Dans la chapelle du monastère Saint-Vincent, à Lisbonne, une dalle funéraire porte cette simple inscription, en caractère gothiques :
Hic jacet mater S. Antonii
La mère de saint Antoine na pas d’autre nom ni d’autres titres devant les hommes, et nous ne savons rien davantage de son père. Telle chronique affirme qu’ils furent nobles et puissantes, mais telle autre certifie qu’Antoine naquit dans une famille du peuple. Au xv siècle seulement, on leur donne les noms de Martin Alphonse et de Marie. L’un des plus sûrs et des plus anciens biographes, Jean Rigaud, évêque de Tréguier, en 1317, se contente de noter qu’ils furent justes devant Dieu. Que nous importerait de satisfaire une curiosité mondaine ? Leur histoire se résume fort bien dans le plus bel éloge que puisse envier un foyer chrétien : Ils furent les parents d’un saint, et dignes l’être.
Pauvres ou riches, quelle joie pour eux, en ce beau jour de l’an de Dieu 1195 où ils portent leur petit enfant, leur premier-né, au baptistère de la Cathédrale de Lisbonne, qui est placée sous le vocable de la Vierge Marie en son Assomption.
Que nao tem visto Lisboa
Nao tem visto cosa boa
« Qui n’a pas vu Lisbonne n’a pas vu chose bonne ».
Le moyen âge se la représentai comme située aux confins de la terre, et au delà il n’y avait plus que la mer et le ciel. On croyait qu’Ulysse l’avait fondée ( Ulisboa, Ulixbona, Olisipona ), lorsque l’intrépide navigateur avait pensée arriver aux limites du monde des vivants, et elle était comme la perle suprême de l’Occident fabriquée par la vague marine, pour que le Tage qui porte « l’or et les rêves » ne soit pas déçu au moment de se perdre dans l’Océan.
Sans aucun doute, l’enfant qui reçoit, avec l’eau du baptême, en une heure à jamais éternelle du XIIsiècle finissant, le prénom sonore et chevaleresque de Fernandez, dans cette église mariale où repose avec honneur le corps précieux du Bienheureux martyr Vincent, l’enfant prédestiné qui voudra lui aussi un jour cueillir la sanglante palme de purs témoins du Christ, et qui entendra les appels de la mer et du ciel, va-t-il être bercé plus d’une fois par la vieille légende odysséenne. Mais une autre aventure va s’ouvrir à lui, Lisbonne d’or et d’azur, ville de beauté, ville de bonheur, cité marine après laquelle il semble qu’il n’y ait plus rien, voilà précisément ce que Fernandez refusera dès son adolescence. Il veut passer outre. Il veut voir au delà. Plus hardi qu’Ulysse ballotté des flots, il ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint L’Infini.
2- Recueillons avec ferveur le peu que nous savons de cette enfant : la maison paternelle jouxte la cathédrale, Fernandez, écrit Jean Rigaud, à la Mère de Dieu pour la meilleure institutrice de ses premiers jours : il est initié aux lettres sacrées et profanes dans l’école qu’a ouvert l’évêque : il apprend, `a la manière de tous les écoliers de son époque, la grammaire, la rhétorique, la dialectique et le plein-chant : mais sa joie est de servir la messe et de prier. Je le vois comme un petit chanteur modèle de la Manécanterie à la Croix de Bois ou de la Maîtrise de Notre-Dame. Tous les enfants de chœur du monde pourraient le prendre pour patron. Il est l’enfant sage qui, du même mouvement, ne cesse de croître en science et en vertu, un des plus anciens biographes l’appelle un lis en fleur. Floridum lilium. Et c’est bien cela qu’il est d’abord : une source de pureté.
Tel en un secret vallon,
Sur le bord d’une onde pure,
Croit, à l’Abri de l’aquilon,
Un jeune lis, l’ aura de la nature.
Loin du monde élevé, de tous les dons des cieux Il est orné dès sa naissance…
Oui, c’est le lis de Racine, le petite roi Joas qu’évoque l’enfant Fernandez.
Les vers les plus purs du langage français viennent s’offrir exactement au jeune saint qu’à travers tous les siècles symbolisera le lis. Aucune source n’est plus limpide. Il mourra dans la virginale innocence de son baptême. Et y a là une force et une grâce qui s’égalent. Nulle fadeur, certes ! Le lis n’est point fade en l’éclatante armure de ses pétales, sous les lances d’or de ses pistils, voici le chevalier chrétien dont Perceval n’était pas que la figure et devant qui reculera tout le mal ; lui aussi connaîtra l’épreuve. Dès le seuil de son adolescence, un aiguillon d’en bas fera monter vers lui le souffle lascif d’une fille-fleur. Mais plus et mieux le héros de l’antique légende, il dominera la tentatrice la suivante légère qui essaiera de le pencher sur l’abîme. Il ne se laissera même point effleure par cette Kundry ancillaire. Il se jettera plus droit vers le ciel. Le parfum du lis dissipe autour de lui l’odeur des tubéreuses.
Fernandez a quinze ans. Il est un jeune méditerranéen accomplie, de taille petite mais bien prise ; ses longs cheveux noir tombant de chaque côté de son visage, selon la mode du temps, les yeux illuminés d’intelligence, adoucis de tendresse, il peut prétendre à la plus belle carrière du monde. Qu’il le veuille, et nie les honneurs, ni les amours de lui feront défaut. Mais il ne veut quel bonheur de Dieu, il n’aspire ; qu’à l’amour de Dieu. Toute le parfum du lis en fleur montera vers le ciel, et il entre chez les chanoines réguliers de saint Augustin, à l’abbaye de Saint-Vincent de Fora, tout près de Lisbonne.
Il a revêtu la somptueuse robe couleur de lis, garnie d’hermine, qui ne sera jamais plus royalement portée. Là, de 1210 à 1120, il va passer dix années de recueillement, de prière et d’études.
« Les sciences profanes, dira-t-il bien plus tard, sont des chants de Babylone, des chants vieillis ! La théologie seule fait entendre le cantique nouveau, un cantique dont les exquises mélodies réjouissent le ciel et consolent la terre. » Il semble, cependant, qu’il ai connue et bien connue, toutes les sciences profanes de son temps. La physique de Cassiodore et de Strabon se mêlera dans ses discours aux observations qu’il aura pu faire lui-même sur les plantes et les animaux. Mais ce ne sera qu’un beau catalogue d’image et ou d’analogies. Oui, vraiment, pour le jeune chanoine de Saint-Vincent, la connaissance des choses de la terre est la complainte de l’Exile. Elles ne peuvent êtres sauvées, elles aussi, qu’en donnant des mots au cantique nouveau, Avec quelle attention, avec quelles délices ne se plonge-t-il pas dan celui-ci, dans les écrits des Pères dans les Actes des saints, dans leur grande source commune qui est l’Écriture Sainte. Ancien et Nouveau Testament ! Les années de Fernandez parmi les clercs réguliers de saint-Augustin, ne sont point des années perdues. Ce sont elles qui préparent l’apostolat du futur Franciscain ; C’est grâce à elles qu’il pourra être nommée l’Arche des Écritures et le Marteau des Hérétiques.
2- Pense-t-il d’ailleurs à autre chose qu’à poursuivre ses jours dans un asile de paix ?
A quinze ans, seize ans, il se peut bien que Fernandez ait cru trouver le port quand il a franchi le seuil du monastère de Lisbonne, accueillit avant tant d’amitié par le prieur. Don Gonzalve Mendez. Et voici, pourtant, que peu de mois plus tard, il va solliciter de ses supérieurs de Coïmbre. Il trouve qu’il de visites,. Mais Don Gonzalve Mendez veut le garder. Il faut qu’il supplie, qu’il pleure, pour obtenir de s’éloigner davantage de ses parents et de ses amis. La faveur de son âme ne l’enlève point d’ailleurs pour le moment à l’institut augustinien. C’est au berceau de celui-ci qu’il se retire. Fernandez fonce dans des jardins toujours plus embaumés, dans des bocages tous les baumes de la terre, flotte encore le parfum des vertus de saint Théotonio, le premier Prieur de l’ Ordre. Un très vieux moine qui l’a connu écrit sa vie et, parfois ,dans la salle capitulaire, il lit des fragments de son manuscrit, Fernandez écoute avec avidité : il suit Théotonio sur les tourtes de la Terre Sainte, abandonnant tous les honneurs qui l’attendaient comme prêtre séculier : il le voit gravir le Clavaire, une lourde croix sur l’épaule pour imiter le Maître : s’aborder dans la contemplation du Sépulcre où le Corps de Jésus a reposé trois jour, refuser d’abord à ses compagnons de quitter Jérusalem, céder enfin à leurs supplications, mais pour renoncer à tous ses biens et s’enfermer dans le monastère dont on l’avait fait prieur malgré lui, ne consentant jamais à prendre le titre d’Abbé. La Terre Sainte ! les pays sacrés où le Christ s’est incarné dans le sein de la Vierge, a vécu sa vie terrestre, a té crucifié par grand amour de chaque homme, est ressuscité, voilà bien le centre de l’univers, au delà de toutes les physiques. Fernandez éprouve mystiquement le poids de cette gravitation spirituelle. Il voudrait s’enfermer comme Théotonio dans le Saint Tombeau jusqu’à l’heure de la Résurrection bienheureuse. Le même amour le consume. Et la même humilité.
Dans ce centre intellectuel qu’était alors le monastère de Santa-Cruz, véritable préfiguration de la fameuse Université de Coïmbre, Fernandez ne trouva pas de compétiteurs pour demander la fonction ce frère portier qui l’éloignait bien souvent d’une bibliothèque déjà riche en copies de l’Écriture, de saint Augustin et des Pères, Dieu sait pourtant combien il aimait se nourrir des textes sacrés et de leurs commentaires. Mais il préférait encore pratiquer leurs enseignements. Il pensait que le principal n’était pas de vivre dans un lieu saint, mais d’y vivre saintement, qui donne le cœur, donne tout. C’était sa devise. En ayant donné son cœur à Dieu, il ne voulait rien réserver, Pouvait-il mieux le prouver qu’en se dévouant aux passants voyageurs, en qui la règle voyait des représentants et des messagers du Christ ? Il écoutait la parole divine : ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Et le grand commentaire de saint Jean s’était déjà gravé dans son cœur : comment pourra-t-Il aimer Dieu qu’il ne voit pas, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ?
Aussi accueillait-il avec une égale tendresse tous les hôtes qui se présentaient à la porte du couvent. Cela ne l’empêchait point d’avancer profondément dans l’étude des Écritures. Il retenait tout ce qu’il lisait. « Don Fernandez ont peu écrire ses maîtres dans les Archives de Santa-Cruz fut un homme en tout réputé, savant et pieux, orné d’une grande culture littéraire… » Mais toute la connaissance se tournait chez lui à aimer. Il voyait dans les Saintes Écritures, ainsi qu’il l’a écrit « un livre absolument divin dans lesquels Jésus-Christ est toujours en et partout présent et vivant », dans l’Ancien Testament comme annoncé ou préfiguré, dans le Nouveau Testament comme agissant et parlant. On peut dire de lui ce que qu Paul Claudel a écrit d’un admirable tertiaire franciscain, l’abbé René Tardif de Moidrey, qu’il a « habité et vécu les lIvres Saints ». Il les savait par cœur, comme cet étonnant M. Pouget prêtre de la Mission, dont Jean Guitton vient de nous raconter leur et la vie. Ce qu’il cherchait avant tout, c’était leur interprétation morale ou symbolique, leurs sens analogique. L’home ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, Fernandez considérait que toute l’écriture était un pain immortel pour les âmes. Et le portier de Santa Cruz en nourrissait la sienne, afin de pouvoir le distribuer à tous les affamés de son siècle, leur en découvrait comme il l’avait découvert en lui-même dans une méditation incessante, non seulement le sens anagogique, capable d’élever leur âme jusqu’à Dieu, mais le sens accommodatrice, c’est-à-dire celui qui convenait à leurs besoin, à leurs préoccupations ; à leurs difficultés. Nous abordons seulement ici ce qui est la moelle des sermons du Thaumaturge de Padoue.
Mais il est bien certain qu’il l’a élaborée durant des années de Santa Cruz, On n’aura rien compris au Saint prodigue en miracles tant que l’on on aura pas vue que la Sainte Écriture et l’eucharistie sont au centre de son activité sur la terre comme au ciel, que c’est là le pain essentiel de saint Antoine, la clef première qu’il veut nous faire retrouver, le trésor d’immortalité qu’il ne veut pas que nous perdons, l’eau qui jaillit pour la ive éternelle et qui peut permettre à la pauvre Samaritaine de ne plus aller péniblement tirer des misérables puits terrestres une eau vite épuisées. Tous les objets perdus que sa munificence nous fait regagner sont comme autant de devinettes qu’il propose à se insatiables quémandeurs, venus pour l,a plupart à lui comme la femme de Samarie au puits de Jacob, avec, seulement, leurs lancinants soucis matériels en tête. Et pourquoi n’aurait-il point pitié de ceux-ci, Lui, le disciple du Maître qui a très authentiquement changé l’eau en vin pour les noces d’humbles villageois et multiplié de pain et des poissons lors d’un pèlerinage improvisé où aucun restaurateur n’avait été prévenu à temps de venir chercher fortune ? Mais, de même que ces deux miracles sont aussi le symbole des mystères eucharistiques, les miracles de saint Antoine de Padoue sont les signes sensibles des biens invisibles dont il veut qu’aucun homme ne soit frustré. L’Apôtre et le thaumaturge en font qu’un.
3- La croissance du lis ( 1195-1220)
Considérons-le donc une fois de plus, tant qu’il s’appelle encore Fernandez et qu’il est frère portier à Santa-Cruz de Coïmbre. Allons, nous aussi, frapper à Lui de son hôtellerie gratuite. Il est toujours là pour recevoir les pèlerins, les voyageurs, même à l’heure de la messe. C’est là que l’on place les premiers miracles de sa vie. Et si leur authenticité ne peut être rigoureusement affirmée du moins concordent-ils pleinement avec le merveilleux chrétien qui ne cessera d’emplir cette vie, Fernandez se doit à ses hôtes. Il ne peut assister à la messe conventuelle. Mais quand sonne la cloche de l’élévation, les murs du couvent s’ouvrent pour lui et , à genoux, il contemple, en quelques secondes qui ont le poids allégeant de l’Éternité, le Verbe faite chair qui sous les espèces du Pain et sous le Vêtement d’or du Calice, entre les mains du Célébrant, comme un petit enfant abandonné entres les bras de sa mère, s’élève, triomphalement et suavement, au-dessus des hommes et des choses, au-dessus de la mer et des montagnes, au-dessus de la terre et des cieux, au-dessus des étoiles et des anges, Lui, le Créateur, Lui, le Rédempteur , Lui, l’Unique, appelant tous les êtres à l’Unité, répandant sur chacun et sur tous la seule bénédiction qui soit plus forte que la morte et qui est l’absolu Amour.
Ensuite, il se retourne vers ses hôtes, vers toi qui me lis, vers moi qui me suis assis dans un coin du parloir pour noter ce qui se passe, vers deux pauvres hommes qui viennent d’entrer, vêtus d’une bure grossière, serré a là taille par une fruste corde, les pieds nus, sur une semelle de bois qu’attache une lanière de cuir…
Ah ! les murs du couvent ne se sont pas ouverts pour nous, Mais nous voyons le miracles dans les yeux du Saint, ils débordent d’amour et de lumière. La bénédiction sur ceux qui l’entourent, autant qu’ils peuvent en recevoir. Notre mesure est petite, hélas! Mais les venir aussi lumineux que le blanc chanoine de saint Augustin. Ils sont arrivés d’Italie depuis peu de temps. Nous sommes en 1218. Il y a déjà huit ans que dans le monastère Saint-Vincent de Lisbonne, puis dans le monastère Sainte-Croix de Coïmbre, Fernandez n’a cessé de progresser dans la prière, la méditation et l’étude, des clercs réguliers, dispenser aux autres les mystères de Dieu. Il va bientôt montrer lui-même à l’autel de Dieu, et du Dieu qui réjouit sa jeunesse. Mais il voudrait se donner encore davantage.
Et il écoute avec avidité ces deux frères mendiants, qui se sont fixés, avec l’autorisation du roi Alphonse II, et sous la protection de la princesse Sancia, sa sœur, dans un ermitage peu éloigné de Coïmbre, au milieu d’un bois d’oliviers dont il a prie le nom, en même temps que le patronage du plus populaire des ermites d’Orient : Saint-Antoine d’Olivarès, Ils habitent là de misérables cabanes faites de branchage et de terre battue, à l’exemple de leur saint fondateur dont il ne se lassent pas de parler : ce fut un jeune homme riche, de la ville d’Assise ; mais, plus empressé que le jeune homme riche de l’Évangile, il s’est dépouillé de tous ses biens pour suivre l’appel du Maître, et il est pari, sur les routes de l’Ombrie, afin que l’amour soit aimé, il annonce à tout venant la bonne nouvelle. Et il a entraîné après lui des centaines de frères et sœurs. Il a même voulu aller chez les Maures, sans armes, pour subjuguer par la seul force de la persuasion ces âmes encore assises à l’ ombre de la mort et qui ne savent pas que le soleil du Christ, s’est levé pour celles ; il y a cinq ans de cela, c’était en 1213, il a entrepris de passer lui-même en Afrique, mais il n’a pas pu arriver qu’à Saint-Jacques de Compostelle, brisé par la maladie. Il vient d’envoyer plusieurs de ses disciples pour qu’ils le remplacent dans cette pacifique croisade d’amour, Et, eux, les pauvres frères d’Olivrarès, ne sont là que pour leur préparer la voie.
Fernandez écoute : il a gravé dans son cœur le nom et les actes de François. Pour lui, comme, plus tard, pour le grand poète d’Italie, Assise se doit nommer Orient. Il lui semble que, par François, le Soleil du Christ s’est levé une seconde fois sur le monde. Et déjà la vocation de le suivre monte dans son âme. Mais il faut qu’il se recueille encore. On peut croire, bien que la question soit controversées, que Fernandez comme l’affirme le bréviaire des Chanoines réguliers du Portugal, a été ordonnée prêtre en 1219. Il n’a que vingt-quatre ans ; mais il a neuf ans qu’avec les dons les plus exceptionnels d’intelligence et de cœur, il se prépare au sacerdoce. Ses Supérieurs imaginent sans peine qu’il sera une gloire de leur Ordres. Ils ont hâte de l’arracher à ses humbles fonctions de frère portier et de l’installer dans une de leurs chaires. Mais Fernandez se sent plus attiré vers les humbles entretiens des frères mendiants d’Olivarès que les hautes leçons des plus savant chanoines, qui lui transmettre, cependant, l’enseignement authentique de Saint-Victor de Paris et de Saint-Ruf d’Avignon, où ils sont allés eux-mêmes suivre les cours des Maîtres les plus célèbres et copier les plus rares manuscrits.
Ce n’est point que le jeune clercs ne soit pour eux l’étudiant d’élite, qui tout de suite comprend et retient les spéculations des plus difficiles, capable de leur donner à son tour une marque originale. C’est qu’il pense qu’au-dessus de toute science brille et brûle la Charité, cette Charité dont saint Paul a dit que, sans elle, il n’était qu’un airain sonnant et une cymbale retentissante, cet Amour du Christ sur lequel Fernandez veut façonner jusqu’au suprême sacrifice, cet Amour des âmes qui ne doit point laisser de repos, jusqu’à ce que toutes les brebis soient entrées dans la bergerie. Or, voilà ce que les disciples de François d’Assise lui montent, non en paroles, mais en actes. L’un surtout, le frère quêteur, le plus effacé de tous aux yeux du monde, rayonne la ferveur et de tendresse. NIl en semble plus tenir à la terre que par un fil, le fil divin de la Charité du XIVe siècle nous montre Fernandez ravi en extase, au moment même, pendant qu’il célèbre l’une de ses premières messes : il voit l’âme de son ami, l’ancien quêteur, prendre son essor sous la forme d’une colombe, traverser d’un vol rapide les flammes du purgatoire, montre, purifié, glorieuse, au séjour de la béatitude et de la paix. Qu’il ait en ce signe ou non, le jeune chanoine de Saint-Augustin est de plus en plus affermi sur la même route
Voir du même auteur il est a la suite de celui-ci
http://MonDieuEtMonTout.com/Menu-Jean-Soulairol-ofm-Raymond-Lulle-Preface-de-Daniel-Rops.html |