AS-TU DÉJÀ PENSÉ À DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT  QUELQUE CHOSE?

Dieu appel encore, êtez-vous assez généreux de votre amour pour Dieu pour répondre oui.

Nous avons besoin de vous maintenant. Dieu a besoin de vous et notre Église a besoin de nouveaux prêtres pour continuer le ministère que Jésus a remis à ses disciples, c'est-à-dire vous quelques soient votre âge
.

Allez sur ma page et vous trouverez les informations.

+ Sr Denise Christiaenssens Ermite de la croix o.f.s.

Titre de la série :
Forgeron-de-Dieu-Frère Antoine-Kowalczyk
Titre de la page:

Atelier des âmes

Nom de l'auteur:
Père Paul-Émile-Breton.o.m.i.

JJuvénat-de-st-Charles

L’homme est un artisan.

Forger son âme, ciseler en elle les traits de Dieu, voilà l’œuvre de toute sa vie.Dans cette entreprise, Frère Antoine fût un artiste consommé.

Les yeux toujours fixés sur son Modèle, il le contemplait avec extase. Il l’aimait. Conscient de son propre néant, il marchait avec Jésus et Marie de l’humilité de la crèche jusqu’à la folie du Calvaire

Et quand sa journée fut terminée, l’Oblat portait avec lui une croix nouvelle, celle-ci burinée dans son âme.

C’est l’image du Divin Crucifié, le chef-d’œuvre du Forgeron de Dieu


Il était une fois trois jeunes gens… On les appelait les «Vieux garçons», sous la tutelle d’un zèle religieux, ils se réunissaient tous les jours, au presbytère du village pour la classe de latin. Studieux et remplis d’idéal, tous trois rêvaient au sacerdoce…

Ainsi s’ouvre l’histoire du futur Collège St-Jean d’Edmonton.En 1908, le Père Daridon, Oblat, ravie de l’hospitalité de son confrère, le Père Pierre Hétu, groupait à la cure de Pincher Creek, en Alberta, quelques âmes d’élites désireuses de se consacrer au service de Dieu. L’année suivante, ils étaient cinq. Mais Pincher Creek, à l’extrémité sud-ouest de la province, était beaucoup trop éloigné pour jamais devenir un centre important d’éducation.Le Juniorat St Jean fut donc transplanté, en 1910, à Edmonton, 111e rue ; puis l’année suivante, sur le site actuel, au sud de la rivière Saskatchewan. La maison ne comptait alors que cinq Pères, une couple de Frères convers et 29 élèves. C’est déjà, toute une famille, une petite ruche bourdonnante. (1)Octobre y voir arriver un nouveau frère. Allure simple et réservé, regard plein de douceur et au coin des lèvres toujours ce sourire bienveillant prêt à s’épanouir. A sa démarche on devine un homme de discision, le travailleur vif et alerte : 45 ans, peut-être… C’est notre Frère AntoineIl venait prendre charge de ses fonctions nouvelles,… parfaire son œuvres de forgeron, homme à tout faire, il mènera parfois trois ou quatre besognes de front. Chauffage, des fournaises, entretien de la maison, buanderie, culture d’un potager, élevage de poussins, soin des animaux, réglementaire, sacristain, ce petit frère manchot va se faire réellement le valet de Dieu. Il a accepté de servir, n’est-ce-pas ? Et servir il le fera avec une fidélité qui ne se démentira jamais, servir en silence, servir dans l’amour de Dieu et du prochain.Ce sera sont œuvre : un œuvre de 36 ans

Cinq heures. La maison est encore plongée dans le silence. Du fond d’un corridor, on entend des bruits de pas qui traînent un peu sur le parquet : «puis, une courte interruption… «Becamus Domino !» Une voix claire et un peu en fausset réveille les dormeurs. C’est Frère Antoine qui va, lançant droite, à gauche, son Benedicamus troqué. Devant chaque chambre, il s’agenouille, tapote à la porte et s’éloigne comme il est venu. «Laudetur Jesus Christus». Il chante avec ferveur le réveil comme un message qu’il apporte du ciel. Sa voix se perd le long des corridors, avec les pas de sa démarche traînante. «Becamus Domino »… Il se hâte vers la chapelle…Impossible à la foi sommeillant de découvrir la beauté de la grandeur des mystères sacrés. Que de chrétiens, aux pieds des tabernacles, s’ennuient et baillent ! Pour Frère Antoine, la présence eucharistique, le sacrifice de la messe, la communion étaient plus que des dogmes inertes. C’était l’unique vivante réalité, le matin, il puisait à la chapelle les forces qui allaient le soutenir dans ses besognes nombreuses et parfois répugnantes. A toute heure de jour, il y revenait pour comme un tâcheron assoiffé se rafraîchir à la source limpide. C’est son puits de Jacob, une génuflexion, une courte prière, un acte d’amour… et il se remettait à l’ouvrage.Dès le début de l’année. Le père Supérieur a distribué ; les charges. Au «Codex historicus», une mention laconique : «Le Frère Antoine a soin des appareils de chauffage, de la pompe et des tuyaux.» (2) Manchot, il lui en faut de la patience pour alimente les feux. Durant les périodes rigoureuses de l’hiver, huit et jour, il se tient en alerte. La fournaise dévore le combustible et d’un seul bras, Frère Antoine tisonne, soulève de lourdes pelletés, transporte son charbon. Même au plein cœur de la nuit, il fait ses rondes, veillant à garder partout une douce chaleur. Et Dieu sait si la tâche est ardue ! Ce premier hiver, il fit jusqu’à 37 degrés sous zéro (3) le Supérieur averti Frère Antoine de tenir la classe bien réchauffée, pour le cours de français.«Très bien, Père Supérieur, c’est vous dire, c’est moi faire»,Hélas, le Père qui occupe alors cette classe, n’aime pas la chaleur. Il appelle le Frère, le réprimande, ouvre grandes les fenêtres… ! Frère Antoine sourit humblement. Pas un mot ! Il s’incline et se retire. Le supérieur entre pour le cours suivant. Il est saisit de froid. Il grelotte. Mécontent, il appelle le frère._«Est-ce que je ne vous ai pas demandé de réchauffer la classe ?»_«Oui, Père Supérieur.»-«Eh ! bien, allez vite et chauffez !»

Frère Antoine s’Incline et disparaît. La salle redevient chaude. Miass le cours est terminé le premier professeur revient. En entrant, il est suffoqué «Qui, on chauffe encore ! » Le coupable comparaît de nouveau et est vertement réprimandé devant les élèves. Une véritable avalanche ! Son cœur n’est pas insensible aux reproches des deux antagonistes, il aura beau jeu pour se disculper. Mais à quoi bon? Il écoute sans rien dire. Une petite inclination, un sourire et Frère Antoine retourne attiser la fournaise.

Son infirmité lui causait plus d’un embarras. On résolut d’y remédier. Le 13 novembre 1912, on lit au codex historicus : «Frère Antoine est parti ce matin pour Winnipeg en compagnie du Père Vicaire, afin de se procurer un bras artificiel qui lui permettre de mieux travailler». (4) Il en revient quelques jours plus tard avec son fameux «crochet ».

Le «crochet» du Frère Antoine ! II fit l’édification, l’étonnement de bien des générations de junioristes. Il avait la poigne solide comme son maître et comme lui, se montrait serviable en tout. En quelques semaines, il devient un compagnon fidèle. Il s’agrippe aux objets, les serre dans son étau, les soulève et les transporte. Le crochet de toutes les corvées, fait sa part de tous les travaux, et chaque jour, il se découvre des talents imprévus. Bientôt il est devenu le rival du bras gauche.

Frère Antoine n’a plus rien à son épreuve. Alors les besognes pleuvent dru sur ses épaules. Au chauffage s’ajoute l’entretien de la maison. Clopin-clopant, traînant son balai et sa vadrouille, il parcourt les corridors, une chaudière suspendue à son crochet. Sans perdre une seule minute, il frotte, balaye, nettoie. Du coup, sa vie est toute transformée, Fère Antoine exulte : il peut assouvir davantage la faim qu’il a de se donner. Rendre service, faire des heureux, est-il plus grand bonheur ! Pour les saints de Dieu, les moindres actions ne sont-elles pas des trésors d’éternité ?

A certains jours, ce sont les travaux de la buanderie, Frère Antoine aide les religieuses au blanchissage. Une ou deux fois la semaine, il se rend au lavoir. Faire bouillir l’eau activer les machines, les surveiller, manipuler le linge, nettoyer les cuves et le parquet… le travail gruge tous les instants. Activité débordante, mais toujours calme et recueillie. Le mur est orné d’un modeste autel : une statue de Saint Joseph et quelques images pieuses, Frère Antoine se rappelle qu’il est le domestique de Dieu, son forgeron, une pensée surnaturelle aime toutes ses actions.Un jour les religieuses essaient vainement de pénétrer dans la lingerie, elles ont beau tourner la clef à droite, à gauche ; peine perdue ; la serrure es brisée. Elles appellent Frère Antoine à leur aide._ «Ma Sœur, avez-vous dit avé ?»-«Non, mon Frère» _ «On ! Vous avoir jamais confiance en la sainte Vierge !»A son tour, il essaie d’ouvrir mais sans plus de succès.-«Je pense que la serrure est brisée. Mettons-nous à genoux».Son Ave Maria récité, il se relève, fait jouer la clef et come par enchantement la porte s’ouvre._ «La sainte Vierge a fait un petit miracle». Et souriant, Frère Antoine ajoute sur un ton badin :-«Si vous pas confiance maintenant en la sainte Vierge, ça va mal».

Un matin d’hiver on trouve la pompe du couvent gelée. Frère Antoine s’amène. Un avé et en un clin d’œil, le «petit miracle » s’opère. Un autre jour, on demande le Frère à l’extérieure. C’est le robinet près de la grotte qui est brisé. On a eu beau s’y prendre de tous les façons ; rien n’y fait. Une vis est cassée dans le tuyau et s’entête à ne pas sortir.-«Avez-vous dit avé », questionne Frère Antoine.»
_ «Non».Il se met à genoux, se recueille un instant, puis tendant la main sur le tuyau, il attrape la vis qui paraît tomber d’elle-même.Étonné, un confrère l’apostrophe sur un ton badin :

-«Frère Antoine, vous feriez bien mieux de tenir vos tuyaux en ordre plutôt que de faire des miracles de blague»

Sans relever la boutade, le frère s’éloigne en souriant.

Vient l’été. On charge Frère Antoine d’une nouvelle besogne. Il aura soin du potager, des mois à l’avance, il prépare les couches chaudes. Il a pour ses plants des attentions de mère, avec chaque grain qu’il met en terre, le jardinier dépose un avé. Et quand germent les boutures, il les manipules avec précaution, leur donne à boire, les recouvre comme des enfants au berceau. Ainsi le travail devient trop pressant il obtient la permission de se lever dès quatre heures. Dans le silence et la fraîcheur de l’aube, Frère Antoine, penché sur ses plates-bandes, gratte et remue la terre ; il pique, sarcle, émonde sans se lasser. Aussi, comme il pousse plantureux le jardin du Frère ! Petites fèves, carottes, poids verts, betteraves,…on y trouve de tout. Elles sont abondantes ses tomates : deux tonnes et demie en une saison. Elles sont grosses ses citrouilles ! Pensez donc ! 150 livres parfois ! Ses enfants de prédilection semble-t-il : il les nourrit au lait !A côté du jardin la basse-cour de l’étable. A la garde de Frère Antoine, toujours. Il lui fallait soigner le cheval, la vache, les volailles, engraisser quelques pourceaux. Les maisons d’éducation ne sont pas des boutiques payantes. Le lait et les œufs, la viande et les légumes qu’on tirait de la ferme servaient à dégrever le budget. Frère Antoine s’appliquait de son mieux à soutenir l’œuvre. Ces nouvelles occupations lui valent d’autres sacrifices, d’autres prières, d’autres mérites… Et parfois, des tours de forces mystérieux.

Un jour, il va trouver son Économe et lui demande de vouloir bien acheter de la nourriture pour les pourceaux. Les provisions sont totalement épuisées, les animaux n’ont plus rien. Les jours passent. Pris dar d’autres soucies, le Père a complètement oublié. Au bout d’une, semaine la requête lui revient à la mémoire. Il cherche aussitôt Frère Antoine pour savoir s’il a effectué quel achat. _ «Non, mon Père, je n’ai rien acheté.»

_ «Mais, alors comment avez-vous nourri vos pourceaux.»

--«Eh ! bien, j’ai pris un bâton, j’ai brassé ce qui restait et les pourceaux ont mangé» (5)Les saints ont, quand il le faut, de ces méthodes économiques de nourrir leurs bêtes.Les poussins surtout, accaparaient les soucis de Frère Antoine, Certaines années, il avait jusqu’à 300 pensionnaires dans sa basse-cour. Tâche ardue que de nourrir tant de bec, d’élever une si nombreuse famille depuis la couvée jusqu’à la marmite. Choisir les œufs, surveiller les couveuses, préparé la nourriture, cuire et broyez des os, décrotter, utiliser les rester de la cuisine ; au printemps, quand éclataient les coquelles et que les pelotons de duvet s’éveillaient à la vie, Frère Antoine s’en allait résider avec ses frêles créatures de la «Maison Blanche ». Un mois durant, il les couvrait de sa sollicitude. Les poussins peuvent trottiner, gratter, picorer le mil, prendre leurs ébats et se taquiner à cœur joie… Le soir venu, ils s’endormiront en paix, sans craindre le froid ni se soucier du lendemain ; leur grand frère, leur «saint François » à eux… veille toujours. Un printemps, toutefois, la malchance frappa. C’est jour de nettoyage. Les élèves étaient en train de décrasser des cuivres à l’aide d’un acide très piquant. L’odeur d’âcre qui s’en échappait envahit la chambre des poussins. Quel coup douloureux lorsque Frère Antoine revient ! Deux cent poussins gisaient inanimés sur le parquet. Immobile, les yeux mouillés de larmes, il considère ses petits protégés. Tant de soins rendus inutiles, une perte si dure pour la maison ! Mais une seul parole s’échappe de ses lèvres :«Le Bon Dieu l’a voulu. Le Bon Dieu l’a voulu» répète-t-il.Il recommencera. Ainsi va la vie. Et frère Antoine continue d’aller… de sa cellule à la chapelle… à travers les corridors et les salles, … aux fournaises, à la cuisine, au poulailler,, dans les allées de son jardin, partout où l’appelle la voix du devoir. Pas de routine, aucune manie inconsciente dans son activité. Debout, et parfois même à genoux aux pieds de son Supérieur, il écoute attentivement les ordres qu’on lui donne ; il note les explications, réfléchit sur place à son affaire. Quelque fois, les consignes sont plus ou moins raisonnables, il émet humblement son opinion. On insiste.-«Très bien, Père, c’est vous faire, c’est moi faire».

iI hausse légèrement les épaules et s’en va.

Huit heures du soir, Frère Antoine apparaît sure la véranda. D’un sourire il salue le groupe des Pères et descend pesamment l’escalier. Sa journée s’achève. Le soleil baisse, éclairant de ses dernies rayons la ville qui s’estompe là-bas. Par tout de la paix, du silence, des ombres qui enveloppent doucement la nature. Heures bénies du recueillement ! Son chapelet à la main, Frère Antoine se dirige vers la grotte. Il vient saluer une dernière fois la sainte Vierge et lui dire bonsoir, Ave Maria. L’humble artisan lèves les yeux remplis d’amour. Longue a été la journée rude peut-être, le travail. Les muscles sont las ; l’âme appesantie. Aux pieds de sa Bonne Mère, il vient déposer son fardeau et le modeste trésor de ses mérites.

O Vierge, il se fait tard, tout s’endort sur la terre ;
C’est l’heure du repos, ne m’abandonne pas !
Met ta main sur mes yeux comme une bonne mère,
Ferme-les doucement aux choses d’ici-bas…
Pour que demain, plus fort, ton humble enfants s’éveille
et reprenne gaiement le poids d’un nouveau jour.
Met ta main sur mon cœur ; que lui seul toujours vielle,
Et redise à Son Dieu un éternel amour.

Puis Frère Antoine se rend jeter un coup d’œil sur son potager. Comme toute cet enclos a belle apparence ; une abondante récolte en perspective ! Il sourit. Pourvu qu’il ne gèle pas, ni ne grêle. De sa niche, le fidèle saint Joseph étant un regard protecteur.

_ «Bon saint Patron, c’est vous veiller sur le jardin, les tomates, le blé-d’Inde… et mes citrouilles surtout. La maison en a tant besoin !»

Les deux ouvriers se sont compris. Un grand signe de croix. Frère Antoine se retire confiant et sur de son coup. Les faits parlent d’eux-mêmes, en vingt ans, pas une récolte manquée !

Une fenêtre du sous-sol s’illumine. Le religieux veille dans sa cellule. Pas un bruit ; plus aucune besogne pour le distraire. Une paix de catacombes. A genoux devant une modeste table de vois, Frère Antoine fait sa lecture spirituelle ; il médite les saintes écritures. Il prie. Quoi de plus doux que cette solitude ? Quoi de plus réconfortant ? Pourrait-il espéré d’avantage ? C’est l’heure des confidences ; c’est l’heure aussi des grands élans d’amour, l’heure de l’abandon : «Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. Je vous la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je vous aime et que m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre vos mains.» (6)

Lentement la nuit tombe. Le forgeron repose et s’endort.

Demain, il reprendra la tâche.

On peut-être apôtre au cours des journées les plus banales, et dans les emplois les plus modestes. Par son attirante douceur, sa fidélité de toutes les minutes, son dévouement inlassable, Frère Antoine rayonnait sur son entourage. Une prière, quelques conseil discret, une marque de sympathie, parfois même un reproche enveloppée de douceur : il exerçait son apostolat toue le long du jour, comme il égrenait ses avé.

Septembre. Les élèves retrouvent avec plaisir leur vieil ami. Ils lui serrent la main l’entourent, le taquinent même, Frère Antoine se laisse de bonne grâce accaparer, ce sont un peu ses poussins, des âmes de choix qu’il faut élever et conduire jusqu’au sacerdoce. Il compte les têtes pour savoir si quelque vocation a succombé en cours de route, chaque arrivée provoque une joie nouvelle, chaque vide, une tristesse mélancolique. Bientôt la maisonnée est peine, les corridors bruyants et animés. L’année sera bonne. Le Frère Antoine sourit à la tâche qui l’attend : forger des âmes.

Les jeunes l’aiment : ils vont à lui avec l’affection des enfants qui s’approchent de leur père, C’est le défilé continuel des petites requêtes. «Frère Antoine, voulez-vous réparer ma montre ? »… «Voulez-vous me forger une clef ?... » «Souder mes lunettes ? » E toujours, Frère Antoine acquiesce de bon cœur, servir, se donner, il ne recherche rien d’autre. Dans cet atelier des âmes qu’est le Juniorat, le Collège, il a conscience de faire sa petite par. Sans soute, il ne saurait prêcher, ni instruire, ni guider les âmes. Dans un corps normal, les membres sont diversifiés, Dieu voulu qu’il soit un bras ; mécanicien, chauffeur de fournaises, forgeron. C’est sa façon à lui d’exercer l’apostolat.

À l’écart, Frère Antoine a tôt fait de découvrir » un nouveau » le cœur gonflé d’ennui et de tristesse.

«Vous,…pleure,…laisser maman ?»

De son plus beau soupire, il le taquine, s’efforce de le consoler.

«C’est vous persévéré, c’est vous devenir prêtre.»

Aussitôt la tristesse s’efface, Frère Antoine compte un nouvel ami.

Dans un coin de la salle de récréation, un autre pleure à chaudes larmes. On l’a agacé, piqué au cœur. Une misère d’enfant…

«Allons, petit, il ne faut pas pleurer.»

C’est Frère Antoine, qui passe par hasard, avec sa vadrouille et une chaudière suspendue à son crochet.

«Si vous avez des difficultés, allez prier à la chapelle. Dites avé ».

Il s’élonge jusqu’à la prochaines misère. Jour après jour, il va ainsi, au hasard des rencontres, faisant l’aumône de ses sourires, de sa douceur. Il console, exhorte, relève les courages, pousse les jeunes à la prière, éveille leur cœur aux beautés et de vocation.

Œuvre d’un simple forgeron face à la grandeur du Sacerdoce !

Debout à la porte de la chapelle, Frère Antoine guettai la sorti des élèves.

«Vous bonne volonté» demandait-il à mesure qu’ils défilaient. Il avait besoin qu’on l’aidait et le renfort ne faisait jamais défaut. Travailler pour Frère Antoine, c’est la joie des jeunes. Quelques unes mêmes attendaient cette occasion pour s’insinuer près de lui, en quête d’un peu de sympathie, d’un père.

Au moment favorable, un mot glissé à son oreille :

-«Frère, ça même marche pas ; j’ai de la misère de ce temps-ci.»

Le vieil ami, le confident a vite compris.

-«Vous prier, prier la sainte Vierge ; avoir confiance. Vous devenir prête un jour… grand, grand…le Christ,… un autre Jésus. »

Le sacerdoce, Être prêtre ! Un monde invisible à son esprit ; son regard se perd au loin, verse une mystérieuse vision. Le prêtre, un autre Christ, Jésus demandait le Clavaire, le monde, Quelle sublime vocation !

Frère Antoine voudrait tant, non seulement sauver les vocations, mais les multiplier.

«Toi revenir après les vacances. La sainte Vierge (et il montrait du doigt la statue près du réfectoire) la Sainte Vierge va te ramener. Elle a besoin de toi ; elle va te faire son Oblat.»

Impossible de résister à sa douce contrainte ; et s’il le faut Frère Antoine mettre des avé dans la balance. Il passera même des nuits en prières, tant l’âme de ce jeune lui est chère !à.

Au sein de sa communauté, le religieux continue de s’intéresse à l’œuvre des vocations, les anciens entières au séminaire ou noviciat, comment vont-ils ? Aiment-ils leur nouvelle vie ? Même que le Supérieur l’appel parfois pour une consultation.

_ «Frère Antoine, que pensez-vous de ce jeune ? »

-«Lui bon garçons à lui persévérer.»

_ «Et cet autre ? »

Un léger mouvement des épaules ; il hoche la tête, mais sans rein dire. Le Supérieur a compris ce verdict charitable, discret…

Entre tous les jeunes Polonais ont une place de prédilection dans le cœur de Frère Antoine. Qui lui en voudrait ? Ces petits bouts d’hommes qui parlent sa langue, lui rappellent sa douce patrie, les années de sa jeunesse, Dzierzanow. Dans leurs viens coulent le même sang généraux dans leur cœur brûle le même amour de la Vierge. Ces fleures de Pologne, il veille sur elles avec un soin jaloux. S’il fallait qu’elles se brisent ou se fanent ! Quelle déchéance ce serait-il ! Non, plutôt perdre son autre bras qu’une vocation de Polonais. Avec ces compatriotes, Frère Antoine peut s’ouvrir plus à l’aise. Alors, il retrouve un peu de ce qu’il a perdu : son pays, sa famille, son passée, sa longue. Il s’intéresse aux nouvelles de là-bas,… s’informes des œuvres que sa congrégation vient d’y fonder. Toujours l’obsession de l’apôtre : les vacations.

15 juin 1917. Une aube de joie pour Frères Antoine. A l’autel il voit gravir les premiers de ces chers petits, deux âmes moulées a limage de Christ pour l’éternité : deux prêtres. Lui-même, de son ciseau d’artiste, a buriné en eux quelques traits délicats : une bonne pensée, un conseil, une prière.

Dès son arrivée au Juniorat, Frère Antoine avait remarqué l’aspect minable de son autel. Quelques planches blanchies, sans attrait, une pauvreté de Bethléem. En silence il supporte cette tristesse. La maison n’est pas riche… Il patiente, il espère. Un jour, n’y tenant plus, il va trouver le Supérieur. Si on sollicitait des dons… ?

_ «Mon Père, c’est vous dire, c’est moi faire.»

Le Supérieur consent, Frère Antoine se met aussitôt à l’œuvre. Il faut batte le fer quand il est chaud. Plus que tout autre, lui forgeron, le sait, d’expérience. C’est pour Dieu. Rien ne l’arrête. Il mobilise tout son atelier. Frère Royer fera le travail de menuiserie, Aux élèves, il remet un brouillon de lettre que chacun enverra dans son famille ne sa langue maternelle : Français, polonais, allemand, anglais.

Edmonton, octobre 1916.

Bien cher monsieur,

C’est un pauvre Oblat de Marie-Immaculée, qui a une main coupée, qui prend la liberté de vous écrire. Et en voici la raison. Depuis cinq ans déjà le Juniorat St-Jean que j’habite n’a pas d’autel convenable dans sa chapelle. Mes Supérieurs ont souvent résolut d’en ériger un plus digne, mais tant de missions encore plus pauvres que notre chapelle recevaient toute l’attention et aussi tout l’argent disponible, de sorte que les mois passent et notre chapelle est toujours au même point avec ce petit autel étroit.

J’ai donc eu la permission de mes supérieurs de m’adresser aux personnes charitables qui voudront bien m’envoyer quelques ressources pécuniaires, afin que je fasse placer un autel plus convenable. Inutile de dire combien le bon Dieu bénira ceux qui contribueront ainsi à la glorification de son Divin Fils pour l’embellissement de son culte. A perpétuité, j’oserais dire, une partie des mérites infinis obtenus par les saints sacrifices qui seront offert sur cet autel, retomberont en rosées de bénédiction suer le bienfaiteur et sur ceux qui lui sont chers. S’avance, cher monsieur, mes prières envers le ciel vous sont assurées ainsi que mes remerciements

Dans l’espérance, d’avoir bientôt une réponse favorable, je me souscris respectueusement tout vôtre en N.S.et M. I,.

Frère Antoine
Juniorat St-Jean. (7).

Le ciel s’entr’ouvre et laisse tomber une manne bienfaisante. Sur l’établi de Frère Antoine les enveloppes s’empilent. Et le travail avance rondement ; un autel bien ouvré, en beau bois de chêne, des ogives et des ciselures. A Paris, on a commandé un tabernacle et trois tableaux ; la «Dernière Cène», «l’Annonciation», et la «Présentation». Ne faut-il pas que la sainte Vierge ait sa part ?

Et 12 juin 1917, aux premières vêpres de la Saint-Antoine, toute est en place, debout, aux pieds de l’autel, Frère Antoine, contemple cet élégant retable, les groupes évangéliques, le tabernacle. Un large sourire illumine sa figure. Sûrement que le Maître sera satisfait.

-«Faites beau, moi dire avé pour vous».

Sous les regards réjouis du Fère, le sacristain s’affaire aux décorations

15 juin, Fête du Sacré-Cœur. Entre ses doigts nouvellement consacrés, un jeune prêtre balance l’encensoir d’or et des volutes de fumée s’élèvent vers la blanche hostie, parfumant tout le sanctuaire, «Adorao te devote». «Dans un coin de la chapelle, Frère Antoine est agenouillé. Immobile et droit comme un cierge. D’un long regard d’amour, ses yeux fixent l’ostensoir. Pas un bronchement, pas un murmure des lèves. Il adore. Puis ses paupières s’abaissent modestement. Que de consolation, que de joies il goûte depuis quelques années ! Lui, le pauvre Polonais ignorant, le pauvre frère manchot, on lui permet de vivre dans cette maison bénie, cet atelier où se forgeron des âmes de prêtres, Dieu lui confier même une parcelle de ce travail divin. Ce jeune prêtre (ne lui appartient-il pas un peu, ce cher petit ?) c’est son premier enfant qu’il offre au Seigneur. Il l’aider, oh ! bien modestement, à devenir un autre Christ.

-«Soyez loué Seigneur pour votre grande miséricorde ! Soyez béni dans vos prêtes, dans votre Sacerdoce éternel ! » Sur le charbon rougi où se consument les grains d’encens, Frère Antoine a jeté quelques fervent avé, « Pour qu’il soit un saint prêtre mon Dieu,… !» La légère fumée s’élève enveloppant dans son voile d’amour l’ostensoir étincelant. «Tu es sacerdos in aeternum.»

A la sortie de la chapelle, des rires, des conversations animés. Les parents et les amis, les professeurs entourent le nouveau prêtre. A tour de rôle, ils défilent à ses pieds, «Benedictio Domini nostri..» Un large signe de croix. Et dans un geste de douceur, deux mains des mains de lévite, se posent sur chaque tête. Un peu à l’écart, le petit frère manchot attend son tour patiemment, pas encombrant cet humble religieux. Il ne se pousse pas ; il n’entente pas dépasser avant un autre. Sa place c’est la dernière. Voyons, il le sait bien. Et le dernier, il s’approche, tombe aux genoux de son petit gars d’hier, dans une attitude de profonde vénération.

«Bénis moi, mon Père»,

Quelle est sublime cette bénédiction, aux yeux du Frère Antoine, et douce comme une rosée à son cœur brûlant d’apôtre ! Avec amour, il baise la main qui le bénit.

Désormais, le jeune prêtre reçoit les plus grands écarts. Frère Antoine se découvre toujours devant lui ; avec respect, il le salut ; le laisse partout passer en premier ; s’efforce de ne jamais lui tourner le dos. Et il écoutera sa parole comme un oracle. Le prêtre, c’est quelque chose tellement grand, tellement sublime, le Christ,… Jésus !

«C’est votre prêtre, c’est vous savoir. Moi, ignorant, pas savoir ».

Et Frère Antoine reprend sa chaudière e sa vadrouille. Il retourne à ses fournaises, sa basse-cour, à toutes ses humbles besognes journalières. A qui les veut, il distribue de nouveau ses sourires, ces petits conseils, sa sympathie et ses avé. Il a compris sa mission. Dans ce atelier béni, l’humble artisan continue, selon ses faibles moyens à forger des âmes de prêtres,… d’autres Christ.

Références-Atelier des âmes

(01)-Archives du Collège St-jean, Edmonton
(02)-Codex historicus du Collège St-Jean, Edmonton.
(03)-Fahrenheit. 37 degrés équivalent è deux degrés centigrades sous zéro
(04)- Codex historicus du Collège St-Jean, Edmonton.
(05)-Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome.
(06)-Prière de Charles de Foucauld
(07)- Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome.