
Le Bx. Luchesio
Commerçant et Infirmier.
‘’ Celui qui cherchera sa gloire hors de moi, ou sa jouissance dans un autre bien que moi, sa joie ne sera ni vraie ni solide, et son cœur , toujours à la gêne, toujours à l’étroit, ne trouvera que des angoisses .’’
Éditons du Chant- D’oiseau, 2 rue du Chant- d’Oiseau Bruxelles
Édition Lethielleux-10, rue cassette, Paris.
Imprimi potest ;
Bruxellis,die 4 januarii 1936
Fr. Leondides Guillaume
Min. Provincialis
Imprimatur :
Mechlinae, die 8 janvurii 1936
+ Et. Jos.Carton De Wlart. Vic.gen.
Tous droits dr reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
Avant-Propos
Tout le monde peut se sanctifier : C’est ce que j’ai tâché d’établir, pour l’encouragement des bonnes âmes, dans Sainteté et Bonne Volonté. Mais la doctrine sans l’exemple demeure lettre morte. Il m’a paru nécessaire de la compléter par la leçon de fait que nous donnent les saints.
Que nul ne se plaigne de ne pouvoir les suivre, j’ai choisi ceux-ci dans les différents états de la vie, bourgeoise : ces saints qui ont vécu dans le monde montreront aux gens du monde, qu’on peut arriver à la perfection dans tous les métiers et dans les circonstances les plus diverses, les plus banales et parfois les plus difficiles.
J’ai voulu faire des vies qui soient vivants, convaincu que l’histoire des saints, loin d’être ennuyeuse, est la chose la plus intéressante et la plus émouvante qui soit. J’ai dû parfois, pour cela, transposer en langage direct le relations des vieilles chroniques, relier les faits entre eux ainsi qu’aux faits contemporains. J’espère, ce faisant, n’avoir ont trahi la vérité.
Enfin je me suis appliqué à monter que ces grandes âmes étaient des hommes comme nous avant de devenir des saints, afin de nous stimuler, nous qui sommes tellement hommes, à devenir saints comme eux. P.M.I.
Table de matière
Un homme d'affaire qui ne perd pas le nord.
Réveil après la faute.
La lumière dans la nuit.
Brouille dans le ménage, et ce qu'il en advint.
Le Tiers Ordre ou depuis 1968 O.f.s ou Ordre Franciscain Séculier.
Religieux dans le monde.
Épilogue
Un homme d'affaire qui ne perd pas le nord.
Vers le début du XIIIe siècle, vivait à Caggiani, village de Toscane, un brave homme appelé Luchesio. Jeune marié, plein de santé, de projets et d’illusions, actif, intelligent, d’esprit entreprenant, il voyait s’ouvrir devant lui la carrière de la vie. Il était décidé à y faire son chemin.
Ses bons parents lui avaient appris à aller à la messe le dimanche, à ne point mentir ni voler et à se tenir correctement : c’était, ou à peu près, tout son bagage religieux et moral. Aussi n’étaient-ce pas des rêves d’ascétisme qui avaient nourri sa jeune imagination ces choses lui étaient aussi fermés que l’algèbre. Mais vivre, lutter pour vivre, et pour mieux vivre, comme il avait vu faire ses parents, comme il voyait faite tout le monde, oh ! Cela, il le comprenait… comme il arrive à la plupart des hommes, il s’était taillé son idéal dans ce qu’il avait vu.
Devenir riche, et un jour, qui sait ? être chef dans son village : ces deux splendeurs représentaient à ses yeux le sommet de la vie heureuse. Deux ambitions qui se résolvaient dans cette autre : frayeur avec les nobles. Car ‘’ il était beau de visage, bien fait de sa personne, élégant et facile de son langage et en toutes ses manières, avantages qu’il désirait faire valoir dans le commerce des personnes nobles et distinguées ‘’. ( 1)
Son épouse Bonodana, qui vraiment était une bonne petite femme, partageait ses rêves et ses espoirs.
-Ah! lui disait- ellle, quand nous seront riches… nous aurons une belle grande maison, un château .… Et tu m’achèteras des robes toutes en soie, n’est-ce pas, et un collier de perles comme celui de dona Monna ! …
Et se yeux se fixaient, grands ouverts , pleins de sourires gourmands, sur le faste convoité.
Luchesio faisait mieux que rêver. Ayant bien réfléchi, calculé, supputé toutes les chances, il se mit à l’œuvre avec entrain. Il se lança à la fois dans les affaires et dans la politique : et voilà mon Luchesio parti pour la fortune et pour la gloire.
Les petites république italiennes vivaient alors une vie flévreuse et turbulente dont les passions envahissaient jusqu’aux moindres villages. Tout le monde faisait de la politique. C’était le temps de Communes : peuple et bourgeois, affranchis d’hier, montaient la garde autour des libertés acquises et s’agitaient pour conquérir de nouveaux droits. Les nobles résistaient avec un âpre orgueil pour sauver leurs privilèges compromis : d’où un état violent, traversée, à la moindre occasion, par des collisions sanglantes.
Cette situation s’envenimait d’une question de politique extérieur ; la lutte entre l’empereur et le pape, Frédéric II manœuvrait pour annexer l’Italie, il s’appuyait sur les nobles, qui voyaient dans son triomphe l’occasion de restaurer l’ancien régime : c’est le parti gibelin. Le peuple, par réaction, s’était rangé sous les bannières des papes, qui devenaient ainsi les champions de l’ordre nouveau et de la liberté : c’était le parti guelfe. Guelfes et gibelins, peuple et nobles, bourgeois et aristocrates, s’affrontaient dans une lutte sans trêve. Partout les deux factions entretenaient des milices armées.
Dans cette bagarre, chacun prenait parti. Et, comme d’habitude dans les choses politique, ce n’ait pas toujours pour des motifs désintéressés qu’on embrasait l’une des deux causes : les convenances personnelles, les petites brouilles, de familles, les haines de classe, les avantage immédiats, pesaient bien plus dans la balance que les considérations d’ordre social ou religieux. Une foule de chrétiens convaincus, pour des motifs divers, se mettaient sans sourciller en opposition avec le Saint-siège, Ivres de la liberté conquise et égarés par les complications de la politique, les fidèles s’étaient désaccoutumés d’obéir.
Ainsi fit Luchesio. L’ambition le mordait ; il voulait monter d’un cran dans l’échelle sociale, il brûlait de devenir l’égal des nobles, d’être admis dans leur cercle : il fallait bien pour cela se mettre de leur côté. Et plus les gibelins, c’était le parti distingué de l’époque, et la vanité de Luchesio devait s’y laisser prendre : il fait de la politique gibeline, tout en s’occupant de son commerce.
Il ne réussit pas mal au début, Beau garçon, beau parleur, il ne tarda pas à devenir chef de faction et capitaine de la jeunesse armée de l’endroit. Déjà il se frottait les mains.
Il ne connaissait pas les hommes ; il devait s’apercevoir bientôt que la vie est plus compliquée qu’il ne l’avait prévu, un concurrent exploita ses tendances gibelins trop affichés, et comme la masse était guelfe, il détourna l’ échoppe de Luchesio de la grosse parti de sa clientèle. Les affaires de celui-ci commèrent à péricliter ; il se trouva bientôt en mauvaise posture. Par contre-coup son influence politique se mit à baisser à son tour. C’était un piège début pour le pauvre ambitieux, enfin, comme en affaires tous les moyens sont bons, son rival fit courir sur son compte des bruits fâcheux, sa situation devenait intenable à Caggini. Il apprenait à ses dépens q’il est dangereux de mêler la politique aux affaires.
Bah! Ce n’est pas un échec qui peut avoir raison d‘un jeune et ardente ambition. Luchesio pris sont parti avec décision. La petite ville voisine de Poggi-Bonzi, était entièrement gagnée, elle, au parti gibelin, ou du moins les guelfes, matés, y étaient réduites au silence : il n’y avait plus à craindre, là des mésaventures politiques ; et plus, en ville on aurait d’autres débouchés que dans ce trou de Caggiani. Luchesio déménagea de son village et alla s’installer à Poggi-Bonzi. Là, avec une audace juvénile, il entama les affaire en grand.
Il commença par un commerce de salaisons habilement uni à un bureau de change. C’était une idée de génie : l’un faisait marcher l’autre ; avec un peux d’adresse, il y avait moyen de faire, dans cette combinaison, de jolis bénéfices. Il ne faillait pas, bien entendue, raffiner sur l’honnêteté, mais, en bon homme d’affaire, Luchesio en prenait aisément son parti et pratiquait à merveille ‘’ cette morale commerciale ‘’ particulière aux profiteurs du business, qui, à l’époque, était ma foi passablement élastique.
La maison prospérait, car il savait y faire : c’est lui qui vendait le meilleur lard, et son petit salé était réputé ; ses manières aimables attiraient les clients, et les ducats affluaient dans le comptoir. Il ne faisait plus de politique, mais il venait aux riches et il flattait les nobles. Puis il leur prêtait de l’argent et les aidait dans la gestion de leurs biens : ils avaient besoin de lui de sorte qu’il commençait à avoir dans le ‘’ grand monde’’ de Poggi-Bozi des relations enviables. Cette fois, il avait le vent en poupe.
Bonadonna était fière de son mari, heureuse de voir si habile à mener sa barque et à faire entrer de l’argent dans la caisse. Brave garçon au demeurant , généreux, excellent caractère, il aimait bien, lui passait tous ses caprices, et lui fournissait de jolies toilettes dans lesquelles elle pouvait se parader et se couvrir de gloire à la grande messe du dimanche.
Car tous deux, naturellement, étaient bons chrétiens. Jamais ils n’auraient manqué à leurs devoirs, ils faisaient leurs prières, communiaient une fois l’an, assistaient à la messe une fois la semaine, et même suivaient les processions : ils acquittaient ces prestations comme il payaient le cens, la dîme et le fouage, et, cela fait, se tenaient déchargés envers Dieu.
Ils étaient chrétiens comme on l’était en ce temps-là comme on l’est, en en somme , aujourd’hui : la religion demeurait dans les formes, mais n’était plus dans les cœurs, ni partant dans la vie. Et la cause principale du mal était la même qu’aujourd’hui : les affaires.
Les Communes, les métiers, le négoce, avaient prodigieusement transformé les conditions de la vie, les cités étaient grouillantes d’activité ; tout le monde vendait, spéculait, s’enrichissait. L’argent autrefois détenu par les nobles, se déplaçait, venait remplir les coffres des bourgeois, tous ces nouveaux riches, naturellement, prétendaient jouir des biens ainsi acquise par un honnête travail : le luxe, et le confort s’introduisaient partout, avec eux le plaisir et, bien vite, la licence. Quand au bas peuple, il regardait avec envie ces parvenus heureux et cherchait lui aussi à jouer du coudes. Périodiquement, sur disette sévissait sur quelques contrés. Cette épreuve passagère ne faisait qu’aiguiser les cupidités en exaspérer les haines de classes. Dans cette fièvre de convoitises et de jouissances, les âme s’étaient détournés des choses spirituelles ; absorbées par les soucis temporels, elles ne trouvaient plus le temps de s’intéresser à la religion. Elles s’étaient épaissies, matérialisées, embourgeoisés. On continuait aux offices, de par la force acquise, par ce que c’était dans les mœurs, mais dans le fond des pré occupations Mammon avait supplanté Dieu, les cœurs avaient passé de l’église dans les boutiques.
Luchesio et sa femme étaient bien de leur temps : c’était exactement du mal du temps qu’il souffraient, Oui, ils ‘’replissaient leurs devoirs ‘’, mais le soir, dans leurs tête-à-tête, ce n‘est point des Béatitudes qu’Ils parlaient ni du Royaume des cieux, mais d’argent, de comptes, de combinaisons et d’entreprises nouvelles par arrondir encore leur fortune naissante : ce qu’il aillait trouver maintenant, c’était quelque grosse affaire permettant d’aborder la haute spéculation, Luchesio entrepris le commerce des grains et guetta la bonne occasion.
Elle se présenta ; avec son sens des affaires, il sut la voir venir et l’exploiter avec maîtrises. Prévoyant une cherté de vivres, il disposa ses batteries. Comme argent de change, il était conseiller de beaucoup de braves marchands qui lu donnaient toute leur confiance et qu’il maniait comme il voulait : il leur fit croire à d’important arrivages qui allaient faire tomber à rien le blé, et les persuada de lui vendre leurs stocks à bas prix. Cet accaparement précipita naturellement la disette. Quand elle fut là, Luchesio se trouve maître de la situation. Ce fut une belle victoire, tout le monde eut besoin de lui, il haussa les prix à son gré, réalisant des bénéfices énormes. Sa maison, où l’or affluait, était devenue le centre de la vie de la cité : c’était la fortune !
Tout entier à la lutte et grisé par un tel succès, il n’avait pas le loisir de songer aux misère que sa brillante affaire semait autour de lui, un jour, il est vrai, un pauvre paysan que ses manœuvres avaient ruiné, était sorti de chez lui en le maudissant et en le traitant d’assassin : cela lui avait donné un choc au cœur, et cette nuit-là il avait eu quelque peine à s’endormir. Mais il avait bientôt refoulé cette sensibilité ; car les affaires n’ont rien à voir avec le sentiment, Il faillait bien ‘’ arriver’, et qui veut la fin veut les moyens, et puis il avait deux fils dont il devait assurer l’avenir : devoir de conscience.
Mais la vrai raison qui poussait Luchesio, à son insu, à se former la conscience, c’est que d’avouer son injustice eût posé le problème compliqué de la restitution, et qu’un ne renonce pas facilement aux biens une fois acquis.
Il y était si bien installé ! Ils habitaient maintenant une belle maison, grande comme un palais, avec des cheminés de marbre, des tapis sur les parquets, des meubles de bois précieux et une foule de bibelots rares. Aux dîners, qu’ils donnaient à des amis choisis, ils étaient fiers d’exhiber leur vaisselle d’argent. Et quand Luchesio allait par les rues, les chapeaux s’inclinaient bas devant se vêtements de brocart. Sans doute, on se rappelait bien de quelle façon il avait acquis tout cela, on en parlait dans les coins ; mais après tout, c’était de l’habilité et les critiqueurs au fond l’enviaient, sachant fort bien qu’à sa place ils auraient fait de même. Il avait réussi, donc il était respectable.
Il était riche, enfin, devenu un personnage considérable, honoré, flatté, vivant largement, admis dans le plus haut monde et jouissant d’une grande influence dans la ville de Poggi-Bonzi. Ses rêves s’étaient réalisé ; mieux, il les avaient réalisés ; jeune encore il n’avait pas trente ans, il avait fait plus de chemin que d’autres en tout une vie. Sa maison abritait ce qu’on appelle une famille heureuse.
Réveil après la faute
Or voici qu’au moment de jouir de la fortune, Luchesio s’étonna de ne se sentir qu’à moitié satisfait, et pas du tout heureuse. Dans ce luxe, ce confort, ces honneurs qu’il s’était donné tant de peine à poursuivre, voici qu’il se sentait dépaysé, emprunté, étranger, comme si de ces choses n’étaient pas faite pour lui, comme s’il n’avait jamais rien désiré de tout cela. Pourquoi toute cette fièvre, tout ce travail pour aboutir à cette vie bête, plate, vice, qui ne lui disait plus rien?
Pour résoudre cette imprécise énigme, il repassait instinctivement dans son imagination les années écoulés ; il lui semblait les avoir vécus dans une sorte d’inconscience. Et il finissait par se revoir, tout jeune, à Caggini, avant que tout cela n’arrivât, et il sentait, avec une grande force d’évidence, qu’il avait alors l’âme plus heureuse, plus libre qu’aujourd’hui.
Dans la détente qui s’opérait après la lutte, il lui semblait se retrouver lui-même, comme quelqu’un qu’on a perdu de vue depuis de longues années, et qu’on avait tout à fait négligé. Il se retrouvait avec son cœur : et c’est son cœur qu était mécontent.
Il constatait cette chose étrange, que la tension continuelle de ces années vers un but fixe et obsédant, avait en quelque sorte couvert et immobilisé son âme en ce qu’elle avait de meilleur, que la bataille pour l’argent l’avait si bien confisqué, qu’elle avait relégué l’homme qu’il était pour le remplacer par un personnage étranger : un dur et cupide commerçant. Car au fond, il était naturellement droit, bon, même généreux. Et maintenant qu’il retrouvait le temps d’être lui-même, cette bonté native s’insurgeait, réclamait contre ‘’ l’autre ‘’, rappelait à la conscience le Luchesio son injustice, sa dureté, toutes les victimes qu’il avait faites.
Ses nuits devenait agitées. Durant des heures d’un pénible demi-sommeil, des images lamentables et sinistres en longues sarabandes, passaient devant ses yeux : il voyait des foyers ruinés, des familles affamées jetées à la rue, des ventes navrantes de pauvres mobiliers ,des mères qui le regardaient fixement avec les yeux fiévreux en lui montrant leurs enfants malingres, des pères qui lui tendaient le poing en maudissant l’accapareur… Il se retournait dans son lit, enfouissait son visage dans l’oreiller trop chaud, pour fuir les obsédantes visons. Mais le supplice continuait : sans cesse revenait à ses oreilles la voix du malheureux qui, venant d’apprend sa ruine, lui avait crié en sortant :`’ Dieu te maudisse, assassin ! ’’ Et son cœur, c’était de nouveau avec même choc qu’il avait ressent ce jour-là, sous l’injure cinglante. Oh ! cette petite scène de quelques secondes ce geste désespéré et indigné, ce regard chargé de haine, comme elle s’était, parmi tant d’autres, installé, incrustée dans ses yeux ! Et cette voix rauque, tout d’un coup altérée, comme elle était toujours, dans ses oreilles ’’ Assassin ! Assassin ! …’
Mais oui, c’était vrai ! Il avait tué en prenant le pain des autres ; il avait, odieusement, spéculé sur la misère pour s’enrichir, en abusant de la bonne foi de ces pauvres gens qui se confiaient en lui : et c’était lui, lui Luchesio, qui, presque sans le savoir, avait pu en vernir là! Il se maudissait lui-même maintenant : .. Misérable, voici que des centaines de malheureux te couvrent de leurs malédictions, un jours s’élèveront contre toi devant Dieu, et alors … ‘’. Et une atroce terreur soudain, fondait sur lui, à la pensé du jugement car sa foi était testée intacte - : ‘’ Oui, c’est une autre malédiction qui tombera sur toi, alors… Et tu seras à gauche… à gauche , mon Dieu ! Pour toujours !… Ah ! imbécile, à quoi t’auront servie ducats et ces carlins que tu as empilés, et ces terres que tu as achetées et cette vaisselle dont tu est bêtement fier ? Assassin ! c’est de tes meurtres que tu es fier !’’
A quoi penses –tu donc ? lui demandait Bonnadonna, le voyant se frapper le front en marmonnant.
Alors, pour chasser ses épouvantes, il reprenait les arguments de la ‘’morale commercial ‘’ qui l’avaient si complaisamment servi : ‘’ Il ne faut pas mêler la charité aux affaires … ‘’ Mais aussitôt la conscience ripostait : ‘’ Si, Il faut mettre la charité en tout ! mais mes enfants ne devais-je pas assurer leur avenir ? pas au prix de l'injustice, reprenait l’autre voix. Tes enfants, ils seront maudits avec toi : tu leurs auras appris le péché. Mais enfin les affaires sont les affaires : quand on est dans le commerce… il y a une affaire qu’il faut réussir, une : arriver au ciel ! Et toi, tu t’as damné ! Tu as assassiné, tu iras en enfer ! … En enfer…’’
Et de la gloire de Luchesio sortait un soupir si rauque et si sauvage qu sa femme en était terrifiée.
- Mais qu’as tu donc, Luchesio ?
_Femme, disait-il d’une voix sourde, j’ai idée que nous ne sommes pas en règle avec note conscience.
- Qu’est-ce que tu raconte là? Et pourquoi donc ne serions-nous en règle ?
- J’ai abusé de la confiance des gens… Non cela n’était pas juste... cela n’était pas permis, Bona…
- Comment, pas juste ? tu as gagné de l’argent par ton commerce, voilà tout !
Mais Luchesio se redressait soudant, terrible, les yeux égarées :
J’ai gagné de l’argent en trompant, en volant,,, en assassinant ! tu entends?
- Allons ! laisse donc ces idées-là, voyons ? N’as –tu pas le droit de faire tes affaires comme tout le monde ? Sois donc raisonnable, Luchesio, chasse se s rêveries, distrais-toi : maintenant que nous voila riches, vas-tu devenir mélancolique ?
Mai le bon Luchesio avait beau chercher à se distraire : sa belle éducation, si incomplète mais honnête et chrétienne, reprenait le dessus ; et sa conscience, et son cœur, et la crainte du jugement le tourmentaient sans répit, le mordant chaque jour plus avant. Il était profondément malheureux
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