Titre de la série :
Amour-De-Dieu
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introduction- 
L'amour de Dieu

Nom de l'auteur:
 auteur P.Fernand-Coiteux o.f.m.

Introduction
Mes mardis à la radio : 2ième série Père Ferdinand Coiteux o.f.m.
Édition Pax et Bonum 2010-80 O. Dorchester Montréal ( 25)
1945 Imprimatur, Philippe Perrier, P.A. V.G.Montréal, 12 octobre 1945
Nihil obstat Fr.Nérée-Marie Beaudet,o.f.m.
Fr. Damasus Laberge O.F.M. Marianopili,die 3a Octobris 1945
D.P.Com.Prov.du T.O.Marianopili,die 3a Octobris 1945 Imprimi potest



Que le commun des chrétiens, capables de donner au monde l'exemple concret de la pauvreté volontaire et d'opposer ainsi au communisme montant la plus solide barrière qu'on puisse trouver. Il n'y a pas un grand danger que ces apôtres soient légion ; la tendance du siècle présent entraîne tellement les chrétiens eux-mêmes à jouir le plus possible des aises de la vie ; on le voit quand on leur prêche le mépris des richesses, au sens évangélique du mot, et comme l'Église nous le fait demander dans de très nombreuses oraisons du missel. Facilement on est taxé d'exagération, d'intelligence des besoins actuels et des aspirations des âmes. Souhaitons que saint François, sainte Claire et le Bx Luchésio trouvent de nos jours, grâce au livre du R.P. Ferdinand, de fervents imitateurs dans tous les ordres de la vie ; ils renouvelleront ainsi chez nous les traditions de simplicité et de sainte austérité qui ont caractérisé notre peuple autrefois et qui constitueront le cadre où l'amour de Dieu Présentation :

L'un des plus précieux effets de l'amour de Dieu dans une âme chrétienne, c'est de la dégager des liens multiples qui la rivaient à la terre et, en particulier, de l'inclination déréglée qui nous porte à rechercher passionnément les biens de ce monde. Plus l'amour grandit, plus il remplit le cœur, plus aussi il lui fait mépriser ces richesses caduques, passagères, qui ne sauraient par elles-mêmes donner le bonheur.

Et un jour vient où le détachement complet semble être la seule mesure qui puisse contenter une âme éprise de son Dieu : elle est prête même à manquer du nécessaire, si la divine Providence permet qu'elle en vienne à cette extrémité. Une seule chose lui importe : aimer uniquement, aussi parfaitement que possible Celui qui mérite d'être infiniment aimé. Elle peut s'appliquer alors ce que saint Thérèse de Lisieux disait de la pauvreté spirituelle : « Au cœur divin débordant de tendresse j'ai tout donné ! légèrement je cours… Je n'ai plus rien que ma seule richesse ! Vivre d'amour. »

La pauvreté n'est pas à la mode ; l'a-t-elle jamais été ! Ce n'est pas qu'il n'y ait plus de pauvres parmi nous : Jésus nous a avertis qu'il y en aurait toujours. Un trop grand nombre de malheureux, dénués de ressources, sont en proie aux souffrances de toutes sortes causées par l'indigence, dans nos pays qui n'ont guère pâti de la guerre. Mais, parmi eux, combien qui n'acceptent pas de bon coeur leur épreuve, qui murmurent, qui s'impatientent, qui s'irritent contre le sort qui leur est fait par la Providence, qui se laissent même aller jusqu'à blasphémer contre Dieu, en lui attribuant injustement la pénible situation où ils vivent. Ceux –là ne pratiquent pas la vertu de pauvreté, même au degré strictement requis des chrétiens.

La pauvreté chrétienne ne consiste pas tant dans le dépouillement des richesses que dans le détachement du coeur à l'égard des biens d'ici-bas, quels qu'ils soient. Tous ceux qui veulent marcher sur les traces de Jésus, être véritablement chrétiens, sont tenus d'avoir cette pauvreté d'esprit, s'ils veulent un jour entrer dans le royaume des cieux. Le divin Maître l'a dit expressément : « Celui qui ne renonce pas (d'affection) à tout ce qu'il possède, ne peut -être mon disciple ». Ailleurs, il affirme ‘ qu'on ne peut servir à la fois deux maîtres, Dieu et Mammon » notre Père et le dieu de la richesse. Nous savons aussi qu'il a fait de l'aumône un précepte formel de sa loi d'amour

Détachement affectif, oui, à tout le moins ; l'amour de Dieu, en nous attachant à Lui, nous détournera promptement et efficacement des biens de la terre. Et alors, en pratique, si nous ne voulons pas nous faire illusion, nous en viendrons au détachement effectif. Il est très facile de penser ou de dire qu'on n'est pas attaché aux richesses, qu'on ne désire pas en acquérir de plus considérables, quand on jouit tranquillement des biens de ce monde et qu'on se procure toutes les satisfactions qu'ils peuvent nous apporter. Nous aurons pratiquement la preuve de notre pauvreté d'esprit et de coeur que le jour où, de fait, nous sèmerons dans les mains des pauvres où nous perdrons, sans trop de peine, les ressources que nous possédons.

Mais l'amour de Dieu, quand il s'accroît dans notre âme, ne s'arrête pas là, à ce qui est strictement obligatoire de par la loi divine ; il nous porte à nous détacher volontairement même des biens que nous pourrions garder légitiment. Il y a là plus qu'une vertu ordinaire ; dans cet abandon, librement consenti, des choses qui nous appartiennent, il faut reconnaître l'influence manifeste des dons du Saint-Esprit, surtout du don de science et du don de crainte de Dieu ; sous la lumière divine les biens terrestres nous paraissent comme méprisables, en comparaison de ceux du ciel et, pour empêcher qu'ils nous séparent de Dieu, l'unique objet de notre amour, nous renonçons volontiers à les posséder. « Que la terre me paraît vile, quand je regarde le ciel », disait saint Louis de Gonzague, tout embrasé de l'amour divin.

Cette pauvreté volontaire peut-elle être appelée la ‘reine des vertus ! « On donne déjà cette couronne à la charité, vertu théologale, et avec raison ; car elle nous unit directement à Dieu et elle donne la vie, pour ainsi dire, à toutes les autres vertus. Elle seule ne passera pas avec notre fragile existence ici-bas ; elle subsistera même dans le ciel, alors que la foi et l'espérance disparaîtront. Cependant, en un certain sens, on peut dire que cette pauvreté si parfaite est à la base de toute sainteté, qu'elle est le fondement absolument nécessaire, sans lequel nul ne saurait arriver à la perfection. Saint Louis de France l'a pratiquée sur le trône, mais il est plus facile d'en faire les actes, quand on a renoncé au monde.

Saint Ambroise nous donne la raison de cette prééminence de la pauvreté, dans son commentaire du Sermon sur la Montagne : ‘' Bienheureux les pauvres, écrit-il, car le royaume de Dieu est à eux. Les deux évangélistes, Matthieu et Luc mettent, tous deux, cette béatitude en premier lieu. De fait, elle figure au premier rang (de la Série), étant, en quelque sorte, la mère et l'origine des vertus. Celui, en effet, qui méprise les choses de ce monde, méritera celles de l'éternité et personne ne peut avoir droit au royaume céleste, si, dominé par la cupidité, le désir effréné des richesses, il ne parvient pas à la surmonter. »

Mettons donc bien haut dans notre estime cette pauvreté volontaire, à laquelle nous pousse notre amour de Dieu, s'il est ardent. Aussi faut-il louer l'auteur du présent volume, qui n'a pas craint, dans un siècle pétri de matérialisme et dévoré par la soif des richesses, de chanter les gloires et les avantages de la pauvreté évangélique. Il nous en montre bien le vrai visage, dans les récits qu'il nous fait de la vie du Petit Pauvre, saint François d'Assise, de son émule et compatriote, sainte Claire, de son disciple. La source de tous les maux, c'est la cupidité « c'est-à-dire la recherche passionnée des biens terrestres.Le Bienheureux Luchésio. Comment ne pas nous sentir entraînés à imiter de si beaux modèles, ne pas chercher efficacement les moyens de suivre ainsi Jésus qui, infiniment riche, a voulu se faire pauvre pour nous ! « Noël, la crèche, l'étable, tout cela ne nous rappelle-t-il pas l'éloquente leçon de pauvreté volontaire que Jésus est venu enseigner au monde ?

L'époque où nous vivons a besoin, plus que jamais, d'entendre la voix et de suivre l'exemple du Sauveur divinement pauvre. Partout on est étourdi par les clameurs des humains acharnés à la poursuite des biens de ce monde ; la cupidité exerce son empire sur les peuples et sur les individus ; S.S.Pie XI le rappelait dans l'Encyclique ‘ Divini Redemptoris « Les grandes nations, guidées par leur impérialisme, englobent les plus faibles, sous prétexte ‘ d'espace vital' ou de ‘ protection « ! les puissants de la terre augmentent sans cesse leurs revenus, au détriment de la classe laborieuse ; beaucoup de travailleurs, dès lors, reçoivent des salaires tout à fait insuffisants ; de là, la lutte des classes, les haines, les guerres. Saint-Paul n'a-t-il pas écrit : » Aussi quelle vie trépidante nous vivons ! L'Homme, absorbé par les préoccupations de la terre, oublie qu'il est un ‘ voyageur », viator, qu'il n'a pas ici-bas ‘ de demeure permanente », qu'il ne doit pas s'installer en ce monde, comme s'il ne devait jamais mourir, mais plutôt se hâter vers la patrie véritable, le ciel, en se débarrassant le plus possible de tous les bagages encombrants, des biens de la terre et des tracas qu'ils suscitent constamment. Heureux celui qui a compris l'invitation de l'Évangile et qui tient son cœur libre des soucis de la terre, tourné vers le trésor du chrétien, le seul véritable trésor, le bonheur de l'éternité !

Actuellement, il est opportun d'inviter les chrétiens à la pratique de cette pauvreté volontaire, tant recommandée par Jésus Lui-même et par les saints de toutes les époques ; qu'on se rappelle les splendides homélies de saint Jean Chrysostome, les cantiques enflammés du bienheureux Grignion de Montfort, que l'Église s'apprête à canoniser. Dans l'allocution qu'il prononçait lors de la réception du pallium, le regretté Mgr. Georges Gauthier souhaitait voir se lever quelques âmes, plus généreuses opéra des merveilles de sainteté dans les âmes.

©Rosario Lesieur,p.s


L'amour de Dieu dans l'âme séraphique,



C'est le dépouillement de tout ce qui n'est pas Dieu, en commençant par le détachement des biens de ce monde, au moins en esprit. Le concept de perfection basé sur la pauvreté comporte toute une philosophie de la vie. À première vue il est simple de se détacher des richesses pour s'attacher à Dieu. La théorie rallie bien des sentiments. Mais quand le principe doit se traduire dans les actes, le nombre des adhérents diminue. Les sacrifices réclament des atermoiements, les obstacles paraissent insurmontables ; alarmée par le monde et le démon la nature désarme souvent les plus mâles courages.

Ces émissions montrent, aux prises avec les difficultés du dépouillement, des représentants de la mentalité séraphique : François avec Claire d'Assise pour les religieux, Luchesio pour les fidèles. Saint François d'Assise s'est astreint au voeu, quand il eut gagné le Pape Innocent III à son idéal de pauvreté absolue pour lui et ses enfants des deux premiers Ordres

Il est intéressant de voir se dérouler le drame intérieur qui le montre en lutte ouverte :

1-avec ses anciennes habitudes de luxe ;
2-avec son père Bernardone qui ne souffre plus ses prodigalités, quand elles sont en faveur de l'Église de Saint-Damien
3- Avec l'Évêque Guido d'Assise, enclin à approuver son père, mais converti aux idées de François, quand il le vint nu à ses pieds remettant ses habits à son père ;
4-avec l'Église Romaine, qui hésita à consacrer une telle interprétation de l'Évangile en matière de pauvreté pour groupements comme pour individus.

Dix causeries invitent à applaudir aux différentes péripéties qui se déroulaient au XIII e siècle dans la petite ville d'Assise et qui n'ont rien perdu de leur actualité en ce siècle où les hommes ne doivent pas se faire moins de violence pour s'arracher à l'emprise enveloppante des biens de ce monde, s'ils veulent pratiquer la pauvreté en vue d'arriver à l'amour de Dieu.

Luchesio, lui, est un séculier converti à la philosophie de François sur la pauvreté, mais lié par des obligations familiales et professionnelles à la possession des biens de ce monde. Il n'est pas moins intéressant de voir la transformation opérée, si tôt qu'il devînt enfant de Saint François par le Tiers-Ordre dont il fut le premier membre. Dès lors il ne se considère plus comme le propriétaire de ses biens, mais comme simple intendant du Divin Maître : il est toujours prêt à suivre les moindres directives du saint Évangile et il le pratique à la lettre.

Le changement fut si radical, que la maison du riche marchand devint en peu de temps L'AUBERGE DU SEIGNEUR pour tous les pauvres qui venaient y chercher secours et protection. Trois émissions ont suffi à montrer les merveilleux changements qu'amena en cette famille la vertu de pauvreté. Si cet exemple lumineux étant suivi par beaucoup de fidèles, l'esprit chrétien gagnerait du terrain et ne manquerait pas de ramener à Dieu notre société moderne, si divisée par l'avarice et l'appât du gain.

Ces esquisses font voir des modèles appropriés aux besoins actuels. Elles nous montrent en chair et en os un amour de Dieu, qui a déterminé bien des âmes depuis sept siècles au même amour. Qu'ils les contemplent donc à nouveau, non plus sur l'image qu'évoquaient les ondes mais dans le cadre plus consistant d'un volume, les habitués de la Neuvaine à Saint-Antoine et qu'ils sachent, comme on le fait pour les portraits, les montrer aux parents et amis, en faire cadeau aux prêtres et aux religieux ou religieuses, pour inviter à cet authentique amour de Dieu. Le tout se termine par une causerie sur le Patron de L'Action catholique. Puisque l'Église confère à François d'Assisse cette sublime fonction, elle consacre pour ainsi dire sa conception de la sainteté, elle propose ses exemples à l'imitation des laïcs appelés à participer à son apostolat hiérarchique, elle incite à marcher sur les traces de ce modèle toujours vivant dans les Trois Ordres et à faire partie la milice séraphique. Le monde actuel, dit Pie XII, a besoin d'une croisade franciscaine.

Et voilà comment se représente au lecteur, ancien auditeur ou non, la 2e série de Mes Mardis à la radio.

La page frontispice donne du relief à cette pensée. Elle montrer en possession de l'amour de Dieu deux enfants de saint François : le religieux plane corps et âme dans une atmosphère surnaturelle, ; le laïc est comme enlisé jusqu'aux oreilles dans le matériel de sa vie familiale, professionnelle et sociale ; mais il reste grave quand même et le fait que sa tête émerge au-dessus du nuage, prouve qu'il vit Dieu dans le créé et ne cesse d'entendre sa voix persuasive au milieu des vains bruits de la terre. C'est une brillante illustration de la pauvreté en esprit et en vérité demandée par l'Évangile et rappelée opportunément au monde par saint François. La page la plus éloquente du volume est la dernière, au verso de la couverture. Elle est une miniature de la Vierge à la crèche ou même d'une Claire d'Assise moderne, l'âme toute liquéfiée à la vue de l'Enfant-Dieu. C'est l'amour dans la pauvreté. En un mot, l'image expressive ‘ L'Amour de Dieu dans l'âme séraphique

L'Auteur. Père F. Coiteaux o.f.m.

L'amour de Dieu
Les débuts de sa conversion

8 juillet 1941

Le grand saint Augustin a exprimé en ces termes cette pensée toujours vraie : ‘ Seigneur, tu nous as faits pour toi et notre cœur demeure inquiet jusqu'à ce qu'il se repose en toi.» C'est dire que l'âme ne saura jamais goûter la paix, tout le temps qu'elle prendra pour objet de ses préoccupation richesses, honneurs, plaisirs, et qu'elle laissera Dieu à l'arrière plan dans sa vie. Pour trouver la joie d'une bonne conscience, c'est Dieu qu'il faut chercher et aimer par-dessus tout, et pour acquérir cette perle précieuse, il faut sacrifier tout le reste ou du moins ne l'aimer et ne le chercher que dans la mesure où il contribue à rapprocher de Dieu.

Mais le changement ne sera véritable que s'il se manifeste dans les actes, et les premiers à poser ont trait au détachement des biens de ce monde.

1- L'exemple de François d'Assise peut fournir encore un bel argument de démonstration. La pratique de la bienfaisance et du dépouillement volontaire commença à le détacher de ce qui n'est pas Dieu. Au milieu de ses extravagances d'aspirant chevalier, il conserve un grand respect pour le pauvre : en lui il voit l'image de Notre-Seigneur et il soulage volontiers ses misères. Un jour toutefois qu'il sert de nombreux clients au magasin de son père, il refuse l'aumône à un mendiant qui avait demandé pour l'amour de Dieu. Le pauvre était à peine reparti, qu'il se ressaisit aussitôt, et se dit en lui-même : si la demande était venue de quelque grand Seigneur, tu aurais accueilli sa demande au nom du Seigneur : et tu as rudoyé ce malheureux, quand il tendait la main au nom de Dieu. Sans plus hésiter, il quitte le comptoir, se précipite vers lui.

Dans ses aspirations aux richesses et aux grandeurs de ce monde, il n'était pas sans remarquer un contraste navrant entre les différentes classes sociales, seigneurs, bourgeois et serfs-paysans. Et l'Esprit devait émouvoir de temps à autre son cœur compatissant à la vue des membres plus souffrants de son corps mystique. Quelque temps avant sa rupture d'avec le siècle, il revenait songeur d'une de ses fêtes et s'était laissé devancer par ses compagnons, quand l'un d'eux, le voyant absorbé dans ses pensées, lui cria sur le ton de la badinerie :


- Eh! Dis donc, François, serais-tu devenu amoureux ! Songes-tu à prendre femme !
–Oui, j'y songe, reprit François, et celle que j'épouserai est si belle qu'on n'en vit oncques de semblable sur la terre.

Dans son langage poétique, il voulait parler de Dame Pauvreté. Il lui vouait déjà un amour comparable à celui d'un époux pour son épouse et il pensait à la prendre pour compagne inséparable de sa vie. Après cette déclaration, il attendit peu et brisa avec le monde et ses vanités.Son père fut blessé au vif de ce changement radical dans son fils. Il usa d'abord de douceur, ensuite de menaces, et enfin, voyant qu'il ne gagnait rien, il le traîna devant l'évêque d'Assise. Il voulait amener l'autorité religieuse à persuader son fils de réintégrer domicile et de reprendre ses habitudes de vie bourgeoise et égoïste; Il prit pour grief du procès ses aumônes inconsidérées, et il devait mettre l'Évêque dans l'obligation de se prononcer en sa faveur. Mais la sagesse de François déjoue tout calcul. En présence de l'évêque et de son père, il enleva ses vêtements, les remit à son père, et, recouvert seulement d'un cilice, il dit, dans l'exaltation de sa confiance et de son amour : ‘ Jusqu'à présent j'ai appelé Bernardone, mon père; mais à l'avenir je pourrais dite en toute vérité :

Notre Père Qui êtes aux cieux ! » C'est-à-dire, je ne songerai plus à m'appuyer sur mon père selon la chair pour trouver le couvert, la nourriture, le vêtements, mais je compterai uniquement sur la Providence.


_ L'évêque, tout ému, couvrit sa sublime nudité, et il le prit sous sa protection. Le Patriarche des Pauvres venait de divorcer avec le siècle, pour unir sa destinée et celle de sa nombreuse postérité spirituelle à la Dame de ses rêves, Dame Pauvreté.

Il est difficile en quelques mots de donner une esquisse fidèle du changement opéré en François et des principaux actes qu'il a posés pour arriver à cettemerveilleuse transformation. Ses historiens en citent un grand nombre; je n'ai fait allusion qu'aux plus significatifs, dans le but de vous aider à réaliser quels sont les sacrifices à consentir pour faire du progrès dans l'amour du Bon Dieu.

2- Qu'on n'ait pas la tentation de donner comme excuse pour rester stationnaire et ne pas modifier sa manière d'agir : ‘' Ces exemples sont bien trop élevés pour moi. Toute cela est bon pour des saints ; mais pour des chrétiens comme moi, il faut des visées plus modestes. »

À tous ceux de mes auditeurs (ou lecteurs) qui ambitionnent de se convertir sincèrement à l'amour de Dieu, je dirai : Commencez, comme François d'Assise, par la pratique de la bienfaisance et du dépouillement volontaire pour l'amour de Dieu.

Comme lui, ne refusez pas l'aumône au prochain, car « il faut aimer Dieu caché dans son prochain », dit le Bx. Grignion de Montfort.

Qu'il soit saint, qu'il soit coupable,
Qu'il soit petit, qu'il soit roi,Qu'il soit dur, qu'il soit affable,
Qu'il soit pour ou contre moi,
Il n'en est pas moins aimable,
Quand je le vois par la foi. »

Le jour de la Saint-Antoine une jeune fille rencontre au sortir d'une chapelle, le midi à Montréal, un pauvre tout déguenillé, presque nu-pieds tant ses chaussures étaient percées. Elle l'aborde gentiment en ces termes :

- Bonjour, mon cher ami!

EN GUISE DE RÉPLIQUE, LE PAUVRE LA SALUE DE LA TÊTE TIMIDEMENT

Je gage que vous n'avez pas dîné! et sur sa réponse négative, elle poursuivit : Venez avec moi au restaurant, nous allons dîner ensemble. Le pauvre était tout surpris de se voir l'objet de tant d'attention et il le disait à sa bienfaitrice durant le repas :
C'est nouveau, mademoiselle, qu'on coure ainsi après les pauvres. On nous invite à manger dans les familles, on nous prépare même des banquets. Jusqu'à présent on nous fuyait plutôt comme la peste. Toute heureuse de ces remarques, la personne qui a fait cet acte de sublime charité, me les communiquait le soir même de la fête, en rendant gloire au Seigneur. La charité envers le prochain est la marque la plus authentique du véritable amour de Dieu ; Saint Jean l'affirme dans sa première épître, quand il dit : « à ceci nous avons connu l'amour, c'est que lui, Jésus, a donné sa vie pour nous. Nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. Si quelqu'un possède les biens de ce monde et que, voyant son frère dans la nécessité, il ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeure-t-il en lui? Mes petits-enfants, n'aimons pas de paroles et de langue, mais en actions et en vérité. Par là nous connaissons que nous sommes de la vérité et que nous pouvons rassurer nos cœurs devant Dieu.(1 St Jean,III, 16.18)

Bien chers malades, vous le voyez, le premier pas à faire pour se convertir sincèrement au Seigneur et lui prouver son amour c'est de se dépouillereffectivement d'une portion de ses biens, si minime soit-elle, en faveur du prochain fait comme soi-même à l'image de Dieu. ‘ Comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas, celui qui n'aime pas son frère qu'il voit! « dit saint Jean, 1 Ep. IV,20Si vous aimez réellement Dieu dans votre prochain qui est dans le besoin, selon vos capacités, vous pourvoirez à ses besoins, couvrez ceux qui sont nus, donnez à manger à ceux qui ont faim, visitez les malades et les captifs. Et en attendant le jour béni de l'éternelle récompense, votre amour de Dieu grandira sur la terre et avec l'amour de Dieu, malgré vos souffrances, votre pauvreté, vos épreuves de toutes sortes, vous aurez la paix et la joie d'une bonne conscience.

Prière

O bon saint Antoine, qui avez grandi dans un amour de Dieu toujours croissant et qui, dès l'âge de quinze ans, avez pratiqué le détachement des biens de ce monde, usez de votre puissante intercession pour nous mériter à tous un grand esprit de pauvreté et un détachement toujours plus accusé de ce qui n'est pas Dieu. Pour développer ces dispositions dans l'âme, inspirez à tous de ne jamais refuser l'aumône à quiconque demandera pour l'amour de Dieu ; Si on ne peut donner qu'un sou, qu'on donne un sou; s'il n'y avait pas d'argent dont on peut disposer, qu'on donne autre chose qui nous appartient, qu'on exprime le regret de ne pouvoir donner davantage, qu'on ne refuse pas au moins la sympathie avec un sourire. Pour gagner à cette charité et complaisance envers le prochain les fidèles auditeurs de la Neuvaine perpétuelle en votre honneur, rappelez-leur que Dieu est caché dans le pauvre : Il considère comme prêté à lui-même ce que l'on fait au plus petit d'entre les siens. Donnez-nous d'entrer résolument dans la voie de l'amour de Dieu, en nous exerçant comme il convient à la pratique de la charité et de la bienfaisance. Ainsi soit-il

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