approfondies, dont le résultat le plus élevé est de savoir apprécier la différence des temps, des pays, des nations et des races. Aujourd'hui, un homme qui croit aux fantômes, aux sorciers, n'est plus tenu chez nous pour un homme sérieux. Mais, autrefois, des hommes éminents ont cru à tout cela, et peut-être, en certains pays est-il encore possible, de nos jours, d'allier une vraie supériorité à de pareilles erreurs. Les personnes qui ne sont pas arrivées, par des voyages, par de longues lectures ou par une grande pénétration d'esprit, à s'expliquer ces différences, trouvent toujours quelque chose de choquant dans les récits du passé; car le passé, si héroïque, si grand, si original, n'avait pas, sur certains points fort importants, les mêmes idées que nous. L'histoire complète ne peut reculer devant cette difficulté, même au risque de provoquer les plus graves méprises. La sincérité scientifique ne connaît pas les mensonges prudents. Il n'est pas en ce monde un motif assez fort pour qu'un savant se contraigne dans l'expression de ce qu'il croit la vérité. Mais, quand une fois on a dit, sans une ombre d'arrière-pensée, ce qu'on croit certain ou probable ou possible, n'est-il pas permis de laisser là les distinctions subtiles pour s'attacher uniquement à l'esprit général des grandes choses, que tous peuvent et doivent comprendre? N'a-t-on pas le droit d'effacer les dissonances pour ne plus songer qu'à la poésie et à l'édification, qui surabondent en ces vieux récits? Le chimiste sait que le diamant n'est que du charbon; il sait les voies par lesquelles la nature opère ces profondes transformations. Est-il obligé pour cela de s'interdire de parler comme le monde et de ne voir dans le plus beau joyau qu'un simple morceau de carbone?

Ce n'est donc pas ici un nouveau livre. C'est la « Vie de Jésus », dégagée de ses échafaudages et de ses obscurités. Pour être historien, j'avais dû chercher à peindre un Christ qui eût les traits, la couleur, la physionomie de sa race. Cette fois, c'est un Christ en marbre blanc que je présente au public, un Christ taillé dans un bloc sans tache, un Christ simple et pur comme le sentiment qui le créa. Mon Dieu! peut-être est-il ainsi plus vrai. Qui sait s'il n'y a pas des moments où tout ce qui sort de l'homme est immaculé? Ces moments ne sont pas longs; mais il y en a. C'est ainsi du moins que Jésus apparut au peuple; c'est ainsi que le peuple le vit et l'aima; c'est ainsi qu'il est resté dans le coeur des hommes Voilà ce qui a vécu en lui, ce qui a charmé le monde et créé son immortalité.

Je ne réfuterai pas pour la vingtième fois le reproche qu'on m'adresse de porter atteinte à la religion. Je crois la servir. Certaines personnes s'imaginent que, par de timides réticences, on empêchera le peuple de perdre la foi au surnaturel. Quand même une telle précaution serait honnête, elle serait fort inutile. Cette foi, le peuple l'a perdue. Le peuple, en cela d'accord avec la science positive, n'admet pas le surnaturel particulier, le miracle. Faut-il conclure de là qu'il est étranger aux hautes croyances qui font la noblesse de l'homme? Ce serait une grave erreur. Le peuple est religieux à sa manière. Quoi de plus touchant que son respect pour la mort? Son courage, sa sérénité, son désir de s'instruire, son indifférence au ridicule, ses grands instincts d'héroïsme, son goût pour les ouvrages d'art ou de poésie qui procurent des émotions sérieuses en s'adressant aux sentiments nobles, cette perpétuelle jeunesse qui brille en lui quand il s'agit de gloire et de patrie, tout cela est de la religion et de la meilleure. Le peuple n'est nullement matérialiste.

On lui plaît par l'idéalisme. Son défaut, si c'en est un, est de faire bon marché de tous les intérêts quand il s'agit d'une idée. Il serait funeste de lui prêcher l'irréligion; il serait inutile d'essayer de le ramener aux vieilles croyances surnaturelles. Reste un seul parti, qui est de lui tout dire. Le peuple saisit très vite, et par une sorte d'instinct profond, les résultats les plus élevés de la science. Il voit que, parmi les formes religieuses qui ont existé jusqu'ici, aucune ne peut pré­tendre à une valeur absolue; mais il sent bien aussi que le fondement de la religion ne croule pas pour cela. Lui inspirer le respect même des formes qui passent, lui en montrer la grandeur dans l'histoire, mettre en relief ce que ces formes antiques ont eu de bon et de saint, n'est-ce pas faire acte pieux? Pour moi, je pense que le peuple tourne­rait le dos à sa délivrance, le jour où il tiendrait pour des chimères la foi, l'abnégation, le dévouement. La part d'illusions qui autrefois se mêlait à tous les grands mouvements soit politiques, soit religieux, n'est pas un motif pour refuser à ces mouvements la sympathie et l'admiration. On peut être bon Français sans croire à la sainte ampoule. On peut aimer Jeanne d'Arc sans admettre la réalité de ses visions.

Voilà pourquoi j'ai pensé que le tableau de la plus étonnante révolution populaire dont on ait gardé le souvenir pouvait être utile au peuple. C'est ici vraiment la vie de son meilleur ami; toute cette épopée des origines chrétiennes est l'histoire des plus grands plébéiens qu'il y ait jamais eu. Jésus a aimé les pauvres, haï les prêtres riches et mondains, reconnu le gouvernement existant comme une nécessité; il a mis hardiment les intérêts moraux au-dessus des querelles des partis; il a prêché que ce monde n'est qu'un songe, que tout est ici-bas image et figure, que le vrai royaume de Dieu, c'est l'idéal, que l'idéal appartient à tous. Cette légende est une source vive d'éternelles consolations; elle inspire une suave gaieté; elle encourage à l'amélioration des moeurs sans vaine hypocrisie; elle donne le goût de la liberté; elle porte enfin à réfléchir sur les problèmes sociaux, qui sont les premiers de notre temps. Jésus ouvre sur ce point des vues d'une profondeur étonnante. Quand on sort de son école, on conçoit très bien que la politique ne saurait plus être un jeu frivole; que l'essentiel, un jour, sera de travailler au bonheur, à l'instruction et à la vertu des hommes; que tout effort pour écarter de telles questions est frappé de stérilité.

Humbles serviteurs et servantes de Dieu, qui portez le poids du jour et de la chaleur; ouvriers qui travaillez de vos bras à bâtir le temple que nous élevons à l'esprit; prêtres vraiment sains qui gémissez en silence de la domination d'orgueilleux sadducéens; pauvres femmes qui souffrez d'un état social où la part du bien est encore faible; ouvrières pieuses et résignées au fond de la froide cellule où le Seigneur est avec vous, venez à la fête qu'un jour Dieu, en son sourire, prépara pour les simples de coeur. Vous êtes les vrais disciples de Jésus. Si ce grand maître revenait, où croyez-vous qu'il reconnaîtrait la vraie postérité de la troupe aimable et fidèle qui l'entourait sur le bord du lac de Génésareth? Serait-ce parmi les défenseurs de symboles qu'il ne connaissait pas, dans une église officielle qui favorise tout ce qu'il a combattu, parmi les partisans d'idées vieillies associant sa cause à leurs intérêts et à leurs passions? Non; ce serait parmi nous, qui aimons la vérité, le progrès, la liberté. Et, si un jour il s'armait du fouet pour chasser les hypocrites, en qui pensez-vous qu'il reconnaîtrait le Pharisien de sa parabole? En ceux qui disent: « O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme ce grand coupable, ce malheureux, cet homme de néant, » ou en ceux qui disent: « O toi, que je méconnais peut-être, mais que j'aime et qui dois rechercher avant tout l'hommage d'un coeur sincère, révèle-toi, car ce que je veux, c'est te voir »? Considérez l'horizon; on y sent poindre une aurore, la délivrance par la résignation, le travail, la bonté, le soutien réciproque; la délivrance par la science, qui, pénétrant les lois de l'humanité et assujettissant de plus en plus la matière, fondera la dignité de tous les hommes et la vraie liberté. Préparons, en faisant chacun notre devoir, ce paradis de l'avenir. Pour moi, je serai heureux si un moment, avec ces récits du passé, je vous ai fait oublier le présent, si j'ai renouvelé pour vous la douceur de cette idylle sans pareille qui, il y a dix-huit cents ans, ravit de joie quelques humbles comme vous.

Edition populaire, p. 249:

« (Jésus) ne vivait que de son Père et de la mission divine dont il avait la conviction d'être chargé. [...] Que nous réserve l'avenir? La grande originalité renaîtra-t-elle, ou le monde se contentera-t-il désormais de suivre les voies ouvertes par les hardis créateurs des vieux âges? Nous l'ignorons. [...] En tout cas, Jésus ne sera pas surpassé. Son culte se rajeunira sans cesse; sa légende provoquera des plus beaux yeux des larmes sans fin; ses souffrances atten­driront les meilleurs coeurs; tous les siècles proclameront qu'entre les fils des hommes il n'en est pas de plus grand que Jésus. »

Imprimé en Suisse

 

TABLE DES MATIÈRES

1
Menu
Chronologie-Avertissement
8
XI
Ambassade de Jean prisonnier vers Jésus
— Mort de Jean
— Rapports de son école avec celle de Jésus
XII
Premières tentatives sur Jérusalem
2
Préface
- Références
9
XIII
Rapports de Jésus avec les païens et les samaritains
XIV
Commencement de la légende de Jésus
— Idée qu'il a lui-même de son rôle surnaturel
3
III
Ordre d'idées au sein duquel se développa Jésus
10
I
Enfance et jeunesse de Jésus, ses premières impressions
II
Education de Jésus
XV
Forme définitive des idées de Jésus sur le royaume de Dieu
XVI
Institutions de Jésus
4
IV
Premiers aphorismes de Jésus — Ses idées d'un Dieu père et d'une religion pure — Premiers disciples
11
XVII
Opposition contre Jésus
XVIII
Dernier voyage de Jésus à Jérusalem
5
V
Jean-Baptiste — Voyage de Jésus vers Jean et son séjour au désert de Judée — Il adopte le baptême de Jean
VI
Développement des idées de Jésus sur le royaume de Dieu
12
XIX
Machinations des ennemis de Jésus
XX
Dernière semaine de Jésus
6
VII
Jésus à Capharnahum
VIII
Les disciples de Jésus
13
XXI
Arrestation et procès de Jésus
XXII
Mort de Jésus
7
IX
Prédications du lac
X
Le royaume de Dieu conçu comme l'avènement des pauvres
14
XXIII
Caractère essentiel de l'oeuvre de Jésus
XXIV
Documents
1
8
2
9
3
10
4
11
5
12
6
13
7
14

Je tiens mes sites à bout de bras depuis 1989 pour faire de l'Évangélisation accessible
à tous, si vous avez un peu de monnaies pourrez vous m'aider à continue cette mission.

Cependant je ne peux remettre de reçu d'impôt car depuis1989 je n'ai reçu que 2 dons veillez en prendre note. Merci

POUR CHOISIR UNE SÉRIE VOUS CLIQUEZ SUR MENU