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Ames du Purgatoires
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Journal d'une Carmélite


Nom de l'auteur:

© Toutes les pages de la série lui appartient Marie-Anne Lindmayr, O. C.D.

Journal d'une Carmélite


« Le temps de chercher Dieu, c'est la vie d'ici-bas Le temps de le trouver, c'est la mort. Le temps de le posséder, c'est l'éternité. » Saint François de Sales, évêque de Genève « Je meurs, mais mon amour pour vous ne meurt pas. Je vous aimerai au ciel comme je vous ai aimés sur la terre. » Saint Jean Berchmans, S. I.Sache, mon enfant que mon Coeur est la Miséricorde même. De cet océan de Miséricorde, les grâces se répandent sur le monde entier. Dans le vocabulaire chrétien, le Christ a remplacé « mort » par « retour à la maison du Père ». « Mourir » signifie achever sa vie, être livré à la mort, tandis que « retourner à la maison du Père » signifie continuer - et continuer dans la joie - à vivre. Cardinal Michel Faulhaber À toi qui lis ces pages.... Je m'unis à toi pour dire cette invocation pour délivrer une âme du Purgatoire
"Que les âmes des fidèles défunts reposent en Paix par la Miséricorde de Dieu Amen."

 

Marie-Anne Lindmayr (1657 - 1726)

Pourquoi Marie-Anne a dû écrire sur le sujet

Dieu m'a fait éprouver un grand attrait à écrire au sujet des âmes du Purgatoire. J'ai pu me rendre compte que cela était utile à ces pauvres âmes, et pousserait ceux qui vivent encore à pratiquer la vertu, à tendre à la perfection. C'est ce qui m'a fait passer à l'action. Je me suis décidée à écrire, moyennant que Dieu me donna la vie et m'accorda assez de force après ma maladie. Cependant, durant quatre semaines environ, j'en ai été empêchée par le Malin : il se dissimulait sous1es apparences du bien, sans que je le remarque. Je ne voulais plus réaliser mon projet. Quand j'y pensais, j'éprouvais une répugnance intérieure et la chose me paraissait inutile. Pendant ce temps, Dieu m'a visitée de diverses manières par l'aridité spirituelle et la nuit de l'esprit et je me suis rendu compte que Dieu voulait me punir comme il l'a fait souvent déjà, quand je ne voulais pas lui obéir tout de suite. Le jour de la Saint Antoine (17 janvier), j'ai enfin remporté la victoire sur moi-même et j'ai repris, pour l'honneur du Nom de Jésus, la décision de glorifier Dieu autant que je le pourrais, en faisant connaître son infinie Bonté et sa Miséricorde.

Je veux donc écrire du mieux qu'il me sera possible et aussi véridiquement que j'en serai capable, moyennant que Dieu et le Saint-Esprit m'en donnent la grâce, et pour autant que je puisse, quand je ne vivrai plus, aider ainsi les hommes à se préserver des terribles peines du Purgatoire en menant une vie meilleure, et secourir de la sorte les défunts

. Par obéissance à mon confesseur, le R. P. Candide de Saint Elisée, religieux carme (mort le 23 novembre 1720), à qui j'ai confié mon âme, j'écris de mon mieux et en toute vérité devant le Dieu Tout-Puissant, en présence de qui je me trouve, ce qui s'est passé entre les âmes du Purgatoire et moi. Dès ma jeunesse, j'ai éprouvé de l'attrait pour les âmes du Purgatoire.Dès l'enfance déjà, je leur manifestais mon amour en récitant pour elles le rosaire le samedi. Quand j'eus progressé en connaissances et en compréhension, j'ai offert mes actions comme satisfaction pour les âmes des défunts; je pensais à elles dans tous mes exercices de piété et durant de longues années, j'ai fait pour elles diverses pénitences. Entre autres indications et renseignements que j'ai reçus du Christ, il y a celui-ci: je dois chaque semaine me proposer de pratiquer telle vertu devant Dieu et les hommes, m'y appliquer intérieurement et extérieurement, selon les occasions qui s'offrent à moi, et en appliquer tout le mérite aux âmes du Purgatoire: celui de l'humilité par exemple, à celles qui souffrent à cause de leur orgueil et sont retenues en Purgatoire parce qu'elles n'ont pas assez pratiqué l'humilité, s'estimant beaucoup elles-mêmes et méprisant les autres. Je devais également faire des actes intérieurs d'humilité et de mépris de moi-même et envoyer ces bonnes oeuvres au Purgatoire par les mains de la Mère de Dieu ou de mon ange gardien. Je devais aussi appeler à mon aide les âmes du Purgatoire pour qu'elles me fassent avertir par leurs anges gardiens, au cas où je manquerais à ces vertus, ceci afin de les aider, d'offrir satisfaction pour elles à la Justice divine, et leur obtenir la délivrance de ce feu terrible. C'est précisément par l'humilité qu'on peut tant aider les âmes : bien plus que par d'autres exercices pénibles de pénitence. Telle est la manière dont le Christ m'a entraînée à la vertu. Il m'a enseigné à pratiquer tantôt l'une, tantôt l'autre et cela toujours pour les âmes qui ayant manqué de les pratiquer sur la terre, ont de ce fait à souffrir en Purgatoire.


Cette photo est celle de Sainte Marie Faustine Kowalska (1905-1938)

Ainsi quelques années déjà avant que Dieu daigne me faire la grâce de communiquer avec les âmes du Purgatoire, je leur ai témoigné mon affection. J'ai appris beaucoup par cette pratique des vertus, et parce que les âmes m'avertissaient avec soin, je ne tombais pas facilement dans une faute. Mais en tout cela, je ne pensais à rien d'autre et je m'imaginais moins encore délivrer ainsi les âmes du Purgatoire. Elle me parla en toute franchise, me demanda de prier pour elle, pour qu'elle put mourir vierge. Le sur-lendemain, après avoir mis ordre à toutes ses affaires, et fait tout ce qu'il fallait pour une heureuse fin, elle mourut, le 28 novembre 1690. Je fus effrayée de cette mort rapide et le Malin me donna des angoisses comme si j'eusse prié pour qu'elle meure. Aussi fus-je contente que personne ne sut ce que nous nous étions dit l'une à l'autre. Je n'avais pas la moindre idée qu'elle viendrait chez moi après sa mort. Mais bientôt divers signes me firent percevoir sa présence. Toutefois, comme je n'avais aucune expérience de tels phénomènes, et les imaginais bien moins encore, elle obtint de moi peu de secours. Quelques jours plus tard, le 1er décembre, - un vendredi - alors que je faisais ma prière du soir devant mon tableau de la T. S. Vierge, il me fut dit à haute voix: « Prie pour moi! Ce fut pour moi comme si j'entendais un chant funèbre. Puis elle m'éventa le visage d'un vent froid et me tira par mon habit. Dans la suite, quand je circulais la nuit avec une lanterne, je voyais comme une ombre avancer devant moi. Mais là encore, je ne pensais à rien d'autre.

« ...Depuis quelques années, je reçois de la part d'âmes du Purgatoire de nombreux avertissements et cela de diverses manières, c'est-à-dire dans la mesure où je progresse dans la pratique des vertus. J'ai toujours prié Dieu de me préserver de telles manifestations, dans la crainte que le Malin ne s'y mêle et ne me trompe. Dès que je soupçonnais quelque chose de ce genre, j'ai toujours invoqué avec ardeur l'aide de Dieu pour qu'il daigne ne jamais me conduire par aucune voie difficile à comprendre pour mon directeur spirituel et qui pût devenir dangereuse pour moi.

Mes relations plus étroites avec les âmes du Purgatoire ont débuté peu après la mort de mon père. Une demoiselle Marie Pecher me donna à entendre qu'elle avait grande confiance en moi et désirait me parler. Mais comme elle était malade, elle ne pouvait venir chez moi. Je n'avais, jusqu'alors, entretenu aucune relation amicale avec elle, mais j'appris qu'elle voulait, auparavant, me rencontrer, et qu’elle avait été empêchée par sa mère, dans la crainte que je n’entraîne sa fille à la bigoterie ou à l'état religieux. Après la mort de sa mère, Marie Pecher continua à se conduire d'une manière exemplaire et digne d'éloges, en brave jeune fille. Elle était alors fiancée à un jeune homme du nom de Hufnagel.Je dus m'excuser, expliquant que je ne pouvais sortir de la maison avant que les offices religieux pour mon père eussent été célébrés, mais je lui promis de venir cette semaine-là. Or, ce fut le jour de la fête de Sainte Catherine, vierge (25 novembre)

Première visite d'une âme

Enfin, le jour de la fête de l'Immaculée Conception (8 décembre 1690), voici ce qui m'arriva: j'avais coutume, à toutes les fêtes de la T. S. Vierge, quand je n'étais pas malade, d'assister à la messe de 4 heures ou de 4 h. 30 dans notre chapelle de la T. S. Vierge. Toute seule sur le chemin, munie d'une petite lanterne, je me rendais en hâte à la messe. Au milieu de la rue appelée « Allée des Carmes », je vis devant moi une personne habillée de blanc. Elle avait la taille de Marie Pecher. Je ne pensai à rien, sans quoi sûrement, j'eusse été saisie de frayeur. Cette forme blanche avança devant moi tout le long de l'allée dont j'ai parlé, le long des rues et jusqu'à l'église des Jésuites. Mais là, quand je voulus voir exactement qui c'était, je ne pus découvrir personne. Ce n'est qu'après, une fois dans la chapelle, qu'il me vint à l'esprit qui avait marché devant moi et j'en eus la connaissance intérieure. Plus tard, Marie se fit apercevoir de nuit également, et m'éveilla à minuit. Je conçus pour elle une tendre affection et dans ma prière du soir devant le tableau de la T. S. Vierge, je demandai avec grande confiance: « Si c'est pour la gloire de Dieu et le salut de cette âme, qu'elle vienne et qu'elle se fasse connaître, afin que je ne sois pas trompée. » Or si quelqu'un me pesait sur le pied avec un doigt brillant comme une aiguille rougie au feu. C'était aussi douloureux que si ma jambe avait été blessée. Je me levai aussitôt et me rendis devant mon autel. Là, Dieu me transporta durant trois heures dans un état tel, que je n'étais pas maîtresse de moi, sans cependant que j'eusse perdu connaissance. Je devais me tenir vraiment sur mes gardes. Il me fut clairement montré ce qui manquait à cette âme. Il me fut montré aussi qu’elle avait été appelée à l'état de virginité et que le seul motif pour lequel Seigneur l'avait enlevée si tôt, c'est qu'elle était fiancée. Or, elle devait mourir vierge. Jamais je n'aurais pu imaginer que dans l'Au-delà on se montre si sévère. Non, nul ne saurait le comprendre. Mais j'ai été instruite par cette âme et j'ai ainsi pu croire, dans la suite, des choses qu'autrement je n'aurais jamais crues.

Je ne m'étais pas trompée: sa mère, qui vint le lendemain, m'en donna la confirmation tangible. Elle me brûla beaucoup plus fortement encore. Je dus également passer trois heures en prières auprès d'elle et noter ce qui lui manquait. Il me fut alors manifesté que la maman Pecher, elle aussi, était morte si tôt uniquement parce qu'elle avait tout mis en oeuvre pour empêcher sa fille d'embrasser l'état religieux. C'était pour ce motif également qu'elle devait beaucoup souffrir en Purgatoire. Cette âme m'a encore indiqué beaucoup d'autres fautes qu'elle avait commises, en mangeant et en buvant de bonnes choses sans vouloir se modérer. Parce qu'elle n'aimait pas faire l'aumône durant sa vie, elle me dit que son mari, qui vivait encore, il est mort le 15 juin 1700 - m'enverrait un peu d'argent que je devais partager entre les pauvres de l'endroit. L'argent me parvint en effet. Cette âme m'a coûté beaucoup. Je dus pour elle aussi jeûner au pain et à l'eau. Quatre semaines plus tard, je voyais encore sur mon pied les marques de ces brûlures, car la forme de la main et du doigt dont cette âme m'avait touché le pied y demeuraient encore visibles. Autant j'ai éprouvé de consolation lors de ces apparitions, autant ces âmes m'ont coûté. Quand j'eus offert toutes les satisfactions pour e1les, la mère et la fille vinrent une fois encore dans ma chambre, le 13 décembre 1690, jour de la fête de Sainte Lucie, vierge et martyre. Un très beau chant retentit, tiré du psaume: « J'ai été dans la joie quand on m'a annoncé: nous irons dans la maison du Seigneur ! » Cela, m'a remplie d'une joie que je ne saurais décrire.

Celle que l'on croyait déjà au ciel

La nuit suivante, la mère de mon père s’est annoncée à moi. C'était justement la fête de S. Jean de la Croix, anniversaire du Jour où elle était décédée 17 ans auparavant. Je n'aurais jamais cru qu'elle fût encore en Purgatoire: je la croyais depuis longtemps au ciel. Souvent, surtout le jour des Trépassés, nous entendions un murmure insolite dans la maison, mais sans penser qu'il pût provenir d'une âme du Purgatoire. Grâce à Dieu, je ne suis pas portée à m'imaginer ces choses et j'ai aussi toujours inculqué à mes frères et soeurs la crainte de telles imaginations. Mais la manière dont, cette fois-là, cette âme s'annonça dans ma chambre, fut si bruyante, que mes frères l'entendirent. Ils vinrent me demander si je n'avais rien entendu, car nos chambres étaient situées l'une au-dessus de l'autre. Je ne répondis guère, quoique sachant, de fait, ce que signifiait ce bruit. Elle vint, comme les autres, à minuit. Je l'entendis gémir en soupirant, comme une personne à la mort. J'éprouvai aussitôt une grande compassion pour elle, car de son vivant, je l'avais aimée comme ma mère et j'étais présente au moment de sa mort. Elle avait vécu dix-sept ans chez nous, dans la maison. Elle aimait à tel point la paix, qu'entre ma mère et elle il n'y eut jamais de mésentente, ce que ma mère appréciait fort. Aussi l'aimait-elle beaucoup. Cette grand'mère menait une vie pieuse. Elle avait donné le bon exemple jusqu'à sa mort, survenue à l'âge de 80 ans, priant et veillant beaucoup. Tout cela aussi nous faisait espérer qu'elle ne devait plus être en Purgatoire. Mais, dans sa justice, Dieu l'y a gardée. Elle me pria de l'aider. Or j'étais au lit et ne pouvais me lever, tant mes brûlures au pied me faisaient souffrir. Je ne voulais pas me lever non plus en partie par crainte qu'il m'arrivât de nouveau quelque chose, bien que j'eusse aimé communier le jour de la Saint Jean de la Croix.

Je décidai donc de rester à la maison pour ne pas m'attirer d'ennuis, car, outre l'enflure, la chaleur ardente que je ressentais aux pieds était affreusement douloureuse. C'était presque comme une brûlure à la flamme, à tel point que ma mère voulut m'envoyer chez un baigneur. Elle était d'avis que je devais garder le lit. Tandis que j'hésitais ainsi, l'âme de mon père défunt vint. Elle m'encouragea, me dit que je devais me lever et aider sa mère à sortir du Purgatoire. Je n'avais pas à craindre, il fallait seulement avoir confiance en Dieu et il ne m'arriverait rien. Il m'avait parlé avec beaucoup d'affection et m'avait rappelé le grand amour du prochain qu'il avait lui-même pratiqué durant sa vie, se levant parfois la nuit, s'arrachant au sommeil pour venir en aide à autrui. Puis il me représenta les grandes douleurs des âmes du Purgatoire et me dit que je ne devais pas trouver de trop d'aider sa mère et de lui gagner ce jour-là l'indulgence plénière. Décidée par cette exhortation pleine d'affection et grave à la fois, je me levai aussitôt, me rendis à l'église des Carmes et y demeurai de longues heures sans même penser à mes douleurs. Quand je rentrai ensuite à la maison, il ne m'arriva rien. Son âme me donna seulement un petit signe de délivrance. L'enflure de pied disparut bientôt et avec elle la peur qu'il put m'arriver quoi que ce fût de la part des âmes du Purgatoire.Je tins la chose cachée et n'en parlai même pas à ma mère. Je n'en informai que mon confesseur, parce qu'ayant remarqué quelque chose il m'ordonna de parler, au nom de l'obéissance.Et de même que c'est Dieu qui a commencé cela, c'est sa Providence qui a tout ordonné et admirablement disposé pour que j'obtienne une chambre pour moi seule, car ce n'était pas le cas jusqu'alors. Dans cette chambre, j'ai aménagé un autel. Sous la croix, j'y ai placé mon tableau de la Très Sainte Vierge, sous lequel j'ai mis celui de l'Ecce Homo douloureux, en larmes, qui inspire la pitié.

C'est à ce tableau que je vais avec confiance, la nuit surtout, et je me sentais souvent attirée à venir devant lui, prier pour les âmes du Purgatoire. Le lendemain de la fête de St Thomas - c'était un vendredi (22 décembre), j'ai allumé un cierge en l'honneur de la T. S. Vierge et pour le soulagement des âmes du Purgatoire. Tandis que, selon mon habitude, je faisais ma méditation sur les souffrances du Christ, je laissai la liberté à mon esprit et m'occupai avec un zèle tout spécial des âmes du Purgatoire pour les aider par les mérites des souffrances du Christ. Sans me rien représenter, je considérais le tableau en priant. Je remarquai que le Christ commençait à pleurer tellement, que c'était pitié et que la toile de la sainte image se gondolait sous l'effet des larmes amères, au point que je craignais de voir le verre placé devant voler en éclats. Ce spectacle m'emplit d'une frayeur que je ne saurais décrire. Puis, sans surprise, sans vision, donc pleinement consciente, je tombai à genoux devant ce tableau, frappée de faiblesse, sans changer d'état et je l'ai vu des yeux de mon corps. J'ai vu également ce phénomène diminuer, puis cesser tout à fait. Bientôt, le Christ recommença à pleurer plus encore, et d'une manière plus animée. Il pleura à sept reprises. C'était pitié de le voir. Dans ma douleur, je ne savais que faire et pleurais moi aussi abondamment, car j'étais fort inquiète de savoir si ce n'était pas pour moi que le Christ avait pleuré ainsi. Aussi avais-je grand peur. Dieu me laissa quelques jours dans cette angoisse. Je demandai enfin à Notre Seigneur ce que signifiaient ces pleurs amers versés à sept reprises. Son amour me révéla alors que ce qui le faisait pleurer amèrement, c'était sa pitié pour les hommes, objet de son amour.

Je lui demandai pourquoi il avait pleuré sept fois. Il me signifia que je devais prier chaque jour pour sept catégories de gens. Puis tout m'a été dit et le Christ m'a également orientée complètement sur la manière dont il voulait que je m'applique à lui rendre honneur. Cela devait se manifester les saints jours de Noël et à la fête du Nouvel-An suivant. Le jour du Nouvel-An, 1691, je ressentis en mon âme une grande dévotion et de grands désirs de passer cette année nouvelle dans une grande perfection. J'éprouvai un ardent désir de prier avec beaucoup d'application pour l'Eglise catholique et pour tous les hommes. Dans ma prière intérieure, je me sentis également entièrement donnée à Dieu, pour qu'il fasse de moi ce qu'il voulait et se serve de moi pour sa gloire, comme il lui plairait, car je voulais vivre uniquement pour accomplir sa Sainte Volonté. » Ayant demandé ce qu'elle devait faire cette année-là, Marie-Anne entendit ces mots: « Je veux que tu souffres sans le laisser paraître ; que tu vives comme un enfant et que tu aimes comme un séraphin. » Le Christ, dit-elle, m'indiqua qu'il avait confiance en moi de préférence à tous les hommes, pour prendre le souci des âmes qui lui ont coûté tant de souffrances et de sang. Il m'exhorta à un grand amour et à une haute estime des âmes qu'il a estimées lui-même au point de souffrir et de mourir pour toutes...

Passage à la vie contemplative

Après cela, raconte la vénérable, j'ai reçu la visite d'un Carme qui me parut être S. Jean de la Croix. Il me dit que je devais mener une vie contemplative, puis disparut. Depuis ce temps, j'éprouvai le désir de prier ainsi et de ne plus continuer à méditer. Je me sentis bien plutôt portée à prêter attention, comme si quelqu'un me parlait. Les facultés de mon âme se plièrent très bien à tout cela. Dieu lui-même me guidait avec force vers la prière contemplative. Je ne pouvais que prêter attention à ce qu'il me disait. L'attrait de la contemplation était si fort, que je ne pouvais me reposer ni le jour ni la nuit, si cela ne m'était pas enjoint au nom de l'obéissance. Les grâces commencèrent à se manifester avec force dans mon âme, que la prière contemplative améliora rapidement. En même temps, je brillais d'amour de Dieu et du désir de souffrir pour lui et pour le monde entier: je n'étais presque plus maîtresse de moi-même. D'abondantes paroles ne me suffiraient pas pour dire avec quel amour Dieu m'a traitée, alors il m’a fait connaître son amour. Dans mon émerveillement devant toutes les grâces que Dieu m'a souvent accordées, je disais parfois au Christ, en versant des larmes: « O, Seigneur, pourquoi me donnez-Vous de telles grâces, que je n'ai certes pas méritées et dont je sais que Vous ne les donnez d'ordinaire qu'à ceux qui Vous aiment vraiment? Je ne vous ai que peu servi jusqu'ici et je vous ai même offensé beaucoup. Comment est-ce possib1e, Seigneur ? Avez-vous donc déjà complètement oublié mes fautes ? Je Vous en prie, envoyez-moi la souffrance autant que Vous le voulez, car cela, je l'ai mérité. » Là-dessus, l'éternelle Vérité m'a donné et a allumé en mon âme la lumière de la Vérité. Mon âme a été éclairée et son amour m’a été fait connaître qu'en des paroles telles, que je n'ai pu poser d'autre question. Mais le Seigneur m'a dit « Ce n'est pas parce que tu le mérites, que je suis si bon avec toi, mais je te donne la grâce d'être en relations avec les âmes du Purgatoire, pour t'amener à devenir meilleure et t'attirer à moi par de tels événements extraordinaires. D'autres sont venus d'eux-mêmes à moi, avec leur amour pour moi, tandis que toi, tu dois être attirée à moi et à la vertu par la force de mon amour spécial et de ma grâce. » = Plus élevées étaient les grâces que Dieu m'avait données, et qu'il a rendues manifestes aux yeux des hommes, plus aussi il m'a humiliée: plus fortement que n'aurait pu le faire aucun homme du monde, ce qui m'a coûté souvent bien des larmes. L 'oeil de Dieu, qui voit tout, regardait au plus profond de mon âme pleine de fautes et me montrait ce que j'avais mérité. Mais après cela, Il me faisait connaître sa Miséricorde sans bornes, qui me poussait à l'aime«r davantage encore.

Vision et description du Purgatoire

C'est en ce temps-là que je fus souvent conduite en Purgatoire, et j'ai pu voir ce lieu effrayant. Le 15 mai, après la sainte communion en l'église des Jésuites, cela m'a-t-il été représenté, ou bien y ai-je été conduite par mon ange gardien ? je ne le sais - j'ai vu devant moi une grande fosse6 dont je ne pouvais apercevoir l'extrémité, parce qu'elle était plongée dans l'obscurité complète. Je me rendis néanmoins compte que cette fosse était occupée, mais je n'arrive pas à en décrire exactement la forme. Il m'a semblé qu'il y régnait, d'une extrémité à l'autre, un grand désordre, et une horrible puanteur, comme dans une soue à porcs. Je dus y demeurer longtemps, bien que cela me donnât un haut-le-coeur, vraiment. Après quoi j'ai vu un autre endroit, mais tout près de cette fosse, du côté droit. Cet endroit m'a paru comme un bief de moulin, dont les eaux grossies tombent en cascade. Mais c'était une cascade de feu qui tombait, de sorte que je m'étonnais qu'il pût y avoir une eau de feu. Mais quand je suis revenue à moi, j'ai compris: cette fosse profonde, sans fin, c'est l'enfer; le bief, c'est le Purgatoire (pré-enfer) où les pauvres âmes sont plongées comme dans une eau de feu, mais avec une grande différence non selon la peine, car elles sont immergées dans le feu, mais selon l'ordre et l'amour avec lequel elles souffrent. Chez les âmes du Purgatoire, j'ai vu clairement qu'elles sont pleinement unies à la Volonté de Dieu, qu'elles sont extraordinairement patientes dans leurs souffrances, qu'elles se sentent vraiment heureuses d'avoir échappé à l'enfer mérité par leurs péchés, au cours de leur vie et de se trouver dans ce lieu du Purgatoire. Ce contentement des chers fidèles défunts au milieu de leurs souffrances, je le souhaiterais bien à moi-même et à tous les hommes de la terre dans nos souffrances et nos adversités, parce que, alors, on ne trouverait plus d'impatience ici-bas. Il me fut aussi révélé qu'aux âmes du Purgatoire, une heure parait plus longue que vingt ans de grandes souffrances sur la terre. Je compris également que si on leur offrait de pouvoir sortir du Purgatoire et entrer au ciel quoique non encore entièrement purifiées, les âmes du Purgatoire aimeraient beaucoup mieux y rester jusqu'au Jugement dernier que de paraître devant Dieu avec la moindre tache. J'ai remarqué, chez ces chères âmes qui sont en Purgatoire, une patience qu'on ne saurait dire, et j'ai appris d'elles à estimer grandement l'obéissance, en voyant combien, par l'exercice de cette sainte vertu, on peut les aider et leur rendre autant et aussi vite service. Oh oui, on peut bien tes appeler saintes, les âmes du Purgatoire, car elles sont pleines d'amour de Dieu. Elles brûlent bien plus de l'amour de voir ce Dieu si bon et de jouir de sa présence, qu'elles ne brûlent du feu de leurs peines. Une autre fois, je vis le Purgatoire comme un cachot tout en feu, comme un lieu dont le feu était effrayant. Tous les feux du monde réunis ne sauraient lui être comparés, et les pauvres âmes y sont plongées comme des étincelles de feu (Cor. III, 16 et I Petr. 1,7). « Elles sont si nombreuses que mes yeux n'ont pas réussi à en embrasser du regard la multitude entière, tant elle est grande. Peu après, le Purgatoire me fut montré comme un vivier dans lequel se trouvaient une multitude de poissons. Ces poissons étaient complètement blancs et tendaient vers moi leur bouche ouverte. Il m'a été signifié que je devais les rafraîchir par les larmes de mes yeux et le Sang de Jésus-Christ, en l'offrant pour elles. Il me fut dit aussi que je devais répandre sur elles du sel, ce que je ne compris pas tout d'abord, jusqu'à ce que cela me fut expliqué: je devais accomplir des bonnes oeuvres et les offrir pour les pauvres âmes. Pour donner une idée du nombre de ces âmes, Dieu me fit voir le Purgatoire sous la forme d'une fourmilière. Je demandai pourquoi ces âmes m'étaient montrées ainsi. Il me fut donné à comprendre que c'est parce qu'une fourmilière est couverte, surtout en hiver où l'on ne remarque absolument pas qu'il s'y trouve un si grand nombre de fourmis.

Mais si on la remue avec un bâton, ou si on l'enfume, les fourmis en sortent par milliers. Je devais penser qu'il y a en Purgatoire, beaucoup, beaucoup d'âmes qui sont cachées à nos yeux, comme dans une fourmilière couverte, telle que je venais de la voir. Je ne devais donc pas m'étonner si je voyais qu'elles montrent tant d'ardeur à mon égard. C'est que par un effet de son amour, sa Bonté était venue maintenant dans cette fourmilière. Par ses premières larmes, le Christ avait voulu manifester que si peu d'hommes pensent aux âmes du Purgatoire d'une manière qui les secoure. Il se servait de moi comme d'un bout de bâton pour remuer cette fourmilière, pour que je puisse voir comme y étaient cachées en foule des âmes que l'on croit déjà au ciel. Puis les âmes du Purgatoire me furent montrées sous la forme d'un essaim d'abeilles agrippées à un arbre. Il me fut dit que je ne devais pas m'étonner de leur grand nombre, car rien de souillé n'entre au ciel. Or, les hommes vivent habituellement comme de vrais mondains, sans penser guère a l’autre monde, à la vie éternel, et sans reconnaître leurs fautes. Mais Dieu examine tout selon la justice. Il me fut dit encore que je devais considérer le bref temps de souffrances qui, en comparaison de l'éternité, n'est qu'un court instant, ou encore, considérer quelle récompense infinie était le ciel qui suivait ce temps de souffrances. Le ciel exige qu'on se fasse violence. Or, la plupart des hommes, les mondains, ne se font pas violence parce que, en mondains qu'ils sont, ils ne se croient pas obligés de pratiquer la vertu. Ainsi, il ne peut évidemment pas en aller autrement: ils demeurent retenus très longtemps en ce lieu

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