Il y a dans l'Evangile des paroles qui ont particulièrement impressionné les saints...
Le Christ a dit un jour : « Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! car, je vous le déclare, beaucoup de prophètes et de rois auraient voulu contempler ce que vous avez maintenant sous les yeux et ils ne l'ont, pas vu ; entendre ce que vous entendez et ils ne l'ont pas entendu. »
De fait, le christianisme est plein de richesses extraordinaires qui devraient toujours submerger en nous les mesquineries de la terre. Or, ce sont souvent ces mesquineries qui l'emportent dans notre esprit. De même qu'une petite poussière brouille nos yeux et nous empêche de voir la beauté de la nature... une peine légère, une blessure morale absorbent notre pensée ét nous cachent la beauté de Dieu qui est en nous, les horizons qu'Il a ouverts à notre pensée.
Vous ne profitez pas « de votre foi »... parce que vous ne l'étudiez pas, parce que vous ne la retenez pas quand on vous la prêche... Vous ignorez le sublime patrimoine spirituel qui est « vôtre »... et qui vient du Christ et de son Eglise. Entrons dans les détails. Le sujet en vaut la peine.
Vous sortez de l'église. Un prêtre vous a donné la sainte hostie. L'adorable mystère de la Nativité s'est reproduit en vous... des millions d'anges avec leur Reine vous suivent dans la rue et continuent votre adoration. C'est un bonheur sans nom... Ce bonheur, il faudrait le garder, le fixer comme on fixe une étoile dans la nuit. Vous devriez même l'agrandir en offrant vos travaux et vos peines à Celui qui vous a livré tout son être.
Or, à peine êtes-vous rentré à la maison... que vous oubliez tout. C'est fini. C'est comme si le Seigneur ne vous avait pas visité. Une épreuve arrive, vous voilà triste. On dirait que Jésus n'est plus rien. Son visage se voile. C'est alors qu'Il pourrait vous dire : « Si les prophètes, qui m'ont tant désiré et qui ne m'ont pas vu... avaient eu votre bonheur ! »
Vous le constatez, vous n'appréciez peut-être pas assez « le don » sublime qui vous est fait.
Vous sortez de l'église le dimanche. Le Christ, s'emparant du coeur d'un prêtre, vous a dit dans une prédication ce qu'Il voulait de vous... C'est une grâce... Beaucoup ne l'ont pas... parce qu'ils vivent dans un milieu irréligieux. Or, que devient le mot « divin » que vous avez eu la faveur d'entendre ? Vous quittez le temple. Vos soucis vous reprennent. Le mot s'envole. Le germe céleste n'a rien produit. Le Seigneur vous a parlé en vain. Un jour, Il vous rappellera ses exhortations. Vous les méditerez douloureusement dans le purgatoire. C'est alors que vous direz : « J'étais si heureux. J'avais la vérité, je n'ai pas su en user. Hélas ! vous avez même Jésus en personne. Il vous « attend » dans son tarbernacle où Il réside comme dans son ciel... Et vous ne L'attendez pas... Il a un vif désir de « naître » en vous. Vous devriez voler vers Lui chaque matin avec enthousiasme. Et vous restez chez vous... Et pendant ce temps-là, des fidèles sincères disent dans leur paroisse sans prêtre : « Si seulement je pouvais faire la sainte communion ! » Ainsi, vous ne connaissez pas votre bonheur... D'autres ne l'ont pas et ils vous envient...
Tous ceux qui ont vécu avant le Christ se lèvent contre vous et ils vous font ce reproche : « Tu n'es pas digne de ce que le Christ t'a donné. »
Savez-vous que, grâce à l'Eglise catholique qui continue l'oeuvre du Sauveur, vous vivez dans un monde de merveilles. Ces merveilles, vous n'y attachiez pas d'importance. Après tout ce que vous avez « entendu » au pied de la chaire, lu dans l'Evangile, vous devriez être des saints... La médisance, l'orgueil, la paresse, la colère ne devraient plus exister dans votre coeur... Il n'en est peut-être pas ainsi.
Vous sentez la chaleur du soleil, le parfum d'une fleur... vous ne goûtez pas la vérité de votre croyance... Pourquoi ? Parce que vous ne vous donnez pas la peine de l'approfondir quelques instants par jour. La preuve ? Quand la mort vous a ravi un être cher, pourquoi êtes-vous « désespéré », pourquoi vous en prenez-vous à Dieu et doutez-vous de son amour ? Parce que vous ne méditez pas le sublime office des morts où le bon Maître vous rappelle que l'âme est toujours vivante, toujours unie à vous... Vous pleurez comme ceux qui n'ont pas d'espérance. Si les innombrables croyants qui vivaient avant le Christ avaient eu, comme vous, la prodigieuse abondance de lumières que vous donne la divine liturgie de l'Eglise !
Elle est si riche votre foi catholique ! Des millions de penseurs vous l'ont expliquée... Et vous avez leurs livres. Autrefois, les âmes ferventes n'avaient pas cela.
Avant le Christ, on ne connaissait pas la Vierge Marie... à laquelle vous, vous pouvez donner le doux nom « de mère et de reine ». Les croyants ne conversaient pas avec elle. Il n'y avait pas, comme aujourd'hui, une prodigalité de sanctuaires et de saints qui soutienne fit la piété. Le Messie vivant, le Fils éternel de Dieu n'était pas dans le temple de Jérusalem, où seul le grand prêtre, une fois par an, pénétrait dans le saint des saints. Le fidèle n'avait pas le trésor des offices, du missel, comme vous. Il n'y avait pas, comme aujourd'hui, des Ordres religieux qui ont sur nous une action si bienfaisante... Le Seigneur n'avait pas montré son âme comme Il la montre dans toutes les pages du Livre divin. Jamais les prêtres de l'ancienne loi n'ont pu lire à un seul croyant les paraboles émouvantes de l'enfant prodigue et de la brebis perdue. Les yeux ne se sont jamais posés sur une croix en disant : « Dieu m'a aimé jusque- là... » Il n'y avait pas l'auguste sacrement de pénitence où le pécheur soulage son âme...
Et je pourrais parler encore...
Ame chrétienne, te rends-tu compte que
tu vis dans un monde où les richesses spirituelles
abondent...
Et ces trésors qu'eussent
enviés les rois et les prophètes...
que produisent-ils en toi ?
De la sainteté ou de la médiocrité ?
Chez nous, il ne devrait pas y avoir de « médiocrité »...
Celle-ci déshonore la foi que Dieu nous a donnée.
Elle provoque le mépris des incroyants et la justice de Dieu.
« Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez »,
ô vous qui avez des temples, des prêtres... et surtout Jésus,
le Fils éternel de Dieu...
Il a parlé à la terre...
Il va vous parler... dans ces pages qui ne font que redire son message d'autrefois.
Ecoutez « sa Voix » que voudrait vous faire entendre un humble prêtre de France.
C'est la voix de l'amour infini...
« C'EST LA VOIX D'EN HAUT »...
Abbé P. MARC. |