AS-TU DÉJÀ PENSÉ À DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT  QUELQUE CHOSE?

Dieu appel encore, êtez-vous assez généreux de votre amour pour Dieu pour répondre oui.

Nous avons besoin de vous maintenant. Dieu a besoin de vous et notre Église a besoin de nouveaux prêtres pour continuer le ministère que Jésus a remis à ses disciples, c'est-à-dire vous quelques soient votre âge
.

Allez sur ma page et vous trouverez les informations.

+ Sr Denise Christiaenssens Ermite de la croix o.f.s.

Titre de la série :
Forgeron-de-Dieu-Frère Antoine-Kowalczyk
Titre de la page:

Vivez et usez-vous

Nom de l'auteur:
auteur Père Paul-Émile-Breton.o.m.i.
Vivez et usez-vous

Le feu, l’être le plus mystérieux qui soit ! Il réchauffe, éclaire, dévore, une petite flamme qui perce on en sait d’où ; elle danse, lèche ici et là, enveloppe tout et peut même embraser l’univers. A son contact, le fer sent la chaleur s’insinuer en lui et tout son être s’amollir lentement : il s’allume, se rougit et grille bientôt comme un fragment de soleil, feu lui-même. Depuis sa jeunesse, le forgeron polonais avait observé ce phénomène. Que de fois il avait vue les tiges de fer, changée en ardents tissons, obéir et, à ses ordres, se plier docilement comme des roseaux ! Ceste mystérieuse transformation, Frère Antoine va, à son tour, l’expérimenter dans son âme. Si une simple créature peut se soumettre à une autre créature, pourquoi lui, ne se laisserait-il pas réchauffer, amollir, transformer par son Créateur ? S’adresse à Sœur Bénigna Consolata, le Sacré-Cœur lui confiait :« Ma petite Bénigna, écris que la fournaise de l’amour est la divine fournaise dans laquelle je purifie, je perfectionne et je formes mes saints. Comme le fer s’assouplie dans le feu, et se plie ensuite à toutes les formes, ainsi, dans le feu de mon amour, les âmes se prêtent à tous les genres de sainteté. » (1

)En entrant dans la vie religieuses, Frère Antoine change de maître mais non de métier, Il demeure ce qu’il a toujours été : un forgeron, le forgeron de Dieu. Désormais, il travaille le chef-d’œuvre de sa vie : réchauffer son âme, l’embraser au feu de l’amour, pour ensuite la modeler à l’image de son maître, Jesus crucifié. «Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait ».Les saints ne se promènent pas sur les chemins de la vie avec des auréoles lumineuse ou en affichant des attitudes de statues de plâtre’ Leur perfection est tout intérieure et Frère Antoine le sait bien. Il est le plus humains des saints. Un homme ordinaire un obscure religieux, un manchot comme tant d’autres manchots, Aventures ?... éloquence ?...renommée ?... Non, aucune de ces choses ne semble le monter du doigt ! Rien décidément chez lui qui puisse intéresser un potin de journal. Sa vie : un petit ruisseau qui coule doucement et babille son inlassable prière entre les cailloux ; une violette timide qui s’écrase et se dissimule dans la prière. Il parle peut, et le peu qu’il parle, il le parle incorrectement : des rognures de phrases mal ajustées.-«Vous pas travailler avec votre langue, mais avec vos mains ».Dans sa pensée, la vocation de frère convers et son devoir essentiels est de servir Dieu par la prière et le travail. Il doit y consacrer tout son temps et toute autre connaissance est inutile, si elle ne prend pas ers cde but.

Pourtant lui, si réservé à l’ordinaire et si muet sur lui-même, il aime parfois plaisanter. Fonds naturel de douceur qui chercher à se donner.

Visitant un jour un de ses compatriotes hospitalisé, il badine, se permet de petites malices bien inoffensives.

_ « A ! Ces Polonais, ce ne sont pas les hommes bien forts ».Et, de sa main gauche se couvrant les lèves, il sourit d’un sourire légèrement taquin. Sa figure calme comme un beau soir d’été, s’épanouit facilement. Alors ses petits yeux vifs s’illuminent d’une flamme intérieure. Joie, candeur enfantine.Sous sa peau de Polonais, on devine cependant une volonté soumise dès le bas âge à une discipline sévère ; une ossature solide, des nerfs vigoureux, endurcis par le maniement de l’acier : une trempe de forgeron, et à certaines heures de violents combats se livrent en son âme. Une ombre ride alors son front d’habitude si serein ;… juste un mouvement brusque, un léger frisson à fleur de peau.

Combat sans autre spectateur que Dieu ; rançon de la nature humaine.Plus que tout autre le frère manchot sent le poids de sa chair. Comme un oiseau blessé de l’aile, il va, clopin-clopant, la démarche un peu maladroite. Son infirmité le suit partout… une écharde dans sa vie.Certains jours, l’épreuve, le doute, une vague hésitation s’infiltre dans les replis de son âme.

Disparues les joies de la prière ! Frère Antoine est las ; le joug lui pèse. Simple mortel, le métier de saint n’est pas plus rose pour lui que pour ses voisins. Il s’en ouvre à un intime :«Comme j’ai été heureux quand j’ai reçu votre lettre… Je regrette de ne pouvoir vous répondre en polonais. Vous m’avez affirmé que vous trouviez le règlement un peu dur. C’est vrai… Mon frère, j’ai déjà 72 ans : la même chose m’arrive. Je trouve la règle dure parfois, mais il faut s’y soumettre». (2)Comme il a créée de rien l’univers ainsi l’artisan divin transforme le néant et pétri, moule, burine la misère humaine en chef-d’œuvre de sainteté.Cinq heures. Par l’étroite croisées juchée dans un coin de la chambre, un jour avare se glisse et vient frôler Frère Antoine. Le religieux s »éveille.

Péniblement, il tire aussitôt du lit son pauvre corps rhumatisant. «Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit… » Croix en tête, une autre journée s’avance avec son cortège de prières et d’humbles labeurs : de joies simples, mais aussi de sacrifices sans attraits. Journée monotone dont les heures identiques à elles-mêmes s’enchaîneront comme des grains e chapelets. Frères Antoine s’est agenouillé. En cette aube matinale, qu’elle est douce sa cellule ! Seul,… Il est bien seul. Là-haut, au bord de la fenêtre, quelques plaintes frissonnâtes jettent un coup d’œil discret par le carreau. Tout le reste est silence, un peu comme la solitude morte du tombeau. Immobile, les regards plongés dans la vague (pour lui c’est l’infinie) quelques chose de divin enveloppe le petit frère manchot. Il prie._ «Excusez-moi, mon Dieu, et vous ma Bonne Mère, c’est encore moi, Frère Antoine qui viens vous déranger, vous offrir ma journée. Hélas, voyez…! »Un sentiment de profonde misère le saisit. Il n’est rien, n’a rien : un ignorant, rien qu’un ignorant. Qu’a-t-il, en effet, à présenté à Dieu ?

Des bagatelles la cloche à sonner, les fournaises à chauffer, les corridors à balayer, toutes ces petites actions qui semble gruger le temps sans rien laisser après elles. Il n’a même pas le mérite d’allers pieds nus, comme un dévot franciscain. Une vie simple, ma foi, qu’il la trouve presque inutile. Et cela durant trente-six années bine comptées ! A bien y penser, en serait-il pas un peu fou ?Frère Antoine lève les yeux vers l’humble crucifie qui pends au mur. Il fixe cette humanité nue, sanglante… l’Homme-Dieu cloué, sans vie, la tête labourée par les épines, toute sa vie, Jésus n’a fait qu’obéir, obéir jusqu’à la mort de la croix, « Obediens usque mortem». N’a-t-il pas été accusé de folie, lui aussi ?Et Frère Antoine écoute, ravie, la croix qui lui prêche en silence, il croit s’entendre redire les paroles que le Seigneur adressait à certaines âmes privilégiées : «Tu n’a rien à me donner… ? Alors donne-moi tes péchés.

Tes actions en elles-mêmes ne sont rien, mais situ les jettes dans la fournaise de mon amour, je les transformerai en des charbons ardent ; je les pénétrerai de ma vie divine. Offre donc tes actions en les unissant aux battements de mon cœur, harmonise ta vie et tes mouvements aux miens, afin que ce ne soit plus toi, mais moi qui agisse et vivre en toi. Ne regarde que ma volonté et tout ce que tu fais et accomplis-la avec grande soumission, comme je me suis soumis moi-même. »Sous ces deux bras étendus en un grand geste de bénédiction, au pied du crucifix, la tête blanchissante se courbe… Frère Antoine se signe et dit : Oui !Ses modestes actions de chaque jour, toutes marquées de sceau de la croix Frère Antoine est en train de les entasser dans un coin du Paradis : il thésaurise pour l’éternité. Habitué dès son enfance à une vie simple et frugale, ce n’est pas lui qui jetait son trésor divin par la fenêtre. De son crochet, de sa vadrouille, il ramasse tous les mérites qu’il rencontre ; et il s’en trouve à chaque pas. «C’est la foi, en effet, qui donne l’orientation à tous une vie… La foi qui fait connaître la valeur des petites choses.» (3) La vie de Frère Antoine est un acte de foi continu, une vie tissée vraiment de petits riens, de poussière d’or que le monde foule aux pieds sans en savoir la valeur, mais qui lui ramasse avec empressement. Aucune action d’éclat, peut-être, mais tous des actions saintes qui pèsent dans la balance de l’éternité ; voilà la journée de l’humble frère convers. Il vit uniquement pour Dieu.Aveugle volontaire, il ferme les yeux aux choses de ce monde et marche, guidé par sa foi, dans un monde invisible. Pénétré de la présence de Dieu, il Le sent partout, il Le touche, il Le voit : dans les événements les plus modestes, dans les créatures qui l’entourent, dans la nature, dans son travail, dans ses supérieurs, dans les prêtres. En tout.La cloche sonne, pour lui c’est la voix qui appelle. Joies ou épreuves se présentent-elles ?

Encore là il voit la main divine qui se tend vers lui, la main d’un ami, d’un père.-«C’est le Bon Dieu, qui l’a voulu ».Même chose si l’épreuve le frappe dans sa chair en le déchirant ; il n’y voit qu’une bénédiction particulière de la Providence :-« Ça être une bien grande grâce! »Un jour un mendiant frappe à la porte.« Voulez-vous me donner à manger, s’il vous plaît : j’ai faim et je n’ai rien ». Un pauvre ? Ne sont-ce pas là ses amis préférés ? Frère Antoine a déjà le dos tourné et dévale vers la cuisine. Une sainte excitation remue son cœur ; ses entrailles crient comme si c’est lui qui avait faim.« Ma Sœur, vous préparer plateau, mettre la plu belle vaisselle, la plus belle nappe… »Plus de timidité. Debout au milieu de la cuisine, l’architriclin donne ses ordres. C’est un genre de petit banquet qu’il prépare. Et ses yeux à l’avance pétillent de joie. Sous les haillons et la figure fruste du mendiant, il a découvert un auguste personnage que vient lui rendre visite :_C’est pour Notre-Seigneur qui est au parloir ! » (4)Vie de foi… Vie d’amour ! La sainteté naît dans un mystère de foi… Elle se consomme dans un mystère d’amour.Frère Antoine avait reçu de Monseigneur Grandin, une image du Sacré-Cœur en souvenir, je crois, de son oblation perpétuelle. Au verso, la main tremblante du saint Évêque de St-Albert avait écrit ce simple conseil : « Au cher Frère Kowalczyk, o.m.i. Vivez et usez-vous pour Dieu, marchez toujours en sa présence il sera votre grande récompense ». Vital, Ev. De St-Albert, o.m.i.Ce cœur, surmonté d’une croix, d’où s’élance un tourbillon de flammes, c’est le brasier, la fournaise où le forgeron de plonge son âme pour la transformer, pour la tremper aussi.-« Vivez et usez-vous pour Dieu.. »Frère Antoine vit pour Dieu ; il s’use pour Lui.Fidélité parfaire à tous ses devoirs, à tous es exercices, aux moindres exigences de sa Règle.Fidélité constante de tous les jours,… de toute une vie.Comme un chien fidèle et doux, il flaire partout le divin et suit son maître pas à pas. Aveuglement, sans se plaindre, sans le quitter d’une semelle. Un dont total, héroïque.Frère Antoine se donna tout sa vie. Il se donna à ce dur métier de forgeron ; à sa vocation. Il se donna à ses Indiens et à ses junioristes. Il se donna à ses frères. Il se donna à son travail : sa fournaise, son balai, son jardin et sa basse-cour…

Mais par-dessus tout et en tout, il se donna à Dieu-« Vivez et usez-vous pour Dieu.. »L’amour de Dieu, voilà le secret de sa vie, le secret de son héroïsme.Il est des apôtres pour qui le monde n’est pas assez vaste. A pas de géants, ils enjambent les mers et les montagnes, poursuivent les âmes dans les jungles ou dans la solitude des neiges, crient partout le nom de Dieu. Pour Frère Antoine, l’univers, c’est un petit enclos de verdure dans un coin de la cité, c’est l a chapelle, c’est aussi son âme. Alors que d’autres parcourent le monde comme une traînée de feu, lui, il se consume sur place.Dans le travail la prière, l’amour, il vit, il s’use pour Dieu.À l’ombre de «son pilier » dans un coin retiré de la chapelle, le frère manchot a épanché la moitié de sa vie. Humble et fervent.La chapelle est encore plongée dans le silence, Frère Antoine, le chapelet à la main, s’amène, clopin-clopant, traînant ses semelles,… guidée par la lampe du sanctuaire, son étoile de Bethléem, il va droit vers le tabernacle et se laisse choir aux genoux de son Maître.

Le forgeron est arrivée qui va ranimer le braiser ! De ses doigts durcis jaillissent les étoiles. Tandis qu’il fait le tour de l’autel, son bras rhumatisant à peine à atteindre les lampions ; mais du bout de son moignon, il donne un petit coup brusque. Une étoile s’allume,… puis une autre,… et une autre encore. Et les lampes scintillent de joie, heureuses de goûter de nouveau à la vie et de reprendre leur prière de feu autour du tabernacle… prière muette qui s’échappe avec la flamme légère ! Tous les jours et jusqu’à la fin de sa vie, Frère Antoine voulue se réserve ce geste d’amour. Allumeur d’étoiles pourvoyeur de la flamme et de vie. «La perfection, selon saint Thomas, consiste essentiellement dans la charité ». La charité, c’est-à-dire la volonté ferme de se donner et de s’immoler entièrement pour Dieu. Frère Antoine ne connut pas d’autre perfection.

Sa sainteté est une sainteté à portée d’homme, il ne cherche pas à transporter les montagnes, bien que parfois sa prière obtienne ce que ses frères appellent, en badinant «des petits miracles de blague ». La thaumaturgie n’est pas nécessaire à la perfection, Frère Antoine le sait, et mieux que tous autre ; et il ne cherche pas que la perfection. Pas de mièvreries, pas d’yeux à l’envers ni de cou penché qui ont l’air de dire : «Regardez-moi ; je suis un saint ». Pas non plus d’exagérations et rien de cette sainteté sanguinaire qui ne croit qu’aux cilices et aux chaînes de fer ; ou de cette sainteté encore qui se roule dans les épines et pense commettre une faute à se pencher sur les fleurs pour en goûter le parfum déposé là par Dieu.« La charité est patiente ; elle est bonne. La charité n’es pas envieuse,… elle ne s’enfle pas d’orgueil… elle en s’irrite point ; elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout ». (5)Cette charité essence de la perfection, est pour Frère Antoine un braisier qui le consume, Le petit manchot, porteur de feu, feu lui-même, vie !D’instinct la flamme cherche à s’échapper, à se répandre, à s’élever. Ainsi l’amour d’Antoine pour Dieu. Une flambée continuelle, chacune de ses actions est un nouveau charbon qu’il jette sure le brasier. C’est pour Dieu qu’il prie, travaille, se dévoue, allume les lampes et sème des avé. Et la flamme monte, monte sans cesse. Prier, se donner à Dieu est un besoin intérieur qui le transporte._ «C’est vous dire avé…C’est vous prier à la chapelle…Vous pas prier, vous pas avoir confiance en Dieu ».Et joignant l’exemple à la parole, il s’agenouille et prie partout ; dans sa chambre, à son travail, au milieu de la cour, dans un corridor, au jardin…

La prière, respiration, vie du petit frère manchot.

Dimanche, un beau matin de dimanche, fait d’azur et de fraîcheur d’automne. Et un soleil joyeux qui déverse de l’or. A travers les rues de la ville, un modeste religieux va d’un pas alerte, le bras droit collée au flanc… comme un affairé. Rien ne semble le distraire, ni les passants, ni les bruits de la cité qui s’éveille. Il va son chemin. Une demi-heure plus tard, il est agenouillé près du maître-autel de la vielle église paroissiale. Une espèce de petit saint Joseph tout prêt à être coulé dans un vitrail. Figure content et recueillie. Que de fois, Frère Antoine est venu assister à la grand’messe en l’église de St-Joachim et prier dans son atmosphère si pieuse. C’est une légère distraction qu’il se permet ; on prie si bien à st-Joachim ! Une jolie nacelle, avec des verrières aux couleurs chaudes et vivantes, surtout que le soleil vient les embraser. Voûte de bois et lignes sobres où rien ne distrait l’âme, à part quelques saints qui vous quémander des prières. Et un grand Christ livide.

« Introibo ad altare Dei.» Le drame divin, le plus grand des drames de l’univers, se déroule dans la splendeur de la liturgie chrétienne, à la tribune, les orgues élèvent leurs voix mystérieuses elles chantent, supplient, grondent ou murmurent doucement leur prière. Et le chœur de chat entonne. Un bruit de bancs, des voix qui toussent au pied de l’autel, la foule se courbe somme une moisson d’autonome.Frère Antoine, immobile les yeux modestement baissés sur son missel, est plongé dans un autre monde. Il vit sa messe ! Sourd aux bruits de la terre, il voit le Christ s’avancer… Vers l’autel ou vers le Calvaire ? Il en saurait le dire. Mais c’est bien Lui qui passer portant sa croix. Il Le reconnaît. Seigneur, ayez piété d moi ! Kyrie eleison !@ « Je ne suis qu’un chiffon, un orgueilleux, un pécheur ». Ah ! S’il pouvait la saisir cette croix invisible et la porter lui-même. Un mélange de tristesse et de douceur effleure le visage du religieux.

S’il pouvait… ! De son âme s’échappe un jet d’amour enflammé. Et la messe se poursuit. Une dernière fois le prêtre s’est tourné vers le peuple ; un enfant de chœur en soutane de rouge, a gravie les gradins et s’est agenouillés près de lui. Au milieu d’un profond silence la clochette perle des notes argentines… «Ceci est mon corps ». Deux mains qui s’élèvent. Entre ses doigts le prêtre tient la blanche hostie. Point de rencontre du ciel et de la terre. Mystère divin. Jésus ! Frère Antoine fixe un regard de foi. Devant ses yeux, le Christ vivant qui s’immole pour tous,… qui est immole pour lui, Frère Antoine. En esprit, au pied de la croix, le petite manchot contemple son sauveur, ce corps bleui de coups, lardé de plaies béantes ; ces mains et ces pieds broyés, déchirés par les clous ; cette blessure du cœur surtout, d’où s’échappe un long filet de sang et le sang d’un Dieu. «Ceci est mon sang.. » A l’autel le célébrant élève le calice d’or. Une tête blanche s’incline adoration, comme un ange qui se prosterne au pied du trône éternel.« Ite missa est ». Le prêtre a tracé sur la foule un grand geste de bénédiction. Alors éclate la voix fougueuse des orgues, tantôt une rythme emporte soulève des vagues triomphes tantôt la musique légère passe avec des frôlements d’ailes. Lentement la foule se dirige vers les sorties et s’écoule à l’extérieur comme une lave humaine.

Soudain le silence s’est fait. Le dernier fidèle s’est éloigné. Et les portes de l’Église se referment. Dans la pénombre du cœur, près de l’autel, Frère Antoine demeure toujours agenouillé. Rien ne bouge. On dirait un personnage tombé d’un vitrail dans une stalle. Figure calme empreinte de paix et de ferveur. Et cette solitude ! L’église est ensevelie dans un linceul de silence que rien ne trouble, si ce n’est les secondes minuscules que les l’horloge laisse tomber goutte à goutte dans l’éternité.

Replié sur lui-même, Frère Antoine est absorbé dans une prière muette,…douce et chaude comme une haleine. Et le temps coule…Les rayons du soleil, teinté aux couleurs des verrières s’allongent lentement dans le sanctuaire.

Quatre heures de l’après-midi, un léger bruit derrière le maitre-autel. Le sacristain surgit,…et s’arrêt un moment, quelque peu surpris.« Frère Antoine ! »Le petit frère manchot lève les yeux, confus, gêné qu’on le découvre ici encore en prières… Quatre heures ! Et son repas… ? E non, il n’a rien mangé depuis ce matin. Il n’avait pas faim… Pourquoi manger quand on n’a pas faim ? Sur l’ordre du sacristain, il se rend au réfectoire comme un agneau docile. (6) Pauvre Frère Antoine ! On vient d’éventrer un autre de ses petits trucs. Il faisait pourtant si bon prier, seul, sous la voûte sombre de St-Joachim et si près du tabernacle. Prier, c’est pour Frère Antoine la respiration de toue son être, une soif ardente, un feu intérieur qui le consume. Ce n’est pas lui qui manquerait un exercice, arriverait en retard ou obtiendrait une exemption sans une raison sérieuse. Un aimant irrésistible l’attire vers la chapelle. Attrait de ceux qui croient et qui vivent leurs croyances.Et ce besoin de prier le suit partout comme son ombre. On le surprend parfois à son travail, prosterné en prière, les mains jointes. Dans ses visites aux hôpitaux, son premier soin est de s’informer de l’heure à laquelle aura lieu la Bénédiction du Saint Sacrement. Et tous ses moments libres il les passe, avec permission bien entendue, dans un coin de la chapelle, près de « son pilier ». A ceux qui, un peu étonnés, l’interrogent, il répond sur le ton le pus naturel :_ « Avec le Bon Dieu on ne s’ennuie jamais ».Et c’est si commode avoir le Bon Dieu de son bord.

Et les Saintes aussi, quand on a besoin d’un coup de main. Frère Antoine prie, non seulement pour déverser le trop plein de son âme, mais chaque fois qu’il est un peu mal pris. « Demandez et vous recevrez ; frappez et l’on vous ouvrira.» Il connaît la puissance de la prière et y recourt sans cesse. Pas un instant il ne douterait d’être exaucé.Un jour d’hiver, dans sa boutique, au sous-sol, un élève lui apporte une paire de patins à aiguiser, Frère Antoine sort son outillage et s’installe devant sa meule. Quand tout est prêt, il tourne le commutateur. Rien ne bouge,… alors il s’assure que le courant ne fait pas défaut, examine le monteur et tous sens, frappe ici, frappe là. Toujours rien.« Allons, petit, à genoux ! »Pour Frère Antoine c’est la seul façon de régler la difficulté, Ave Maria... A peine achève-t-il sont troisième avé que le monteur, tout à fait hors de porte, se met sur-le-champ à ronronner sa chanson.Une autre fois, quelques élèves sont à poser les doubles croisées. Mais l’un se montre revêche. On la pousse, la frappe du poing, on la remue ; elle refuse, à s’emboîter. De toute évidence c’est la mauvaise croisée : elle est trop large, juste à ce moment, Frère Antoine passe non loin de là et vois l’embarras de ses jeunes amis.«Allons petits, descendrez ! Vous pas avoir dit bonnes prières ce matin.»Sur ce, il saisit la croisée de sa main gauche et de son crochet, grimpe l’échelle et en unrien de temps tout se case.Créature mystérieuse, le feu a besoin, lui aussi, d’aliments… comme les plantes, les bêtes, l’homme. Nourrissez-le, aussitôt sa flamme prend un regain de vie ; elle danse joyeusement, éclaire, réchauffe, consume toute ce qu’elle ouche. De même, la sainteté. Et le forgeron de Dieu le sait bien. Il a grand soin d’attiser, à longueur de jours, le foyer de sa vie intérieure : dévotions au Sacré-Cœur, à la Sainte Vierge, aux saints. Quelques uns reçoivent des attentions privilégies les âmes du Purgatoire, saint Antoine, son patron ; saint Joseph à qui il confie les fournaises et les jardins. Et l’Enfant-Jésus de Prague, « son petit Jésus de Prague» qu’un supérieur bienveillant lui avait fait remettre avant de son départ pour les missions. Il y avait bien aussi Germa Galagni et Monseigneur de Mazenod, le fondateur des Oblats, à qui il doit des faveurs spéciales.En certaines circonstances le cœur de Frère Antoine flambe comme un bûcher ardent, Au cours de la Semaine Sainte, par exemple, on pouvait constater chez lui un profond changement.

Oh ! Il ne connut pas dans sa chaire les stigmates sanglants, il n’eut aucune vision douloureuse de la Passion. Mais ces stigmates, ces visions, il les ressentait en son âme. Il en brûlait ! Alors sa figure s’assombrissait sous un nuage de mélancolie ; sa prière se faisait plus longue et plus ferventes. Et il soumette «Frère Corps» à une rigoureuse pénitence. C’est par la communion quotidienne surtout que Frère Antoine aliment le braisier de son amour. Lui, à l’ordinaire si effacé, n’entends pas qu’on lui enlève le privilège de servir la messe. AH ! Pour ça non ! Une, deux ou même trois messes : il est toujours là, en dépit de ses « bosses d’oraison » agenouillé près du célébrant. N’est-ce pas le sacrifice du Clavaire qui se déroule ? Le Christ n’est-il pas présent à l’autel, poursuivant le façon mystique et invisible l’offrande de son corps, de son sang, de sa vie ? Et Frère Antoine céderait sa place eau pied de la croix ? Mais y pensez-vous sérieusement ?_ « C’est vous Père ; c’est moi frère convers : c’est moi servir la messe ».Un grand signe de croix qui rappelle l a Trinité ; des prières recueillies, fervents, qui s’échappent en souffles brûlants ; des génuflexions qui sont de vraies génuflexions… Oui, Frère Antoine vit sa messe. Jean au pied de la Croix. Et vient le moment de la communion, l’instant unique de sa journée. Entre deux cierges qui scintillent,… deux étoiles,… un voile qui s’écarte ; la porte du tabernacle s’entrouvre : une trouée dans le ciel. Et Dieu paraît, Dieu ! L’âme d’Antoine frémit. Ses yeux sont humides. La misère humaine au pied de l’Éternelle Beauté ! Il voudrait sorte de lui-même qui vient vers lui ! Dieu, le braisier d’amour qui consume son âme, protecteur de feu, feu éternel, vie.Non, ce n’est plus Frère Antoine qui vit ; c’est Dieu qui vit en lui et le transforme.-« Vivez et usez-vous pour Dieu, marchez toujours en sa présence et il sera votre trop grande récompense.»Frère convers oblat, toujours simple, tout humble, il peut sembler certain un rebut de ferraille. Qu’attendre d’un manchot et d’un ignorant ? Pourtant il travaille comme quatre et en son âme il recèle un feu qui le dévore. Fidélité ; prière,…amour… Il vit pour Dieu. Mieux encore il s’use à son service ; il marche continuellement en sa présence.

Vêtu de ses pauvres livrées, traînant son balai et ses outils, Frère Antoine gravit pas à pas la montagne de la perfection. Viendra, un jour, la récompense ; sans l’âme brûlante du forgeron de Dieu, on verra se dessiner et resplendir les saints du Divin Crucifié.

Références- Vivez et usez-vous
(01)-«Vade mecum proposé aux âmes religieuses »p. 35(exlibris F. Antoine)
(02)-Archives de la Postulation(Dossier F. Antoine) Rome
(03)-Vade Mecum(op.cit)
(04)-Archives de la Postulation(Dossier F. Antoine) Rome
(05)-Saint-Paul
(06)-Archives de la Postulation(Dossier F. Antoine) Rome