En donnant comme sous-titre à ce petit livre le mot « Méditations », nous avons voulue :
1- Indiquer la pensée qui l’a inspiré
2- Fixer la méthode de lecture qui le rendra profitable
1- Méditations, le savoir scripturaire et théologique dont peut être nous les avons munies n’y est pas une fin, mais un moyen. Notre but est moins d’instruire les esprits des opinions acceptées par notre École franciscaine, que de nourrir les âmes des vérités de la Foi.
Nous désirons faire, à nos lecteurs, soupçonner, concevoir, goûter la richesse et la profondeur du christianisme, trop souvent présenté comme un tremblante préparation à la mort tandis qu’il est une doctrine de vie et la seule qui satisfasse l’intelligence en même temps que le cœur.
Il n’est plus de saints, dit le Psalmiste, XI, 2, parce que les vérités sont amoindries parmi les fils des hommes, La sainteté est éminemment une œuvre de lumière, on peut hardiment l’affirmer, à condition d’entendre que la lumière n’est que l’aspect visible d’une énergie qui sous ses autres aspects s’appelle aussi chaleur et force; car ce qui est vrai de l’énergie solaire l’est à meilleur titre de la grâce du Verbe, soleil des esprits, dont notre frère messire le soleil matériel porte signification avec grande splendeur.
Évaluez le Christ au prix du péché de l’homme, personne ne se souciera de lui que selon sa propre estimation du péché. Présentez-le dans la majesté, la nécessité, l’universalité de sa septuple fonction médiatrice( S. Bonaventure), les âmes se voueront à lui, à l’adorer, l’aimer, l’imiter, le servir. Elles ne mettront pas de bornes à leur générosité, n’en voyant point à leurs progrès.
2- Méditations, prenant le mot dans son plein sens qui dépasse celui des méthode, nous ne vous proposons pas de le livrer en sujets de dissertation mentale, plus ou moins longue et aisée, pour en tirer une résolution à exécuter à peine de forfaiture jusqu’à l’exercice suivant.
Fidèle à la pensée franciscaine, qui est celle de saint Augustin, et à tout prendre celle du christianisme total, nous ordonnons la vie spirituelle, en fonction de Dieu, de l’amour et de l’honneur de Dieu , disons de la CHARITÉ, plutôt qu’en fonction de l’homme, de son utilité immédiate et personnelle. Aussi désirons-nous faire concevoir au lecteur des sentiments d’adoration, d’admiration, de gratitude, et d’humilité, de générosité, qui, s’il est sincère et docile à la grâce, le porteront suavement et fortement à vivre de sa conviction. Créer—pour reprendre notre comparaison- créer à l’âme ce qu’on appelle aujourd’hui un climat spirituel, ou Jésus-Christ , soleil des esprits, la pénétrera de son influence et de sa vie.
De plus la résolution pratique, immédiatement, instamment et universellement réalisable, est indiquée dans la collusion :
Renoncer à soi, pour laisser en soi VIVRE LE CHRIST
Or, c’est là le tout de l’homme, à toutes les étapes de sa voies, à tous les âges de sa vie, depuis sa sortie du péché incluse, jusqu’à la consommation de sa grâce.
3- Méditations, une lecture rapide et même attentive n’en opérerait pas, croyons-nous, le résultat que nous en prévoyons. De ces pages, dont la substance est empruntée aux Livres Saints, livrerait-elle le contenu littéral, une telle lecture ne permettrait pas d’en assimiler l’esprit.
La manière de les méditer cependant n’est pas unique,
À l’âme habituée à la vie d’oraison une lente lecture peut suffire, qui laisse place et loisir aux affections;qui, s’étant d’abord informée de l’ensemble et du terme de son objet, revient sur chaque point, s’attarde à savourer ce qu’elle y découvre; sans beaucoup s’arrêter à des développements verbaux, à des considérations qui seront utiles, nécessaires à une autre, moins familiarisée avec ce genre d’oraison affective et presque silencieuse. Celle-ci aura besoin de s’expliquer à elle-même, comme elle ferait à autrui, la valeur des mots, les sens ses assertions; de se redire ce qu’elle a compris, d’en déduire des actes formels de foi, d’adoration, d’amour; des résolutions d’agir…
À l’une comme à l’autre, nous conseillerons d’aller lire dans leur texte les passages que nous en avons détachés, et d’accroître ainsi en elles cette connaissance qui est la vie éternelle, savoir de Dieu et de son Christ.
Et si l’usage de ce petit livre leur est salutaire et consolant, nous les prions dans le nom de Maire d’en daigner recommander l’auteur à notre commun Maître, Jésus-Christ Notre- Seigneur
|
4- Nous appelons Franciscaine notre piété familiale, parce qu’historiquement et psychologiquement, elle st celle même de saint François d’Assise, Père de nos âmes.
Nous devons être bref dans la preuve de cette assertion, son développement fournirait la matière d’un volume ( qui de plus a déjà été souvent écrit (1)). Nous distinguerons pourtant deux parties dans notre preuve, selon que nous avons déjà insinué que notre pitié présent un double aspect :l’aspect dévotionnel et l’aspect doctrinal soit.
A. la place de l’Humanité sainte dans la dévotion;
B. la place du Christ total__ Dieu et Homme __dans la doctrine.( 1)
Le dernier en date est l’admirable, et inépuisable livre du P. Gemelli : Le message de saint François. voir surtout la troisième partie
.A 5e Saint François a ramené la piété chrétienne à prendre pour son objet Jésus –Christ considéré dans le mystère de sa vie humaine(2)
Nous ne pouvons songer, on le comprend , à traiter ici ce sujet dans son ampleur. Nous indiquons en note des livres ou ceux de nos lecteurs qui le désireraient en trouveront les développement.
Cf. le Christ (Bloud et Gay), XXI, Limitation du Christ ; 1ière partie, Histoire, II, & » ( V.M.breton)
A- AVANT LUI, l’Humanité sainte était offusquée, si l’on peut dire, par l’attention presque exclusivement fichés sur la divinité. Les causes historiques en sont connues :
o 1-La lutte contre les hérésies christologiques avait contraint les théologiens à mettre en valeur l’égalité du Christ avec le Père, sa consubstantialité; d’ailleurs la vie terrestre de Jésus était alors trop récente pour être niée et méconnue. Aussi l’erreur s’était-elle peu attaquée à son humanité; c’est la divinité qu’il fallait affirmer, expliquer, défendre.
(3 )Karl, Adam : Le Christ notre Frère (Grasset),III,pp.51 sq.
o 2-En conséquence, les images du Christ offertes dans les basiliques à la vénération du peuple chrétien étaient-elles d’un triomphateur, trônant, impassible au milieu d’impassible élus, bien éloigné donc des misères de son peuple. Même sur la croix, le Sauveur apparaissait glorieux : il n’inspirait pas la compassion , mais la crainte
(4) A.Dufourcq : Histoire… de l’Église, téV,p.139
o 3-Aux mœurs rudes des populations encore barbares, le zèle des prédicateurs inculquait la terreur des jugements du Dieu vengeur plus que la mansuétude du Pasteur divin…
Sans doute on trouverait dans sait Jean Chrysostome, dans saint Augustin, d’autres encore, de touchantes considérations sur les souffrances de l’Homme- Dieu. Mais ce n’était pas un thème ordinaire de la prédication populaire et le but n’était pas d’attendrir mais de convertir. Plus près de saint François, saint Bernard avait invité ses auditoires monastiques à compatir à Jésus et à Marie dans les épisodes de leur existence terrestre, sa parole n’avait eu, au delà des cloîtres cisterciens, que de rare et faibles échos dans l’église.
o 4-Saint François va populariser la dévotion à la vie humaine du Sauveur, à son enfance, à sa passion. Il en dramatisera le récit, la connaissance, la participations, l’imitation’ il a pu s’instruire de la doctrine de saint Bernard; leur rencontre sur ce terrain peut aussi provenir d’une semblable inspiration : Le même Esprit les animant pour satisfaire aux besoins des âmes
B- 5-APRÈS SANT FRANÇOIS. « Durant tout le moyen âge, l’Église, a-t-on pu écrire, s’absorba dans la contemplation du Crucifié». L’influence franciscaine este indubitable. L’émotion produite par la stigmatisation du saint, les exemples de ses compagnons, de sainte Claire et de ses filles, les écrits de saint Bonaventure et les Méditations de fra Giovanni di Calvoli longtemps attribués au Docteur séraphique, les « visions» des Bienheureuses Angèle de Foligno et Battista Varani, etc., ont nourrir et embrasé cette mystique flamme de compassion (5) Mais cela n’est pas tout.
(5) L.Bello, o.f.m. La primauté et royauté de Notre Seigneur Jésus-Chrsit,pp 6 sq. et les notes.
B.6- ON pense généralement et même avec un dédain à peine dissimulé que cette dévotion à Jésus est «a sentimentale», sensible, à l’homme ( dans l’Homme- Dieu); tandis qu’il s’agit, dit-on, de servir Dieu (6) . Nous dirons, si nous ne craignions de forcer la note, qu’il n’en est rien : car c’est bien Dieu que cherche et atteint la piété franciscaine. Elle prend l’homme tout entier, mais aussi tout entier le Christ.
Elle prend l’homme tout entier : esprit, âme et chair; elle ne s’adresse pas qu’à l’intelligence spéculative, à une raison désincarnée qui n’a pas d’existence réelle; elle parle au cœur; elle émeut la sensibilité ( ce que fait aussi saint Ignace dans ses « applications des sens», et il en est grandement loué!).
Mais, de plus , elle est profondément dogmatique.
C’est pour servir Dieu, pour l’atteindre comme Dieu même veut être atteint et servi, qu’elle passe par le Christ, Dieu et Homme, médiateur unique entre Dieu et les hommes; la série des présentes méditations je j’espère, nous en convaincra.
C.7. Et que cette doctrine soit bien celle du P`re saint François, il suffit pour s’en convaincre, en attendant les autres textes qui viendront en leur lieu, de lire la première de ses Admonitions : du Corps du Christ.
Le Seigneur Jésus a dit à ses disciples : Je suis la voie, la vérité et la vie . Personne ne vient à mon Père si ce n’est par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtrez et vous le verrez.
Philippe dit : Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffira. Jésus lui répondit : Depuis si longtemps que je suis avec vous, vous ne me connaissez pas encore? Philippe, celui qui me voit , voit aussi mon Père ( Joan., 14, 6-9).
Le Père habite une lumière inaccessible; et Dieu est esprit, Personne n’a jamais vu dieu ( I Tim.,6,16; Joan., 4,24;Jo.,1,18).
Parce que Dieu est esprit; l’esprit seul peut voir Dieu; car c’est l’esprit qui vivifie, tandis que la chair ne ers de rien (Joan., 6, 64). Et même le Fils, en tant qu’il était égal au Père, ne peut être vue par personne, ni plus ni moins que le Père, ni plus ni moins que le Saint–Esprit. C’est pourquoi ceux–mêmes qui ont vu le Seigneur Jésus-Christ dans son Humanité, s’ils n’ont vu et cru selon l’esprit, et sa Divinité, savoir qu’il était le vrai Fils de Dieu, ceux-là sont perdus.
Quand à nous, qui ne voyons plus ici-bas son Humanité, nous avons le Très Saint Sacrement de son corps et de son sang, et nous devons par l’esprit y reconnaître sa Divinité.
Car de même qu’aux saint apôtres il s’est manifesté dans sa vie chair ( son Humanité), ainsi à nous maintenant il se montre dans le Pain sacré; et comme les Apôtres, par les yeux de leur corps ne voyaient que sa chair, mais quel le contemplant par leurs yeux spirituels, ils croyaient qu’il était Dieu même ; semblablement nous, voyant le Pain et le vin de nos yeux corporels, nous devons voir et croire fermement que son très saint corps et son Saint ( est là) vivant et vrai.
Ainsi, l’Esprit du Seigneur qui habite dans es fidèles, c’et lui qui reçoit en eux le Corps et le Sang du Seigneur; ceux qui, n’ayant point en eux cet Esprit, présumeraient de manger le Corps du Seigneur, mangeraient leur propre condamnation ( 1 Cor., 11,29).
Pourquoi, fils des hommes, alourdissez-vous votre cœur? ( Ps.4,3) Pourquoi ne connaissez-vous pas la vérité, ne croyez-vous pas au Fils de Dieu ? (Joan, 9,35.) Car c’est de cette manière que ce Seigneur est avec ses fidèles selon sa promesse : Voici que je sui avec vous jusqu’à la consommation des siècles» ( Mt., 28,20) (1).
|
(1) Sur les Admonitions, leur histoire, leur texte, leur sens, voir le beau livre de l’abbé P. Bayart : Saint Fançois vous écrit (Éditions Franciscaines). Nous nous y référons souvent.
(2) Christuus, Beauchsene,1916,p. 1137. Cf.Gemellli, op. Cit., p.337
8- On voit dans cette substantielle exhortation que, selon saint François
1-Jésus étant tout, Voie, Vérité, et Vie;
2-Personne ne peut servir Dieu que par Lui;
3- Car Dieu ne se manifeste qu’en Lui et par Lui;
4- Étant de soie invisible, inconnaissable, inaccessible, à la créature;
5-celle-ci a donc besoin pour connaître , aimer et servir dieu d’un médiateur , étal à Dieu et aux hommes, qui est Jésus-Christ;
6- Il ne suffit pas de s’attacher à son humanité, mais il faut dépasser cette humanité pour atteindre par l’esprit à sa divinité;
7-cette loi s’imposait aux Apôtres, elle s’impose à nous;
8-d’ou se tirent les principes de la piété franciscaine : aspect dévotionnel, aspect doctrinal;rôle de Jésus-Christ ; rôles de l’Esprit –Saint, de L’Église , de la foi du disciple.
Ainsi préparés nous pouvons aborder le sujet de ces entretiens : la place du Christ-Jésus dans la piété franciscaine.
Soyons saintement fiers de notre Père saint François! Pauvre petit homme sans littérature, méprisé encoure aujourd’hui des savants d’université, il nous a laissé même des écrits; mais surtout une vivante, et profonde, et théologique tradition de piété, que les docteurs des alignées n’ont fait qu’exposer dans leurs commentaires. Mettons-nous à son école; apprenons de lui ; à servir Dieu en Jésus-Christ Notre Seigneur.
|