Titre de la série :
Saint-Pascal-Baylon
Titre de la page:
Menu- Chapitre 1- Dans le monde
Nom de l'auteur:
Menu-Omer-Englebert-o.f.m-
Imprimi potest
imprimatur :


Montréal, le 24 février 1946.
T. R. P. Damase LABERGE, O.F.M., Min. Prov.

Montréal, le 27 février 1946.
Mgr Ph. PERRIER, V.G.

TABLE DES CHAPITRES

Chapitre premier : DANS LE MONDE

 

Chapitre III : MORT ET GLORIFICATION

La première enfance

 

Les derniers instants et la mort

Le berger

 

La vénération populaire

Dévotion mariale

 

Les cures miraculeuses

Notre-Dame de la Sierra

 

La sépulture

Amour des animaux

 

Les prodiges

Désir de vie religieuse

 

Les « Coups du Saint »

Jean Apparicio

 

La glorification

A Montéf or té

 

Appendice : LES ECRITS DE SAINT PASCAL BAYLON

Le miracle de l'Eucharistie et une dernière tentation

 

Cantique au Très Saint Sacrement


Chapitre II : AU COUVENT

 

Vers dévots

La journée du Saint

 

Second cantique à Jésus Eucharistie

Le frère portier

 

Prières avant la communion

Le thaumaturge

 

Prières d'action de grâces

Martin Crespo

 

Enseignements pour notre foi en l'Eucharistie

Charité fraternelle

 

Du très saint Nom de Jésus

Mortification

 

Prière de la Vierge dans le temple

Sa science et son humilité

 

Trois raisons pour la fête de la Purification

Voyage en France

 

Bibliographie

Voyage à Xérès

 


DANS LE MONDE

Saint Pascal Baylon vint au monde alors que vivaient encore Charles-Quint, Henri VIII, François ler, saint Ignace, sainte Thérèse, Luther et Calvin.

Il naquit, le 16 mai 1540, le jour de la Pentecôte, à Torre-Hermosa, petite bourgade du royaume d'Aragon (1). Comme en Espagne, la Pentecôte s'appelait « Pâque du Saint-Esprit », il reçut le nom de Pascal au baptême.

Ses parents étaient de petits cultivateurs.

On signale que son père, Martin Baylon, quand le prêtre l'administra, se mit à genoux pour recevoir le saint viatique, et que sa mère, Elisabeth Jubera, faisait de si grandes aumônes que les commères du voisinage crurent devoir intervenir : « Elle finira par vous ruiner », dirent-elles au mari. Mais celui-ci déclara qu'il était fier d'avoir une épouse tellement vertueuse, et que les commères pouvaient porter leurs plaintes ailleurs.


LA PREMIÈREENFANCE (2) .



De la première enfance de Pascal, les témoins citent plusieurs traits relatifs à ce qui fut la grande dévotion de sa vie et à la vocation qu'il embrassa plus tard.

Il était encore à la mamelle qu'il manifestait déjà une joie débordante devant le saint sacrement. La présence du Christ sous les espèces du pain, qui est pour les catholiques un mystère, semble avoir toujours été, pour lui, une évidence physique. Il voyait et sentait ce que les autres croient. Quand sa mère le portait à la messe, il ne quittait pas l'autel des yeux et tressaillait au moment de l'élévation. A peine sut-il marcher que souvent il disparut de la maison. Pour le rejoindre, il fallait aller à l'église où on le trouvait agenouillé devant le tabernacle, dans une adoration qui pouvait durer des heures.

C'était parfois l'usage en Espagne d'habiller les jeunes garçons d'un costume rappelant la livrée des ordres religieux. Pascal avait un cousin, François Delgado, qui portait l'habit des frères mineurs. Un jour que François était malade et que son habit pendait au pied du lit, Pascal s'en empara, se revêtit de la bure et se ceignit de la corde à trois noeuds. Radieux, il allait et venait comme un moine, les mains dans les manches, la tête couverte du capuchon, faisant force révérences et génuflexions. Quand il lui fallut rendre le froc, ce fut une autre affaire, il pleurait, criait, opposait une résistance désespérée : « Je veux être moine, je veux être moine », répétait-il en se débattant. On dut aller chercher sa mère. Elle obtint tout de suite qu'il se déshabillât. Car, en attendant d'être religieux, Pascal pratiquait déjà la soumission à ses parents et toutes les autres vertus de l'enfance.


LE BERGER.

Nous ignorons la date de sa première communion, mais nous sommes bien renseignés sur la vie de berger qu'il mena de l'âge de douze ans à son entrée au couvent.

Il garda d'abord le troupeau de son père, puis, dans la suite, celui d'un maître beaucoup plus riche.

Dans cet état, il n'avait ordinairement d'autre compagnie ni d'autres témoins de ses actes que ses moutons. Il restait éloigné des villages de longs mois durant, et pourvu que les bêtes profitassent sans trop causer de dommages à autrui, il pouvait faire lui-même à peu près ce qu'il voulait. La garde des brebis n'étant pas une occupation qui pût absorber toutes les forces d'un homme bien portant, les bergers du voisinage s'ennuyaient et cherchaient à se distraire de façon plus ou moins correcte.

Pascal limitait au strict nécessaire ses rapports avec eux. Toujours édifiant et charitable, il résistait à ceux qui voulait l'entraîner à la maraude et au péché, réconfortait ceux qui étaient dans la peine, montrait à ceux qui blasphémaient la laideur et l'inutilité de leurs imprécations, apprenait leurs prières à ceux qui les ignoraient, supportait d'un coeur égal et courageux les avanies et méchancetés dont il était parfois victime. Lorsqu'un délit avait été commis et que les prud'hommes de la corporation jugeaient l'affaire, les bergers comparais­saient en accusés ou en témoins, et l'usage voulait qu'ils prêtassent serment avant de parler. L'honnêteté de Pascal était si manifeste que jamais il ne fut mis en jugement, et sa véracité si notoire que jamais ne fut exigé de lui le moindre serment.

Ce qui formait sa principale occupation, c'était la vie intérieure pour laquelle il fut toujours prodigieusement doué et qu'il mena dès cette époque avec une rare application.

Les plus heureux, ici-bas, ne sont pas ceux qui cherchent leur bonheur dans les hommes ni dans les ressources de ce monde changeant, mais ceux qui le trouvent en eux-mêmes et surtout en Dieu.

Pascal vivait recueilli, attentif à maintenir sa conscience dans une entière pureté. Il conversait avec Dieu qui est partout présent et Dieu lui répondait en versant dans son âme d'abondantes délices. La prière, la contemplation des choses éternelles pour quoi l'âme humaine est faite, le chant des pieux cantiques qu'il avait appris à l'église de son village, suffisaient à l'absorber et à le rendre heureux.

Il ressentait naturellement les difficultés et tentations auxquelles personne n'échappe, mais, pour rester digne des consolations célestes, il veillait assidûment sur ses sens et matait sa chair rebelle autant qu'il était besoin.

François Delgado gardait aussi les moutons à cette époque. Plus tard, après la mort du bienheureux, il raconta comme, un jour, il surprit Pascal en train de tresser des cordes, dont les unes étaient garnies de petits noeuds, et les autres de noeuds énormes et durs, qui particulière­ment l'intriguèrent :

— A quoi servent ces disciplines ? demanda-t-il.

— A expier mes péchés I répondit Pascal.

— Tes péchés ? Où prendrais-tu le temps d'en commettre, toi qui es toujours en prière ?

— Parfois ce sont des mauvaises pensées qui me viennent, ou mes sens qui se révoltent ; il m'arrive aussi de frapper la terre du pied, lorsque je suis en colère contre mes moutons.

Quant aux cordes à petits noeuds, c'étaient des sortes de chapelets que Pascal utilisait pour réciter le rosaire. et qu'il distribuait aux bergers voisins.


DÉVOTION MARIALE.

Grande était sa dévotion envers la sainte Vierge.

Il possédait son Petit Office qu'il aurait bien zoulu réciter ; mais, pour cela, il fallait apprendre à lire. Comment faire ? Il imagina de se donner pour maîtres les voyageurs qui passaient aux environs. Un homme de bonne mine apparaissait-il sur la route, Pascal courait à lui, l'arrêtait, le priait de lire lentement quelque verset du psautier. Si le passant n'était pas trop pressé, il lui demandait de plus amples éclaircissements. C'est ainsi qu'à force de ruminer ce qui lui avait été dit, de comparer les réponses reçues, de faire des rapprochements et des recoupements, notre berger découvrit les secrets de l'alphabet et les principes de la lecture.

Il voulut aussi savoir écrire, tant pour noter ses bonnes inspirations et ses fautes que pour recopier les pensées qu'il trouvait dans les livres, à la gloire de Dieu et des saints.

Il se fit un encrier d'un roseau creux, enduit à l'intérieur de résine, fermé par un couvercle de laiton. Il fabriqua de l'encre avec du noir de fumée ou du jus d'herbe. Il se procura du papier comme il put. Et tout cela, il le portait dans un sac de cuir, suspendu à la ceinture, à la manière des scribes d'autrefois.


NOTRE-DAME DE LA SIERRA.

S'élevait, au sommet d'une colline proche de Torre- Hermosa, la célèbre église de Notre-Dame de la Sierra. On observa que Pascal s'arrangeait toujours pour conduire son troupeau dans les endroits d'où il pouvait apercevoir ce sanctuaire. Ainsi s'unissait-il aux pèlerins qui venaient y vénérer la mère de Dieu. Mais ces endroits n'étaient pas si nombreux qu'à force d'y pâturer, les moutons n'eussent achevé d'y brouter l'herbe qui s'y trouvait. La même chose se reproduit plus tard, quand Pascal se fut engagé au service de Martinez Garcia qui habitait près de Notre-Dame de Loreto. Là aussi son troupeau tournait sans cesse autour du sanctuaire. Ses maîtres lui reprochèrent de mettre les exigences de sa dévotion avant celle du devoir d'état. Mais Pascal leur répondit : « Voyez donc comme mes brebis sont grasses. En connaissez-vous de plus belles dans le pays ? Jamais le loup nous a-t-il dévoré un seul agneau ? Remerciez plutôt la Vierge avec moi, de répandre ses bénédictions sur notre troupeau ! » Ses maîtres n'insistèrent pas.

Force lui était cependant de s'éloigner parfois des églises. Il ne perdait pas de vue, pour autant, sa protectrice, ayant sculpté lui-même son image dans le haut de sa houlette. C'était alors devant cette houlette fichée en terre, qu'aux heures de sa prière il s'agenouillait. Du reste, il ne s'en servait pas à d'autres usages, comme de la jeter, par exemple, à la façon des pâtres, sur les bêtes en défaut.


AMOUR DES ANIMAUX.

On sera curieux de savoir comment ce futur fils de saint François traitait les animaux. Il les chérissait à la manière du Poverello, qui voyait, en toute créature, un reflet de la bonté divine et un objet de dilection du Père céleste. Les témoins du procès de canonisation ne l'ont jamais vu frapper ni même injurier ses brebis, ses agneaux ni le bon chien qui les gardait. Pour les rappeler au devoir, il lui suffisait ordinairement de hausser la voix. Rarement était-il nécessaire qu'il fit mine de brandir sa fronde. Les bêtes aiment ceux qui les aiment. Celles de Pascal étaient particulièrement affectueuses et obéissantes.

Il est pourtant des animaux d'un naturel indocile et fantasque qu'il faut renoncer à vouloir dompter, sous peine d'être sans cesse à leurs trousses et de n'avoir plus le temps de réciter ses prières. Telles sont, entre autres, les chèvres qui, comme certains d'entre nous, ne sont jamais bien là où on les met et recherchent toujours ce qu'on leur défend. Pascal en avait horreur. A sa mère qui le voulait charger de garder les chèvres de la tante Isabelle, il demanda, les larmes aux yeux, de ne point lui imposer une telle épreuve : « Ce sont, dit-il, des pillardes qui vous échappent pour aller brouter le blé en herbe et les jeunes pousses de vigne, alors qu'on s'y attend le moins I »

Sa conscience était d'une délicatesse extrême. Le moindre tort que ses bêtes faisaient au prochain lui était une souffrance et il n'avait de cesse qu'il ne l'eût surabondamment réparé. Ni la casuistique, ni les exemples des autres bergers ne parvenaient à lui faire transgresser le septième commandement. Il notait soigneusement, dans un carnet, le nombre et l'importance des dégâts que tels de ses agneaux, encore inexpérimentés, causaient aux biens d'autrui, et pour dédommager les propriétaires lésés, il payait de ses deniers, rognait sur sa nourriture, aidait les moissonneurs à rentrer leurs blés.

Un témoin raconte : « Un jour que ses bêtes étaient allées à la maraude, me désignant du doigt le champ qu'elles avaient endommagé, il demanda quel en était le propriètaire. Je le lui nommai. N'ayant plus d'encre sur lui, il fit une légère entaille à l'oreille d'un des agneaux coupables et en tira deux ou trois gouttes de sang avec quoi il inscrivit quelques lignes sur son carnet. Comme je lui disais qu'à ce régime tout son salaire y passerait, il me répondit que mieux valait mille fois régler ses comptes en ce monde qu'en l'autre. »


DÉSIR DE VIE RELIGIEUSE.

A le voir agir tou jours de manière si parfaite, ceux qui l'observaient avaient deviné qu'il projetait d'entrer au couvent. Jeanne, sa demi-soeur et marraine, ne l'appelait que son « petit moine ». Parmi les bergers, on lui donnait déjà le nom de « Frère Pascal ». Lui-même préparait sa vocation en embrassant, dès cette époque, les pratiques les plus sévères de la vie religieuse dont il rêvait.

Il s'astreignait à aller nu-pieds par les chemins rocailleux des montagnes. A qui voulait en savoir la raison, il répondait que le royaume des cieux souffre violence et qu'il n'est pas requis d'avoir des souliers pour y entrer.

Quand on le pressait de manger davantage : « Chacun doit suivre son régime, disait-il. Mon tempérament réclame le jeûne. Plus de nourriture me rendrait moins léger et moins dispos. »

Il n'était cependant pas de ceux qui aiment d'imposer aux autres leurs pénitences, et, de les voir souffrir autant, sinon plus, qu'eux-mêmes. Rien ne le réjouissait, au contraire, comme d'apprendre que ses compagnons avaient eu l'occasion de faire un bon repas.

Il supportait avec douceur et compréhension les imperfections du prochain. Seule, la crainte de tomber dans le péché le faisait sortir des gonds. Un berger vicieux parlait d'amener des femmes légères : « Si tu t'y risques, lui dit-il, sache que je les recevrai à coups de pierre , et que je vous chasserai, elles et toi, comme des chiens galeux. »


JEAN APPARICIO.

Lorsqu'après la mort de Pascal les juges ecclésiastiques enquêtèrent à son sujet, ils virent arriver, à Villaréal, un respectable vieillard nommé Jean Apparicio, qui se donna pour l'ami le plus ancien et le plus intime du serviteur de Dieu. C'était lui qui, le premier, avait reçu confidence de sa vocation monastique. Il raconta qu'un soir, sous les étoiles, Pascal avait dit : « Quel triste métier nous faisons I Il n'y a que disputes autour de nous Quand ce n'est pas avec les propriétaires, c'est avec leurs bergers que nos maîtres sont en guerre. Que d'injustices, que de manquement à la charité, que de périls I Ah I qu'il me tarde de sortir du monde... et d'être religieux »

« Cet aveu ne m'étonna guère, poursuivit Apparicio. Je répondis à mon ami que les monastères ne manquaient pas où son admission ne souffrirait aucune difficulté. « Pourquoi, lui dis-je, n'irais-tu pas frapper chez les cisterciens de la Huerta qui sont à deux pas d'ici ? Leur abbaye est l'une des mieux rentées du royaume, et tu y ferais ton salut en toute facilité et tranquillité. » Mais Pascal m'objecta qu'il cherchait autre chose. C'était une vie toute de pauvreté et d'austérité qu'il désirait. « A quelques jours de là, il me confia qu'il savait désormais à quel ordre il voulait appartenir. Pendant qu'il priait, agenouillé dans un lieu désert, un religieux en robe de bure lui était apparu, suivi d'une soeur vêtue, elle aussi, de l'habit franciscain. Tous deux lui avaient assuré que sa vocation était bien d'entrer au couvent. Je compris que ces personnages célestes n'étaient autres que saint François d'Assise et sainte Claire, sa plus chère fille, Dès lors, Pascal n'aspira plus guère qu'à se ranger parmi les fils du Poverello.

« Un peu plus tard, je le rencontrai dans un accoutrement surprenant. Sous sa cape de barger, il portait une tunique griscendré qui lui descendait à mi-jambe et qu'un cordon blanc retenait à la ceinture. Il avait, sur la tête, un sombrero à larges bords et, pendant autour du cou, un rosaire à gros grains. Comme je m'étonnais de le voir équipé de la sorte, il avoua que, de nouveau, saint François lui était apparu pour le presser d'entrer en religion. Puis il me dit : « Adieu ! » en me tendant la main. Après nous être embrassés, nous nous quittâmes pour ne plus nous revoir ici-bas ».


A MONTÉ FORTÉ.

Pascal ne voulait pas être un religieux qui reçoit sans cesse la visite de ses parents et se voit ainsi contraint de régler leurs affaires séculières. Il émigra au royaume de Valence où, sans doute, comptait-il trouver un couvent qui l'accueillît. Il découvrit, en effet, à Montéforté, une maison que les Alcantarins venaient d'y établir sous le vocable de Notre-Dame de Loreto.

Comme un vieux tronc plein de sève qui pousse sans cesse de nouvelles branches, l'ordre franciscain donna maintes fois naissance à des réformes, au cours des siècles. Périodiquement de saints personnages y apparurent qui créèrent des sortes de schisme ou filiales où la règle primitive devait être mieux comprise et plus sévèrement observée. Tel, par exemple, saint Bernardin de Sienne, père des Observants, tel encore saint Bonaventure de Barcelone, fondateur des Réformés, tel enfin saint Pierre d'Alcantara, dont les fils, tout à leur première ferveur, édifiaient les habitants de Montéforte ; quand Pascal vint prier qu'on l'admît au noviciat. Avaient-ils, cette année-là, comme supérieur, un mauvais psychologue ? L'accoutrement du candidat était-il tel qu'il dût forcément inspirer la suspicion ? Son âge de dix-huit ans parut-il trop jeune ? Toujours est-il qu'il fut nettement éconduit.

Triste, mais non découragé, il entreprit de forcer la porte qui refusait de s'ouvrir, en se faisant mieux apprécier des religieux qui l'avaient méconnu. Il suffisait, pour cela, qu'il vécût sous leurs yeux et demeurât ce qu'il était.

Il entra au service de Martinez Garcia, riche propriétaire de Montéforté, et comme jadis autour du sanctuaire de Notre-Dame de la Sierra , il promena pendant plusieurs années ses moutons autour du couvent des frères mineurs alcantarins.

Son esprit de prière et de pénitence s'accrut encore.

Sa douceur et sa charité lui conquirent tous les coeurs. Personne, maintenant, ne songeait plus à le scandaliser ou à le contrister. Antoine Navarro, majoral ou chef des bergers, témoigna plus tard n'avoir jamais connu un chrétien aussi parfait. Etienne Lopez, un autre de ses compagnons, déclara qu'il semblait un ange plutôt qu'un homme. Son confesseur de Loreto disait : « A peine a-t-il commencé à réciter le Pater et l'Ave qu'il entre enextase. »

Ce phénomène mystique devint, dès cette époque, habituel au serviteur de Dieu. « Nous devions, rapportent les témoins, l'appeler à haute voix et même le secouer fortement pour l'arracher à sa contemplation ». « Chaque matin, devançant le lever du soleil, dit Martinez Garcia, mon petit berger se trouvait en prière, agenouillé sur la terre, tournant son visage illuminé vers l'église. »

C'est ainsi que, de loin, il assistait aux messes des moines, marquant, par ses changements d'attitude, qu'aucune péripétie du saint sacrifice ne lui échappait.


LE MIRACLE DE L'EUCHARISTIE ET UNE DERNIÈRE TENTATION.

Peu de vies renferment plus de miracles que celle de Pascal Baylon, et il n'en est pas de plus touchant que ceux par où Dieu voulut récompenser sa dévotion envers l'eucharistie.

« Un matin, raconte Antoine Navarro, la cloche sonne l'élévation de la messe au couvent. Pascal, comme de coutume, est à genoux, les yeux brillants de désir, tournés vers l'église des Alcantarins. Tout à coup, une étoile radieuse brille dans la nue. Le ciel s'entr'ouvre et voici qu'apparaît une troupe d'anges prosternés devant la sainte hostie. Pascal tombe la face contre terre... Longuement, il joint ses adorations à celles de la cour céleste, puis il accourt vers nous, qui paissions nos troupeaux, nous appelant à contempler l'extraordinaire spectacle. Du doigt il nous montrait l'hostie sainte au-dessus du calice d'or, dans l'azur. Mais nos regards avaient beau fouiller le ciel. Pour voir ce qu'il voyait, il nous eût fallu une âme aussi pure et fervente que la sienne. Souvent, du reste, le même prodige se renouvela, et bien que nous n'en eussions pour caution que sa parole, jamais l'idée ne nous vint de la mettre en doute. »

Le bruit de ces merveilles et d'autres semblables colportées par les bergers, arriva aux oreilles des franciscains de Loreto. Y ajoutèrent-ils foi ? Tant y a que tombèrent bientôt leurs préventions contre Pascal, car il devint un de leurs fournisseurs attitrés. C'est à lui qu'ils s'adressaient pour avoir du lait. Il le leur procurait d'ailleurs gratuitement, prélevant sur ses gages de quoi le payer à ses maîtres. Le frère quêteur du couvent n'était pas le dernier à chanter les louanges de ce berger qui remplissait toujours sa besace avec tant de générosité.

Nous avons vu ce que le confesseur disait de son pénitent extatique. Aucun religieux ne pouvait désormais s'empêcher de reconnaître que le candidat évincé menait, sur toute la ligne, une conduite exemplaire. Bref, Pascal était en train de conquérir toutes les sympathies de la communauté, quand un fait se produisit qui prouva aux plus sévères combien le monde n'était plus rien pour lui.

Déjà, lorsqu'étaient morts ses parents et que l'occasion s'était présentée de partager avec Jean, son frère, Anne et Lucie, ses soeurs, la mince fortune laissée par Martin Baylon, Pascal avait écrit à ses cohéritiers : « Gardez tout pour vous, je ne veux absolument rien, puisqu'avec la grâce de Dieu, je deviendrai bientôt religieux. »

Mais, il s'agissait, cette fois, d'un héritage autrement tentant, d'une de ces fortunes qui vous mettent à l'aise pour toujours et vous donnent le moyen de tirer beaucoup de joies de l'existence.

L'offre vint de Martinez Garcia et de sa femme qui, n'ayant pas d'enfant, songèrent à adopter leur serviteur. « Nous sommes fatigués, lui dirent-ils, et nous allons nous retirer en ville. Viens avec nous, tu seras la consolation de nos vieux jours, nous te traiterons comme un fils bien-aimé et nous te lèguerons tous nos biens. » Mal­gré la peine que son refus devait leur causer. Pascal n'hé­sita pas un instant à décliner cette magnifique proposition.

On conçoit que l'affaire fit grande rumeur dans tout le pays. Les franciscains l'apprirent. Alors, il ne doutèrent plus de la vocation de ce jeune homme si détaché des biens terrestres, et ils l'accueillirent avec bonheur dans leur communauté.


Références

1. Une église a été bâtie sur l'emplacement de la maison natale ; le bénitier indique l'endroit où est né le Saint.
2. Les sous-titres ont été ajoutés par les éditeurs.

 

Je tiens mes sites à bout de bras depuis 1989 pour faire de l'Évangélisation accessible
à tous, si vous avez un peu de monnaies pourrez vous m'aider à continue cette mission.

Cependant je ne peux remettre de reçu d'impôt car depuis1989 je n'ai reçu que 2 dons veillez en prendre note. Merci

POUR CHOISIR UNE SÉRIE VOUS CLIQUEZ SUR MENU