Avant-Propos
C’est le propre des grands cœurs de découvrir le principal besoin des temps où ils vivent et de s’y consacrer. P. Lacordaire.Note de l’auteur : Goerges Goyau de l’Académie FrançaiseIl a té tiré de cet ouvrage : vingt exemplaires sur papier de Hollande numérotés de 1 à 20- et 24 exemplaires sur papier teinté vélin pur fil Lafuma numéroté de 21 à 100Édition E. Flammarion, Éditeur dans la série « Les Grands Cœurs »Droits de traduction, d’adaptation et de reproduction réservés pour les pays.
Copyrignt 1930 by Ernest Flammarion.
Grands cœurs ils furent, assurément, ces pontifes du Ve siècle, un saint Léon le Grand à Rome, un saint Loup à Troyes, un saint Aignan à Orléans, devant qui s’intimidait, devant qui reculait la force des Barbares, et qui protégeaient par la majesté de leur sacerdoce la faiblesse de leur ouaille. Et ce furent des grands cœurs, aussi, ces hommes d’église qui contraignirent les puissants de la terre à s’incliner devant les verdicts de la loi morale, solennellement proclamés par leurs lèvres consacrées : un saint Jean Chrysostome à Byzance, un saint Ambroise à Milan, opposant à la prépotence des caprices impérieux l’inflexible souveraineté du Décalogue et de l’Évangile.Grands cœurs, enfin, ces prélats des XIXe et XX siècles qui se faisaient les défenseurs des minorités opprimées, et qui prolongeait ou ressuscitaient, par le courage même de leur verbe, les aspirations mortifiées d’un vouloir-vivre collectif : Strossmayer chez les Croates, Slomsek chez les Slovènes, Endrici chez les Italiens du Trentin, Dupont des Loges dans la Loraraine devenue allemande. Ces trois lignées, également glorieuses pour la conscience humaine et pour l’Église romaine, nous les avons vues confluer, s’unir, et toutes trois ensemble s’incarner, en ce moment unique de l’histoire universelle qui s’est appelée la Grande Guerre, dans la personne du cardinal Mercier.Nous voudrions redire son rôle de lutteur, qui ne luttait, du reste, qu’en vue d’obtenir, au plutôt, le rayonnement d’une paix justicière.Et ce sera nuancer sa physionomie, et tout en même temps compléter son histoires, que d’appeler les regards du lecteur sur un autre aspect de son action, sur celle qu’inspira son désir constant d’unité, union des sciences et de la croyance dans une synthèse pacificatrice des esprits, union des âmes pour le retour au bercail unique, union des peuples sous le signe d’une chrétienne fraternité (1).
(1) Nous sommes très redevable, pour beaucoup de détails de ce livre, à M. Charles Mercier, neveu du cardinal, et à Mgr. Noël, président actuel de L’institut supérieure de philosophie de Louvain : nous leur en exprimons nos vifs remerciements