Titre de la série
Les Mystiques franciscains
Titre de la page:

Les mystiques nous donne une leçon de vie

Nom de l'auteur:
Auteur  P. Père Paul Lachanche ofm.

Je remercie le Père Paul Lachance o.f.m. qui m'a donné la permission de mettre sur Internet les pages sur les mystiques franciscains, publiées dans la revue franciscaine. Ce cadeau du Père Lachance a été donné pour toute la Famille Franciscaine du monde pour mieux faire connaître nos frères et sœurs franciscains, capucins, conventuels dans les 3 Ordres pour nous dire que nous pouvons aujourd'hui avoir encore dans le monde d'autres mystiques franciscains à l'Oeuvre. Je vous demande de livre les nombreux livres que le Père Lachance a écrits sur la mystique, la Bienheureuse Angèle de Foligno; et j'ai moi-même une dévotion pour elle depuis 1964.


Mme Denise Christiaenssens  Ermite de la croix o.f.s.

Fleurs cueillies dans le jardin de la mystique franciscaine.

(13-14 siècle )

Les stigmates de S. François servent de bannière déferlant à travers les âges, rappel constant à la conversion et à la transformation totale dans l'amour de Jésus-Christ crucifié. Les mystiques franciscains/es s'y réfèrent parfois très explicitement et d'autres fois s'en serviront seulement comme arrière- fond et comme stimulant à leur ascension mystique.

LES PHARES DE LA FAMILLE FRANCISCAINE: LES MYSTIQUES

Malheureusement, ces phares de la famille franciscaine sont, pour la plupart, inconnus aujourd'hui. Il est grand temps de les faire émerger des rayons de bibliothèques empoussiérées et de les montrer afin qu'ils / elles illuminent et mettent feu à notre propre recherche. Mais le panthéon des mystiques franciscains /es est vaste, on ne peut les écouter tous. Pour le moment contentons-nous d'un rapide survol pour cueillir quelques fleurs en cet immense jardin. Plus tard nous aurons l'occasion d'en approfondir quelques-uns /es. Les temps forts de la mystique franciscaine se trouvent d'abord au début, le printemps franciscain des premières générations ( 13e-14e siècles ) ; puis le 16e siècle en Espagne et 17e siècle en France

.Les mystiques des premières générations

En tout premier lieu, il y a Ste Claire, le plus fidèle écho de S. François, " sa petite plante ". Intimement liée à l'expérience fondatrice ; elle y apporte le complément féminin. Sa mystique sera marquée par une note plus nuptiale, plus centrée sur l'amour de Jésus-Christ, que celle de S. François dont la vision, en définitive, est davantage Trinitaire. Elle affectionnera entre autre le symbole du miroir. Voici un extrait de sa troisième lettre à Agnès de Prague : Place ton esprit devant le miroir de l'éternité ; Laisse ton âme baigner dans la splendeur de la Gloire. Tu arriveras ainsi à ressentir ce que seuls perçoivent ses amis. Tu goûteras la douceur cachée que Dieu lui-même a dès le commencement, réservée à ceux qui l'aiment

B.Gilles D'Assise (d.1261)

Un des premiers compagnons de S. François et le plus bohème. Les propos qu'on a recueillis de lui sont tout à fait savoureux. Ils font penser aux sentences des Pères du désert. En voici un : L'homme se fait une image de Dieu qui correspond à son désir; mais Dieu est toujours tel qu'il est.

© S. Bonaventure (d.1274)

Le grand maître de la pensée franciscaine, le " prince de la mystique". On dit de lui que "c'était S. François qui s'oublie à philosopher". Ses œuvres réunies en dix volumes ont marqué profondément la spiritualité franciscaine et chrétienne. Comment tout cela peut-il se faire, demandes-tu ? Interroge la grâce et non la science ; le désir et non l'intelligence ; les gémissements de la prière et non l'étude des livres, l'époux et non le maître; Dieu et non l'homme ; l'obscurité et non la clarté ; non la lumière qui brille mais le feu qui embrase tout entier et qui transporte en Dieu par les onctions de l'extase et les plus brûlantes affections. Ce feu c'est Dieu lui-même, et " son foyer se trouve dans la sainte Jérusalem. C'est le Christ qui l'a allumé par la ferveur dévorante de sa Passion, et celui-la seul en reçoit vraiment les atteintes, qui s'écrie : " Mon âme a souhaité prendre son vol et mes os ont demandé la mort". Quiconque désire une telle mort peut voir Dieu, car on ne peut douter de la vérité de cette parole :" L'homme ne me verra pas de son vivant" Mourons donc et entrons dans les ténèbres: imposons silence aux préoccupations, à la concupiscence et à l'imagination sensible. Passons avec Jésus crucifié"de ce monde au Père". Après avoir vu le Père, nous déclarerons avec Philippe: " Cela nous suffit". Et nous entendrons dire comme Paul: " Ma chair et mon cœur défaillent, ô Seigneur éternellement et que tout le peuple s'écrie: FIAT, qu'il soit fait ainsi! Amen.


Dans l'article précédent, nous avons cueilli quelques fleurs mystiques chez Ste Claire, le B. Gilles d'Assise et S. Bonaventure. Nous continuons ici le survol de la mystique franciscaine, dans les premières générations

Saint Antoine de Padoue 0.f.m.(d .1231)

Le saint franciscain le plus connu après S. François. Docteur de l'église, grand prédicateur populaire (" le marteau des hérétiques" ) le thaumaturge, on se tourne vers lui pour obtenir des miracles et retrouver des objets perdus. C'est dommage pour son enseignement sur la voie mystique. En voici un extrait : Ceux qui se consacrent totalement à Dieu sont comme des oiseaux du ciel, car ils sont élevés dans les hauteurs par les ailes d'une vie sainte et perçoivent le Roi dans toute sa gloire. Ils sont transportés jusqu'au troisième ciel et voient avec les yeux de l'esprit la majesté du Dieu trois fois saint, entendent avec les oreilles du cœur des paroles inexprimables. La jouissance de Dieu dans la contemplation est plus précieuse que toute réalité terrestre dépassant tout ce que l'on peut désirer sans comparaison ; car, lorsqu'on se tient devant Dieu et qu'on y trouve son bonheur et goûte ses délices, c'est alors qu'en vérité on atteint le paradis.

Jacopone de Todi (d. 1306)

Le poète le plus important de son temps après Dante. Un fou de Dieu. Ses poèmes témoignent de sa vie tourmentée-" l'amour désordonné d'un cœur en feu"- jusqu'à ce qu'il atteigne le repos des "cieux cristallins". Dans quelques vers bien frappés, il condense la doctrine franciscaine sur la pauvreté: La pauvreté, c'est n'avoir rien. C'est ne vouloir rien ; et c'est posséder toutes choses en esprit de liberté. Jacques de Milan (dernière moitié du 13 ième siècle )Célèbre pour avoir écrit le Stimulus Amoris ou Aiguillon d'amour, un vade mecum de la spiritualité médiévale. On y notera l'idée de la maternité spirituelle de Jésus, notion très répandue au moyen âge : Comme une mère, il (Jésus-Christ) me donne le lait de ses mamelles, me lave de ses mains, me porte dans ses bras, me console de ses baisers, me réchauffe sur son giron.

B. Raymond Lulle (d. 1315)

Le docteur illuminé ou fantasque. Connu par ces deux titres de gloire, un nous rappelant les entreprises surhumaines qu' il tenta pour répandre l'Évangile à tous les coins de l'Horizon, y compris le monde musulman ( une partie de ses œuvres sont écrites en arabe ); et l'autre nous suggère l'amour mystique qu'Il rayonna pendant cinquante ans, depuis sa conversion jusqu'au martyre. Parmi les nombreux écrits de spiritualité de ce " pèlerin d'amour ", comme lui-même se décrit, le plus fameux est le Livre de l'Ami et de l'Aimé

En voici un extrait


L 'Amour illumina le nuage qui était entre l'ami et l'Aimé et le fit ainsi lumineux et resplendissant comme la lune dans la nuit…le soleil dans le jour. Et dans ce nuage resplendissant, l'Ami et l'Aimé se parlaient. Et l'Aimé disait : " Si vous autres amants, voulez du feu, venez à mon cœur et allumez-y vos lampes ; et si vous voulez de l'eau, venez à mes yeux qui déversent les larmes, et si vous voulez des pensées d'amour, venez les prendre dans mes méditations.

Ste Marguerite de Cortone (d. 1297)

La Marie -Madeleine franciscaine. Son biographe, le frère Giunta Bevegnati, a voulu qu'elle soit " la troisième lumière de l'Ordre de S. François; ce dernier étant le premier dans l'Ordre des Frères Mineurs, la bienheureuse Claire, la seconde dans l' Ordre des Religieuses, et Marguerite, la troisième dans l'Ordre des Pénitentes." Voici quelques phrases qu'il lui a entendu dire: O bonté infinie de mon Dieu ! O jour promis par le Christ et impatiemment attendu ! O parole d'une indicible suavité ! Jésus m'a appelée : " Ma Fille" !

La "maîtresse des théologiens" et une des plus grandes mystiques de la tradition franciscaine. Dans le Mémorial qui contient le récit de son itinéraire spirituel, elle décrit une vision dans laquelle elle a vu toute création resplendir de la gloire de Dieu : Sur le champ les yeux de mon âme furent ouverts. Je vis une plénitude de Dieu dans laquelle j'embrassais l'univers tout entier, l'en de ça et l'au-delà des mers, et l'abîme, et l'océan, et toutes choses. En toutes ces choses, je ne voyais que la puissance divine, et je la voyais d'une vision impossible à décrire. Alors, mon âme ne pouvant contenir son admiration, s'écria: Ce monde est gros de Dieu ! On cite souvent cette parole qu'Angèle a entendue Jésus-Christ lui prononcer un jour : "Ce n'est pas pour rire que je t'ai aimée." Hubertin de Casale (d. 1329/32)Homme très controversé, il était un des chefs de file des Spirituels ou Zelanti qui brûlaient de zèle pour la fidélité absolue à l'idéal de pauvreté de S. François. Citons une partie de sa prière pour obtenir la pauvreté ; elle se trouve dans son Arbre de vie crucifiée de Jésus : Oh ! Qui donc n'aimerait pas madame la Pauvreté par dessus toutes choses! C'est pourquoi je vous demande en votre nom, ô très pauvre Jésus, à titre de privilège spécial et perpétuel, de nous donner, à moi et aux miens, la grâce de ne rien posséder en propre sous le ciel, et de n'avoir jamais, tant que nous serons en cette chair misérable, qu'un usage pauvre du bien d'autrui

( Citation extraite du Mystiques Franciscains par Ivan Gobry, Paris, Éditions Franciscaines, 1959), p.83

De cette époque, les 13 et 14 siècles, on pourrait ajouter les noms de Jean de l'Alverne, Ste Rose de Viterbe, Léon d'Assise, David d'Augusbourg, Ange Clareno, Roger Bacon, Gilbert Tournai, Pierre Olivi, Jean de Calibus,le B. Hugues Panziera de Prato et tant d'autres qui fleurirent en ce moment du premier jaillissement de l'arbre franciscain.

Revue Franciscaine Novembre- Décembre 1986 page 417 à 420 © Tout droit auteur est pour les Pères Franciscains

Santa Angèle de Foligno (d. 1309)

+L'auteur, le Père Paul Lachance,

Dans la dernière parution débutait une série d'articles sur les Mystiques chrétiens. L'auteur, le Père Paul Lachance, est détenteur d'un doctorat en spiritualité, à Rome, pour une thèse sur l' itinéraire spirituel de la Bse Angèle de Foligno. Après avoir traité de l'engouement actuel pour les mystiques et avoir identifié certaines idées fausses sur la mystique, l'auteur entre au cœur de son sujet.La mystique, c'est quoi?

S'il fallait à tout prix donner une définition, on pourrait dire que la mystique, c'est ce qui est au cœur de la religion ; l'expérience du Dieu vivant. Nous laissons de côté, pour le moment, la question difficile de savoir si cette expérience est identique ou différente dans toutes les religions, nous voulons simplement indiquer ce qu'est la mystique pour un chrétien. La tâche n'est pas facile, on est loin d'être arrivé à une définition qui fasse l'unanimité. D'abord le mot mystique nous vient de la Grèce antique. Mystikos veut dire mystère. Le mot signifiait simplement ce qui est caché, secret, relié aux religions "à mystère."Mystère : Présence cachée. Dans le Nouveau Testament, le mont "mystère" est employé pour signifier ce que beaucoup considèrent aujourd'hui comme étant la mystique : la présence cachée de Dieu et du Christ dans l'Écriture, les sacrements et les événements quotidiens. Saint Paul, dans la lettre aux Ephésiens, nous dit qu'il "lui a été confié de mettre en pleine lumière la dispensation du Mystère, caché depuis des siècles en Dieu : celui de l'Insondable richesse du Christ (Eph. 3. 8-9)." Par la suite, les Pères de l'Église utiliseront le mot "mystique" pour indiquer l'expérience du monde invisible qui nous est révélé par Jésus Christ dans la Bible et les sacrements. Ainsi, ils parleront du "sens mystique des Écritures", et de l'Eucharistie comme "banquet mystique" Expérience privilégiée. Sans jamais perdre ce sens premier, à la suite de l'influence d'un moine Syriaque de la fin du cinquième siècle, le Pseudo-Denys, le terme mystique se mit à revêtir un sens spécial désignant une expérience privilégiée, dans laquelle l'âme connaît ou éprouve, sur un monde qui dépasse les forces et la capacité humaines, la présence ou l'action de Dieu en elle. Pour bien comprendre ce qu'est la mystique chrétienne il faut bien garder en tête ces diverses composantes qui sont liées l’une à l’autre. Une lumière de feu extrêmement fulgurante arrivant par ciel découvert se répandit à travers tout mon cerveau et enflamma tout mon cœur et toute ma poitrine comme une flamme qui ne brûle pas, mais qui réchauffe, à la manière dont le soleil chauffe un objet sur lequel il darde ses rayons, et de nouveau, j'entendis une voix du ciel qui me disait : Annonce donc et écris.Sainte Hildegarde de BingenAmour inexprimable, bonté inimaginable. lumière non mesurable resplendit en mon cœur.

Tout chrétien est appelé à la vie mystique, quelle que soit sa vocation; le chrétien est sollicité à approfondir, à intérioriser et à vivre le mystère de Jésus Christ et " son insondable richesse ". Habité par ce mystère dès son baptême, le chrétien peut en découvrir progressivement les hauteurs et les profondeurs à l'aide des Écritures, grâce à la participation à la vie sacramentaire, spécialement l'Eucharistie ; et il lui est donné de le concrétiser par son amour toujours plus parfait de Dieu et du prochain. Guidée et illuminée par l'Esprit, cette communion de vie avec et dans le Christ, par le dynamisme qui lui est propre, s'épanouit aux dimensions trinitaires. Comme le dit Saint Jean: "Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons vers lui et nous ferons une demeure chez lui ( Jn. 12,24)." La demeure de Dieu dans l'âme. Cette promesse solennelle d'expérience mystique prononcée par Jésus dans son discours de la dernière cène s'adresse à tous les chrétiens. Cependant tous ne font pas le même type d'expérience de la demeure de Dieu en eux.

Pour la maturité et la plupart du temps, la conscience de la présence divine demeure implicite, cachée sinon absente. Le chrétien en reçoit tout de même quelques indices, de petites lueurs de lumière divine, à travers une foi qui, même si elle peut chanceler, ne défaille pas ; il en reçoit encore une espérance qui persévère à travers les épreuves, et à travers une capacité d'amour qui ne cesse de grandir et témoigner qu'un Autre l'habite; ou encore dans certains moments-clefs de la vie ; naissance d'un enfant, appel a une vocation spéciale, guérison d'une maladie qui semblait incurable, un secours imprévu, un temps fort dans la prière ou dans l'Eucharistie etc. On dira alors que c'est seulement Dieu qui peut accomplir de telles merveilles. Cela dépasse nos capacités humaines.Une expérience de Dieu plus directe.D'autres par contre et ce sont les mystiques - font une expérience plus directe et immédiate de la présence de Dieu.

Comme le dit une mystique médiévale de la famille franciscaine, la Bse Angèle de Foligno: " Les vrais fidèles éprouvent, pénètrent, palpent quelque chose du Verbe incarné". Par les mystiques, Dieu n'est pas simplement un concept, une belle idée, mais une réalité vivante; ils ont une conscience plus vive et intense d'avoir rencontré Dieu et de percevoir que tout vient de Lui, est rempli de Lui, et retourne à Lui.Voie et État mystique Séduits et bouleversés par cette rencontre, les mystiques n'ont qu'un désir au cœur, la recherche de Dieu qui devient la seule réalité qui compte. De diverses manières et selon la profondeur de l'appel et de la réponse, ils ou elles entrent dans un processus de purification, d'illumination et d'union avec Dieu. Ce processus est souvent accompagné de phénomènes secondaires tels que visions, extases, révélations, etc. C'est l'entrée et la progression dans la voie ou les états mystiques au sens plus restreint, qui peu à peu a servi à définir cette ou ces expériences. Il importe de signaler que l'Initiative de l'ascension mystique, comme toute démarche chrétienne, vient de Dieu qui accorde ses dons à qui, comment et quand il le veut.Les saints : pas tous des mystiques.Comme nous l'avons déjà indiqué, tout chrétien est appelé à la sainteté, à la perfection de l'amour, mais les saints ne sont pas tous des mystiques ; pas tous font l'expérience de ces états privilégiés d'union avec Dieu. La sainteté de sainte Thérèse d'Avila ou de saint Jean de la Croix n'est pas la sainteté de sainte Élisabeth de Hongrie ou de saint Vincent de Paul. Il y a bien des saints canonisés qui ne sont pas des mystiques. L'essentiel pour chaque chrétien est la fidélité à sa propre mission, la vérité qui est la sienne, la réponse d'amour à l'amour reçu, la qualité du don de soi. Il reste que toute vie chrétienne authentique vise en quelque sorte ce dont les mystiques témoignent: "Mon âme a soif du Dieu vivant. Quand le verrais-je face à face?"

©Revue Franciscaine mars-avril 1986 page 375-à 278

Les mystiques, témoins de l'amour passionné de Dieu Avant de nous livrer les grands secrets de quelques mystiques franciscains, à partir du prochain numéro, le Père Paul Lachance, docteur en spiritualité, présente ici la dernière partie de son introduction sur ces êtres au cœur passionné. Contribution des Mystiques à nos questions. Ce que les mystiques nous apportent de différent et d'original, c'est l'amplification de l'expérience chrétienne fondamentale. Ils / elles sont des signes placés sur notre route pour nous indiquer ce que peut être une vie chrétienne et humaine pleinement épanouie, réalisée et authentique.

Les Mystiques sont des génies religieux, de grands amants de l'histoire, effectivement, ce qu'ils / elles nous racontent, c'est l'histoire de l'amour passionné de Dieu pour chaque être humain.Témoins du Dieu vivant et vrai.

Les mystiques éclairent notre cheminement pour plusieurs raisons ;

D'abord, par ce qu'ils / elles ont à nous dire sur Dieu. Leur témoignage nous assure que si Dieu est " plus présent à nous que nous le sommes à nous-mêmes", il est également toujours transcendant, au delà de ce que l'on puisse imaginer ou dire. Voilà pourquoi quand ils / elles parlent de leur expérience, ils / elles se répètent sans cesse, parlent en paradoxes, créent un nouveau discours, balbutient ou se taisent devant ce qui ne peut s'exprimer. De grands amants de l'histoire. Loin d'être des évadés de l'histoire, les mystiques, au contraire pénètrent le cœur. Insérés dans la dialectique de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, oscillant entre moments de présence de l'Ineffable et moments d'absence, leur cheminement leur fait découvrir que l'amour divin illumine et transforme tous les aspects de la vie, même les plus ordinaires, les plus sublimes et les plus effroyables. Ces êtres de lumière sont des signes de l'Éternité dans le temps, pour eux le ciel s'est déchiré, leur message est essentiellement le même : tout ce que Dieu a créé est bon, l'amour et la vérité auront le dernier mot. Justice et paix s'embrasseront. Voilà pourquoi les mystiques apparaissent souvent dans l'histoire durant des moments de crise. Poussés par des situations radicales en eux-mêmes et dans la société qui les entourent, ils / elles entrent dans l'abîme de la souffrance humaine pour la vivre en eux-mêmes, en déchiffrer le sens. Luttant dans un terrible combat avec les puissances du mal, ces mendiants de l'Absolu en sortent victorieux, phares pour leur temps et les siècles à venir. De grands passeurs entre deux rives. Les mystiques sont ainsi les grands pionniers, les passeurs entre deux rives, les grands réformateurs. Marie de l'Incarnation, par exemple, se sentira appelée à émigrer de la France au Québec, un pays qu'elle imagine être "autant pitoyable qu'effroyable". Et, c'est dans cette terre non défrichée qu'elle découvrira "le ruisseau en elle-même qui sans fin recoule dans sa divine source pour s'y perdre…"

Sainte Thérèse d'Avila et sainte Colette de Corbie sèmeront à tout vent de nouvelles fondations monastiques, Saint François d'Assise, l'homme du siècle à venir, inaugurera un nouveau printemps dans l'Église et la société de son temps. Répondants avec excès à l'amour excessif de Dieu.Très souvent les mystiques s'adonnent à des pénitences effroyables ; ce n'est pas parce qu'ils /elles recherchent la souffrance comme telle mais parce que, saisis par l'amour de Jésus crucifié, ils / elles veulent s'y identifier pour grandir en amour, découvrir en lui la puissance de résurrection et de libération. Des hommes et des femmes passionnés, ivres de Dieu, répondent à un excès d'amour par un excès d'amour. Comme Jésus, ces fous de Dieu, ces êtres qui aiment Dieu à la folie, seront à leur tour méprisés, mis en prison, accusés de folie ou d'hérésie, leur vérité fait choc. Mais quel trésor et quel élan trouvent en eux / elles, ceux qui se donnent la peine de les écouter. Les fruits en sont "la joie parfaite", la paix qui dépasse toute connaissance". (S. Paul)

De grands pécheurs aussii, si les mystiques répètent sans cesse qu'ils /elles sont péché, vils, bons à rien, c'est qu'éblouis par la lumière de Dieu, ils / elles savent, plus que tout autre, ce qu'il y a en eux-mêmes de non-vrai et d'inauthentique. Plus ils / elles avancent dans leur cheminement plus ils / elles découvrent leur propre néant lié au dévoilement de l'insondable abîme du Dieu vivant. Des expériences extraordinaires mais secondaires. Comme nous l'avons signalé, le cheminement des mystiques est souvent accompagné de phénomènes extraordinaires : visions, révélations, extases, etc. Ils / elles sont les premiers à répéter que tout cela est secondaire, qu'il ne faut pas s'y arrêter. Angèle de Foligno dira : " à quoi sert les beaux sentiments, les consolations, les visions, les extases ! Tout cela est inutile si nous n'avons pas la vraie connaissance de Dieu et de nous- mêmes. " L'essentiel : la conversion permanente. L'essentiel de ce que les mystiques nous enseignentcar ils / elles sont de grands maîtres de vie spirituelle - se trouve dans la démonstration vivante du processus de conversion : comment l'action de Dieu s'insère dans l'effort humain, le complète et le mène à sa perfection. Si l'on écoute attentivement leur témoignage, on peut trouver, chacun à sa façon, les obstacles en nous-mêmes pour une vie plus authentique et plus humaine. Ils / elles sont des appels vivants à nous dépasser nous-mêmes, à aller jusqu'au bout de notre propre recherche, les mystiques nous convoquent à unifier notre vie et à devenir libres en amour. N'est-ce pas notre rêve le plus profond ? D'infatigables marcheurs

En somme, les mystiques sont, comme nous le dit Nicolas de Cuse, "des grands marcheurs". Ces pèlerins de l'Absolu ne peuvent s'arrêter de marcher, et pris par la certitude de ce qui leur manque, savent à propos de chaque lieu et de chaque objet que ce n'est pas ça qu'il faut ; ils savent qu'on ne peut résider ici, ni de se contenter de ça. Animés par un profond désir toujours purifié, ils / elles savent qu'il faut se perdre, sortir de soi et aller plus loin dans des sentiers obscurs et non tracés, ailleurs. Le Dieu que les mystiques recherchent et trouvent avec tant de certitude, demeure à la fois partout et nulle part. Habités par cet Autre qu'ils / elles peuvent de moins et moins nommer, ils / elles sont conduits et absorbés en communion de plus en plus intime avec et dans le Dieutrois fois Un. Les mystiques, alors, nous invitent à prendre la route et comme François d'Assise, à laisser derrière nous tout ce que nous possédons, tout ce à quoi nous nous agrippons et à mous mettre en route, sur une route qui mène vers l'Infini. Chacun et chacune, à sa façon, nous disent : "Venez, entendez, sentez, touchez, goûtez comme est bon le Seigneur".

Maître Eckart
Dieu s'aime lui-même et veut que nous entrions dans la ronde de son amour.

Angelus Silésius
Si Dieu arrêtait de penser à moi, je cesserais d'exister.

Karl Rahner.
Le chrétien de l'avenir sera un mystique,
ou bien ne sera pas de tout.

Jean- Joseph Surin.

Je veux aller courir parmi le monde ou je vivrai comme un enfant perdu ; j'ai pris l'humeur d'une âme vagabonde après avoir répandu tout mon bien, ce m'est tout un que je vive ou je meure. Il me suffit que l'Amour me demeure. Si de la mer je touche le rivage, et que l'amour d'y voguer m'est permis, dans un vaisseau sans voile et sans cordages, j'irai partout malgré mes ennemis. Ce m'est tout un que je vive ou je meure. Il me suffit que l'Amour me demeure. Heureuse mort, heureuse sépulture, de cet Amant dans l'Amour absorbé, qui ne voit plus ni grâce ni nature, mais le seul gouffre auquel il est tombé. Ce m'est tout un que je vive ou je meure. Il me suffit que l'Amour me demeure. Revue Franciscaine mai - juin 1986 page 310-311-312-313© Tout droit auteur est pour les Pères Franciscains

Charles Baudelaire. Les Fleurs du Mal.

Comme nous avons tâché de l'indiquer dans les articles précédents, les mystiques sont des signes placés sur notre route pour nous dévoiler ce que peut être une vie chrétienne et humaine pleinement épanouie, réalisée et authentique. Ces êtres de lumière sont comme des phares qui se relèguent à travers le temps pour illuminer l'histoire et chacune de nos vies. Don de Dieu à l'humanité, ces grands amants de Dieu ont pour mission de témoigner de l'essentiel et de servir de baromètre de la qualité de nos vies et de nos amours. Après s'être entretenu avec eux, on ne peut plus se contenter de la médiocrité, tout comme en d'autres domaines, on peut aisément saisir, en les comparant, que du Bach ou du Mozart, ce n'est pas du Trina Turner ni du Michael Jackson ; Giotto ou Michel- Ange, ce n'est pas du Diet-Pepsi ; un bon sirop d'érable québécois, ce n'est pas de l'eau sucrée qu'on aurait colorée. Êtres de feu et de sang, les mystiques font appel au meilleur de nous-mêmes, au maximum des puissances de notre cœur.

Les mystiques fascinent et font peur.

Témoins de la sainteté de Dieu par la force et l'intensité de leur expérience, les mystiques nous fascinent et nous font peur en même temps. On voudrait bien les suivre, tellement ils / elles sont attirants, mais on résiste à écouter leur message, un peu de la même façon que l'on résiste à écouter le cri de la blessure en chacun de nous, le cri du pauvre, le cri de Jésus sur la croix. On est habité de tant de lourdeurs et de peurs ! La Bse Angèle de Foligno le constate au début de son itinéraire: " Oh ! Avec quelle lourdeur nous progressons vers Dieu ! Que nous sommes pesants ! On ne fait que traîner, ou tout au plus on avance à tous petits pas !."

Comment choisir?

Mais comment choisir parmi ces innombrables étoiles qui peuplent les nuits de l'histoire chrétienne ? Quels sont ceux et celles, parmi les mystiques, qui peuvent nous aider davantage à avancer et à élargir nos horizons ? Il y a tellement de façons d'approcher Dieu, de sonder les richesses de Jésus-Christ. On ne peut les choisir toutes. Pour une raison ou pour une autre, chacun doit trouver un maître, une mère ou un père spirituel qui lui enseigne la voie, et lui donne les indices nécessaires pour passer sur l'autre rive .L'ermite laïc franciscain, le Bx Pierre Pettignano (d. 1289), le marchand de peignes de Sienne rendu célèbre par Dante, nous dit qu'il avait vu dans une vision : " Une superbe procession avec, à la tête, la Bse. Vierge Marie suivie des apôtres, des saints et des martyrs, tous, en marchant, scrutaient le terrain très attentivement afin de suivre avec grand zèle les traces de Jésus-Christ. À la fin de ce cortège, il aperçut la figure de François d'Assise, nu-pieds et en guenilles, lui seul marchait d'un pas sûr et léger dans les traces mêmes de Jésus-Christ."S. François, Père de la mystique Franciscaine.Pierre Petignano est un éclatant exemple de tant d'hommes et de femmes à travers les siècles-nous le verrons- qui ont été éclairés et enflammés par "le soleil né sur le Mont Subasion (Dante), le petit pauvre d'Assise. Séduit par son esprit y retrouvant une affinité intérieure, ces hommes et ces femmes se réfèrent à St François comme leur maître spirituel. C'est lui le guide qui oriente leur démarche, indique les axes principaux autour desquels ils / elles se lancent dans cette nouvelle voie qu'Il a tracée pour suivre Jésus-Christ et découvrir le Dieu vivant et vrai.La pauvreté, voie franciscaine pour aller à Dieu. La voie initiée par S. François se distingue de toutes les autres dans la spiritualité chrétienne par le choix de la pauvreté conçue comme moyen de libération et d'ouverture du cœur aux plus profondes vérités de la vie de Dieu et de la condition humaine. Voilà ce que S. François avait découvert en marchant avec une ardeur incomparable, dans les traces de Jésus Christ, le suivant jusqu'à reproduire dans son corps le mystère de sa passion et de sa croix. Voilà également la source de la joie du Poverrello qui éclate en louange extatique de la Trinité et de toute la création. Voilà aussi le secret de sa fraternité universelle qui ne cesse d'enchanter le monde. Voilà, finalement, le fondement de son message de paix, qu'il continue d'adresser à tous, petits et grands. L'écho du message de S. François a résonné avec éclat à travers les âges. Ceux et celles qui ont le plus intensément entendu son appel et l'on fait revivre furent les mystiques franciscains, un dénominateur commun unit presque tous ces "phares" de la famille franciscaine: la stupéfaction devant les stigmates, l'événement consécrateur de toute la vie de S. François. Presque tous les grands mystiques franciscains, quelques que soient leurs divergences de tempérament, entre eux, et S. François stigmatisé est le symbole dominant - la mandala - de la voie franciscaine.

Cette blessure cruciforme et translumineuse a été comme un rappel constant de l'itinéraire à suivre pour aller vers Dieu. S. Bonaventure, par exemple, écrit au début de son Itinéraire de l'âme vers Dieu qu'il était venu à l'Alverne pour comprendre comme S. François avait trouvé la paix. Le secret, il le trouve dans l'expérience des stigmates, et il en fera le centre organisateur de tout son livre: " à l'exemple de notre père saint François, j'étais tout haletant à la recherche de la paix, moi pauvre pécheur, indigne successeur du bienheureux père, depuis sa mort, septième général de ses frères. C'est alors qu'une inspiration, vers le trente-troisième anniversaire de son trépas, me conduisit à l'écart sur le mont Alverne, comme en un lieu de repos, avec le désir d'y trouver la paix de l'Esprit. Là, tandis que je méditais sur l’élévation de l'âme vers Dieu, je me remémorais entre autres choses, le miracle arrivé à saint François lui-même : la vision du séraphin ailé en forme de croix. Or il me sembla aussitôt que cette apparition représentait l'extase du bienheureux père et indiquait l'itinéraire à suivre pour y parvenir". Un peu plus tard, Jacopone da Tadi célèbre, à sa façon, S. François stigmatisé : " La blessure à ton côté est comme une rose vermeille. Tous ceux qui la voient en pleurent et s'émerveillent. La ressemblance à celle du Christ est telle qu'elle fait fondre le cœur dans un abîme d'amour." De même, au seizième siècle, Jean des Anges, mystique franciscain espagnol écrira après une méditation : " L'amour transforme l'amoureux dans l'objet de son amour comme le sceau et l'étampe sont transformés dans la cire attendrie par l'action de la chaleur du soleil et du feu. Ainsi l'amour opéra en notre père S. François et il est devenu un portrait vivant du Christ".Les stigmates de S. François servent alors de bannière ou d'étendard se déployant à travers les âges, comme un rappel constant à la conversion et à l'amour de Jésus crucifié. Les Mystiques franciscains en seront les porte-bannières et reprendront l'événement à leur compte chacun à sa façon et selon la culture de l'époque. C'est ce que nous allons voir dans les articles qui suivront.
Revue Franciscaine juillet - août 1986 page 346-347-348

Saint Pascal Baylon o.f.m.

Fleurs cueillies dans le jardin de la mystique franciscaine: François d'Osuna…Bernardin de Laredo…S. Pierre d'Alcantara…S. Pascal Baylon…Jean de Bonila.. Jean des Anges…Nous passons au seizième siècle en Espagne, le deuxième temps fort de l'essor de la mystique franciscaine

Frère portier de son couvent, il connut toute sa vie une prodigieuse réputation de frère des pauvres, de thaumaturge, de voyant, de fervent adorateur de Jésus Hostie, devant lequel il passait chaque jour plusieurs heures en oraison. Il fut proclamé par le Pape Léon X111, patron des Congrès et Œuvres Eucharistiques. Voici quelques vers qu'Il a composés en l'honneur du Saint Sacrement : Dis, mon Dieu, puisque tu m’as créé et est venu me racheter, et sous forme de pain te donnes à manger, et t'es fait l'hôte de mon âme, je sais que tu ne me chasseras pas. Pécheur, tu pourras m'y faire rester si tu veux. Mon Dieu, puisque je suis un petit pauvre, et un pèlerin peureux, reste avec moi, bien qu'Il soit tard, Je t'ai reçu en mon manoir: ne t'en vas pas… Reste, Seigneur, reste avec moi… Pécheur, tu pourras m'y faire rester, si tu veux. Dis-moi, mon Dieu, pourquoi t'en vas-tu de ce cœur que tu aimes?-Pécheur, tu pourras m'y faire rester si tu veux. (Gobry ,Mystiques Franciscains p.118)

François d'Osuna (d.1540)

Ses Abécédaires, six en tout, sont des chefs-d'œuvre de ce siècle d'or de la mystique espagnole. D'après ce qu'elle nous en dit dans son autobiographie, c'est en lisant le troisième abécédaire d'Osuna que Ste Thérèse d'Avila apprit à prier. Dans ces abécédaires dont les divisions des traités correspondent aux 22 lettres de l'alphabet espagnol, on trouve des recettes bonnes pour toutes les sauces ; à chacun de choisir ce qu'Il y a de mieux pour avancer. Ce que l'on a retenu le plus ce sont les enseignements d'Osuna sur les moyens d'atteindre la récollection ou l'unification de toute la personne. Voici, ce qu'il dit sur les degrés de la prière : La prière vocale c'est comme une lettre à quelqu'un, dans la méditation on envoie un messager dans la récollection (ou contemplation), on lui rend une visite personnelle. Pour arriver à l'état de récollection, Osuna conseille entre autre : Ne pense à rien, pas même à Dieu mais ajoute : pour l'amour de Dieu.

Bernardin de Laredo (d.1540)

Frère laïc et médecin, sa doctrine mystique est marquée par un élan affectif, dans son livre le plus important. L'ascension du mont Sion, très estimé lui aussi par:

Ste Thérèse d'Avila, il écrit
:Qui veut suivre le Christ, ne doit pas s'endormir.…
Qui me détachera de moi,
Ô mon Dieu, pour me donner à Toi ?Ah !
Si je pouvais perdre tout pour chercher Dieu sans manières!Ah!
Si je pouvais gagner la haute mer, et là, ne plus ramer.Ah!
Si je pouvais ne plus aimer ce qui n'a qu'apparence de l'êtreAh!
Si je pouvais m'attacher sans retour à L'Invisible qui seul est…
Le monde et ses consolations sont des oiseaux de passage.

St Pierre d'Alcantara (d. 1562)

Une des figures les plus fascinantes de L'Espagne du seizième siècle. Réformateur, prédicateur, maître de vie mystique, il effraie par l'âpreté de son ascèse et de sa mortification. Il écrit: "J'ai fait un contrat avec mon corps ; aussi longtemps que je suis sur terre, celui-ci doit souffrir sans repos et quand j'atteindrai le ciel, je lui accorderai le repos éternel" ; effectivement il ne dormait que quelques heures par jour, assis dans une cellule, très étroite de quatre pieds et demie, et mangeait un peu de verdure à tous les trois jours. Le texte qui suit est indicatif de la qualité de son absorption en Dieu : Qu'un homme s'emprisonne dans son propre soi, au centre de son âme dans lequel demeure l'image de Dieu ; et là qu'il se mette à l'écoute de Dieu comme de quelqu'un qui lui parle d'une tour haute, ou comme s'il était déjà dans son cœur. Et comme si, dans toute la création, il n'y avait rien d'autre que Dieu et son âme.

Jean de Bonilla ( fin du 16e siècle)

Dans un de ses livres, le sentier du Paradis, ce grand mystique franciscain élabore toute une doctrine et une méthode d'épanouissement spirituel, dans ces élans de prière, on peut entendre les échos des louanges de St François devant l' ineffabilité de Dieu. Voici un extrait de ses enseignements sur la prière : " Lorsque, sur les ailes de vos pensées et de vos désirs, il vous prendra envie de viser droit à Dieu pour vous unir à lui et vous reposer en lui par cette union, ne vous l'imaginez pas en comparaison des choses terrestres et finies; ne lui donnez ni terme ni figure, comme n'ayant pas d'extrémité ni de hauteurs limitées, comme étant présent en toutes choses, et toutes choses subsistant en lui, vous devez vous représenter que c'est une Étendue absolue, un bien inépuisable, un Être infini, un Abîme sans fond, une Merveille inconcevable, un Monde incompréhensible: voilà le sujet de vos contemplations, ou plutôt de vos admirations."
( Gobry ,Mystiques Franciscains p.119)

Jean des Anges (d. 1609)


Le franciscain mystique le plus marquant de la fin du seizième siècle. Dans une de ses œuvres, il nous dit que les mystiques sont le vrai soutien du monde : Je dis qu'il y a toujours eu, et qu'il y en aura toujours des âmes amoureuses de Jésus-Christ, et jamais on ne verra manquer les démonstrations de ces bienheureux désirs ; on aura toujours soif de lui. Toujours on aura désir de le voir ; toujours il y aura de doux soupirs, fidèles témoins de l'ardeur du cœur. Il est plus possible que la lumière manque au soleil que le monde manque d'âmes qui aiment et adorent Jésus-Christ, parce que cet amour est le soutien du monde, et c'est lui qui le tient comme par la main, pour qu'Il ne vienne pas à défaillir, car le monde n'existe pas, sinon dans la mesure où il se trouvera en lui quelqu'un qui brûle pour Jésus-Christ.( Gobry, Mystiques Franciscains p. 121)

Durant le siècle d'or de la mystique espagnole, il y aurait bien d'autres noms de la famille franciscaine à ajouter. Mentionnons-en quelques-uns: Diego d'Estelle

; Alphonse de Madrid, Barnabé de Palma, Gabriel Toro, Le P. Nicolas Factor etc. Nous continuerons ce survol dans un prochain article.

Fleurs cueillies dans le jardin de la mystique franciscaine.
Ste Colette de Corbie…Ste Catherine de Bologne…Henri de Heerp…

Bse. Battista Verani…Ste Catherine de Gênes.

C'est en Espagne, au sixième siècle que le flambeau de la mystique franciscaine se rallumera. Avant d'aborder ce deuxième temps fort, regardons quelques-unes des mystiques qui ont précédé ce siècle ; elles ne sont pas les moindres de ces phares qui ont éclairé l'histoire

Ste Colette de Corbie (d.1417)

Une des plus grandes figures de l'Histoire franciscaine ; chez les Clarisses, seulement Ste Claire la dépasse. Dans les premiers vingt ans de sa vie, elle mena la vie de recluse durant quatre ans. Ensuite elle reçut la mission de la réforme des trois ordres. Son action fut particulièrement efficace auprès des Clarisses où elle fonda ou réforma une quinzaine de monastères en France et aux Pays-Bas. Cette "petite ancelle et serviteresse du Seigneur" était, elle aussi, embrasée de zèle pour la pauvreté. Le règne de Dieu ne peut nous manquer si nous ne manquons pas à la sainte pauvreté.

Ste Catherine de Bologne (d.1463)

Clarisse comme Ste Colette, elle composa un œuvre mi-autobiographique, mi-didactique; Les armes nécessaires au combat spirituel. Ce livre écrit dans une langue simple, a connu dans toute l'Italie, pendant les siècles qui suivirent sa parution, un succès exceptionnel. Ste Catherine fut frappée à son tour par les stigmates de St François.

Au jour de la fête de saint François, on se demandait si c'était un Séraphin ou vraiment Jésus-Christ qui accorda à S. François les sacrées stigmates. Certains disent que ce ne fut Jésus-Christ mais un Séraphin transformé en Lui. La réponse que je donne est celle-ci. Ce fut vraiment Jésus-Christ transformé en forme de Séraphin. À une autre demande à propos de la signification des six ailes du Séraphin, je réponds : les deux ailes qui se déploient, une vers la droite et l'autre vers la gauche, signifient comment la bonne renommée de cette sainte religion doit prendre son vol vers l'Orient et vers l'Occident pour que dans toutes les parties du monde elle couvre de multiples lieux et un grand nombre de frères et de sœurs. Les autres ailes qui s'élongent tout droit vers le haut signifient que cette religion doit atteindre les sommets de la contemplation, à laquelle ne doivent pas manquer les frères et soeurs qui en font partie. Les deux autres ailes qui tombent vers le bas signifient la sainte pauvreté. Si ces ailes sont une charge trop lourde à porter, ils ne peuvent pas s'envoler. Il convient alors que les frères et les sœurs de cette religion cheminent le plus légèrement possible avec rien de pesant sur la conscience. Avec un cœur tout joyeux comme S. François et Ste Claire, ils / elles peuvent avancer sans empêchement. Mais si la pauvreté n'est pas observée, tout tombe en ruine (traduction de l'auteur de cet article)

Henri de Herep di Harphius (d.1477)

Le plus célèbre nom franciscain parmi les spirituels du quinzième siècle. Sa spiritualité, qui ressemble beaucoup à celle du grand Rusbroech, jouit d'une grande influence auprès des auteurs mystiques franciscains des seizième et dix-septième siècles, en Espagne et en France. Son œuvre principale fut la théologie mystique. Une de ses contributions à la spiritualité de son époque fut l'enseignement d'exercices d'aspiration, c'est-à-dire de courtes prières pour stimuler et réchauffer le désir de l'amour de Dieu. En voici quelques-unes : O Seigneur, quand vous aimerais-je parfaitement?
O Seigneur, quand serais-je complètement et parfaitement immergé et absorbé en vous?

Bse Battista Varani (d.1527)

Encore une autre clarisse qui atteint les sommets de la contemplation et exerce une grande influence ; elle excelle dans les descriptions des peines intérieures du Christ, surtout au jardin des Oliviers, les douleurs mentales de Jésus, titre de la plus connue de ses œuvres, contient l'enseignement suivant : Mon enfant, que ta pauvreté soit celle-ci : ne vouloir pendant ta vie autre chose que Jésus crucifié, Oh ! Qu'il est riche qui n'a autre chose que Dieu.

Ste Catherine de Gênes (1510)

Femme mariée, tertiaire franciscaine, douée d'une personnalité forte et complexe. Le Baron Von Hugel, son plus grand biographe, dans ses deux volumes désormais classiques : The Mystical element in Religion, écrit à son sujet :" On pourrait dire, tout simplement, qu'elle est devenue sainte parce qu'elle n'avait pas le choix. C'était la seule façon pour que sa personnalité si contrastée ne fasse naufrage. Luttant sans cesse contre une sensibilité trop vivre et troublée, elle a réussi à produire les plus beaux fruits d'amour et de raison". La sainte de Gênes est célèbre pour son traité. La purgation et le purgatoire, le fruit de son expérience de purification. Elle combine une vie intérieure et mystique très intense avec le service des pauvres dans un hôpital ou elle servit comme directrice à un certain moment.

Voici un extrait de son traité sur le purgatoire:

Une fois dépouillée de toutes ses imperfections, l'âme trouve son repos en Dieu, avec aucune caractéristique qui lui est propre, puisqu'à travers la purification le moi intérieur est dépouillé. Même si l'âme demeurait dans le feu, elle ne l'éprouverait pas comme une souffrance ; car il s'agirait des flammes du divin amour de la vie éternelle, tel qu'en jouissent les béatifiés au ciel. Ettore Vernazza qui a transcrit ses écrits fait l'observation suivante : Imaginez ! À Gênes, une sainte dans l'administration ! Peut- être y-a-t-il de la chance pour nous?

Au quinzième siècle, parmi les mystiques franciscains il faudrait au moins ajouter S. Jean de Capistran, grand prédicateur. St Bernardin de Sienne aussi, qui a répandu la dévotion au Saint Nom de Jésus. Revue Franciscaine Janvier -Février 1987 page 23-24-25

Fleurs cueillies dans le jardin de la mystique franciscaine. C'est avec le témoignage de Ste Véronique Giuliani que nousconcluons, dans cenuméro, notre parcours de la mystique franciscaine à travers les siècles.

Sainte Véronique Giuliani (d. 1727)

Cette extatique italienne et clarisse tient une place d'honneur dans la tradition de la mystique franciscaine. Son énorme Journal, 8 gros volumes 22,000 pages dans l'édition italienne - contient le récit le plus détaillé des états mystiques qu'on peut trouver dans toute l'Hagiographie chrétienne. Un principe anime sa spiritualité : La souffrance est la clef de l'amour. Comme son père spirituel S. François, elle reçut les stigmates, marque de l'amour crucifié de Jésus dans son corps.

Voici comme décrit l'événement:

" Tout à coup, j'entendis un roulement de tonnerre avec un vent violent: notre cellule devint toute resplendissante. Comment cela se fit, je ne sais : je restais hors de mes sens. J'eus alors la vision de Jésus crucifié : il avait un aspect si majestueux et si rayonnant que je ne pouvais le regarder. Cependant il m'attirait à lui, je ne sait trop comment. Je ne puis dire à peu près rien, avec la plume, de ce que j'éprouvai et de ce qui se produit en cet instant. Mon unique souvenir, c'est que je vis sortir des plaies de Jésus cinq rayons ardents. Ils s'élancèrent vers moi ; l'un se posa sur mon cœur les autres sur mes mains et sur mes pieds. Je ressentis une vive douleur et il me sembla qu'on m'avait transpercé le cœur avec une lance acérée, les mains et les pieds avec de gros clous.

Je revins à moi, anxieuse de souffrir, avec une nouvelle connaissance de moi-même et le désir de la conversion des pécheurs. En me regardant, je m'aperçus les bras étendus, et la cellule était remplie d'une grande lumière; la blessure du cœur était ouverte et produisait une grande abondance de sang : j'en ressentais une vive douleur, je ne pouvais me mouvoir en aucune façon à cause de la souffrance et la douleur que j'endurais aux mains et aux pieds. En leur milieu, tant dessus que dessous, il y avait une pustule grosse comme un pois. Quand je vis ces stigmates extérieurs, je pleurai beaucoup et, au fond du cœur, je priai le Seigneur de bien vouloir les cacher aux yeux de tous. Mon Dieu! Quel chagrin me fit tout cela ! Du que je pus, j'essuyai la blessure du cœur et j'effaçai le sang du sol ainsi qu'aux endroits où il avait jailli.

Il me souvient que, subitement, je tombai de nouveau en extase : je vis Jésus crucifié, et il me dit de ne pas me chagriner à cause de cela, parce que c'était sa volonté que ces stigmates restent exposés à la vue de tous ; ainsi serait confirmé qu'il étendait ses bienfaits aux ingrats eux-mêmes dont j'étais, pourvu qu'ils soient disposés de tout leur cœur à sa sainte volonté. (Gobry, Mystiques Franciscains,p.164)

Avec ce texte boleversant de Ste Véronique Giuliani, nous terminons notre survol de la mystique franciscaine. Nous avons tenté, au long de notre pèlerinage à travers les siècles, de cueillir ici et là quelques fleurs qui ont peu réjouir nos yeux etréchauffer notre cœur. Mais le jardin ouvert par le charisme de S. François est immense et magnifique. Nous avons cueilli de ci de là, en passant, il ne faut jamais l'oublier. Comme on a pu sûrement le constater, la tradition mystique franciscaine a pris des coloris divers, selon les époques, les pays et les tempéraments.

Conclusion

Nous avons porté notre regard sur trois moments forts de notre tradition:
1- celui des origines, les 13e et le 14e siècles.
2- Le 16e siècle en Espagne
3- Le 17e siècle en France.

Ce sont les siècles de la plus merveilleuse floraison. Par la suite se lèveront ici et là, particulièrement au 18e siècle, d'éminent(e)s mystiques franciscain(e)s, mais peu à peu l'élan va perdre du souffle et de l'ampleur, pour enfin disparaître presque complètement aux deux derniers siècles. Aurons-nous cette grâce, en cette fin du 20e siècle si rempli de tourments, de voir surgir et s'allumer de nouveaux phares dans le sillage franciscain ? Notre époque en serait illuminée, car la tradition mystique franciscaine a encore beaucoup à nous apprendre.

Nous concluons intentionnellement cette série d'articles qui dure depuis plus de deux ans, par le récit de l'expérience des stigmates chez Ste-Véronique Guliani. Ce texte nous remet en mémoire une affirmation des tout premiers articles, à savoir que les stigmates de S. François sont et demeurent l'événement dominant de toute la tradition mystique franciscaine. Événement qui, de plus, a valeur de symbole. Comment S. François, mendiant de l'absolu, a-t-il atteint le sommet de la vie mystique ? C'est ce que nous verrons dans cette même revue, après une interruption de quelques mois. D'ici là, vous pouvez m'exprimer vos impressions, en français, à l'adresse ci-dessous.

Fleurs cueillies dans le jardin de la mystique franciscaine
Bse. Marie - Crescence Hoss…Bse. Marie- Madeleine Martinengo…Ambroisse de Lombez.. Marie de Nativité Beaucoup moins riche que celui qu l'a précédé, le dix-huitième contient néanmoins des mystiques franciscaines de marque. Nous en avons choisi quelques-unes

Bse. Marie-Crescence Hoss (d. 1744)

Né en Bavière, elle vécut tout sa vie dans une intimité très intense avec le Christ et fut douée de nombreuses grâces mystiques. Elle eut beaucoup à souffrir dans la communauté des franciscaines qu'elle habitait. Voici quelques vers tirés d'un Cantique qu'elle a composé : Ô douce main de Dieu, vous encouragez mon cœur. Vous faites que je me ris des souffrances. Il me semble que Dieu joue à la balle avec moi. Plus il frappe fort, plus je monte haut! (Gobry, Mystiques franciscains p. 169)

Bse Marie -Madeleine Martinengo ( d. 1737)

Une très grande Clarisse italienne. Son amour passionné du " Christ souffrant" la conduisit aux plus hautes visions du Dieu Trinitaire. Des très belles pages de son Autobiographie, nous avons choisi ce passage : Mon âme a obtenu la grâce tant désirée de l'épouse du Cantique des Cantiques, quand elle disait :" Baise-moi du baiser de ta bouche…" Dans le baiser il y a trois opérations : la première, le mouvement des lèvres ; la seconde, le toucher de la personne baisée ; la troisième, la chaleur qui se sent dans l’acte même du baiser.

Ces trois choses, je les ai senties dans cette sublime opération, je l'explique comme ceci ; le mouvement de la puissance infinie du Père, qui tout en étant immobile, s'incline pour ainsi dire afin de baiser l'âme. Mais dis-moi, Père qu'avez-vous dans votre bouche divine pour me baiser sans me faire complètement fondre dans l'amour. C'est le Verbe qui accomplit la deuxième opération, par un toucher si délicat et en même temps si puissant qu'Il attire l'âme en Dieu, afin qu'elle devienne une seule chose avec lui. La troisième opération qui suit est pleine de feu et d'ardeur que l'Esprit fait monter en spirale dans l'âme…«

Ambroise de Lombez (d. 1778)

.Avec Benoit de Canfeld, le plus grand nom parmi les maîtres spirituels capucins, on dit de lui qu'Il fut " le S. François de Sales du dix-huitième siècle". Ses œuvres eurent une large diffusion. Son Traité de la joie de l'âme chrétienne a connu pas moins de 22 éditions françaises et fut traduit en diverses langues; dans le bref extrait qui suit, il nous livre un secret de la vie spirituelle : l'importance de cheminer dans la confiance. Marchez comme à la lueur des éclairs; que le premier pas vous conduise au bout du chemin; ensuite, restez là pour attendre l'autre. Suivez la providence pas à pas; ne vous souciez que du premier que vous avez à faire.

Marie de la Nativité (d.1798)

La vie et les révélations de cette Bretonne visionnaire qui portait le nom de Jeanne Le Royer avant d'entrer chez les Clarisses, remplissent quatre trois volumes. Dans le passage qui suit, elle nous décrit son comportement à un moment où elle avait "la mort au cœur." Seigneur, vous savez l'état misérable où je suis, mais mon Dieu, la foi me l'apprend, vous êtes un Dieu puissant en vous-même, un Dieu rempli de gloire et de majesté, que les anges et les saints adorent et aiment infiniment, Vous serez éternellement un Dieu glorieux et rempli de félicités éternelles. À ces mots je disais :"ô mon Dieu ! Avec un grand désir de vous aimer, j'ai le malheur de ne pas vous aimer ; mais, ô mon Dieu ! Vous êtes et cela me suffit." Dans mon affliction, je répétais plusieurs fois de suite : " Dieu est et cela me suffit " Je changeais quelque fois en disant: "Dieu est éternel," et en répétant : " Dieu est éternellement heureux ; je veux l'aimer en lui-même et pour lui-même. Pour moi, je deviendrai tout ce qu' Il lui plaira". Je voulais dire par ces sentiments-là que je mettais toute ma force, toute ma félicité, même mon paradis, dans l'être éternel de Dieu; et en cela mon âme tressaillait de joie et d'allégresse, disant de tout mon cœur: "Dieu est, et cela me suffit."(Gobry Mystiques franciscains, p.181)

Dans le prochain numéro, nous allons terminer notre survol de la mystique franciscaine par le témoignage éclatant de Ste Véronique Giuliani, une des plus grandes mystiques de toute la tradition issue de S. François.
Franciscaine Novembre-décembre 1987 page 202-203

Fleurs cueillies dans le jardin de la mystique franciscaine
Constantin de Barbanson-Boniface Maes-Marie d'Agreda-
St Charles de Sezze-Barthélemy de Saluce

Nous avons vu combien le flambeau de la mystique franciscaine brillait d'une façon étonnante au dix-septième siècle en France. Mais ce pays n'en a pas l'exclusivité. En Espagne, en Italie, en Allemagne, aux pays Flamand, Belge et ailleurs existent également des exemples représentatifs éminents de l'héritage mystique initié par S. François. Nous en avons choisi quelques-uns.

Constantin de Barbanson (d.1631)

Membre de la province capucine des Flandres, il gravit très rapidement les sommets de la vie mystique et en enseigna la voie dans ses œuvres spirituelles, Il était très habile dans l'usage de la métaphore pour attirer l'attention. Par exemple, dans l'un de ses livres les secrets sentiers de l'amour divin, il compare les facultés de l'âme aux rouages d'une horloge, la volonté étant la roue maîtresse ; les régions spirituelles seraient la terre des promesses, toute " regorgeante de lait et de miel ". Ou encore, il compare l'âme à une montagne aux diverses altitudes, une ville avec ses faubourgs, une maison à plusieurs étages munie de moyens de communication. Dans un autre de ses livres. L'anatomie de l'âme, il écrit : " Si l'on faisait l'anatomie de tout soi-même, on n'y trouverait que Dieu, pénétrant le tout jusqu'aux moelles les plus intimes. " Boniface Maes (d. 1706) Lui aussi un Flamand, un Récollet. Sa Théologie mystique, qu'il publia en 1668, eut un tel succès qu'elle compta dix éditions en quelques années et fut traduite en plusieurs langues. Ses enseignements sont pleins de bons sens. En voici un exemple :"Nous devons avec beaucoup d'effort et très énergiquement faire violence à notre cœur, mais cette violence doit être exercée avec beaucoup de discrétion, afin de ne faire aucun tort à la nature."

Marie d'Agreda (d.1665)

À peine âgée de 25 ans et déjà abbesse d'une communauté de Conceptionnistes, (religieuses issues de la famille franciscaine) en Espagne elle s'est sentie appelée à écrire une vie de la sainte Vierge. La Cité mystique de Dieu ou Vie Divine de la très sainte Vierge Marie. Cet immense ouvrage, en six colonnes dans l'édition française, fut traduit dans toutes les langues dès le dix-septième siècle et fut sans cesse réédité. On y trouve des détails d'une étonnante précision sur la vie de Vierge Marie.

Voici, par exemple, comment elle est décrite au jour de l'Annonciation : " Elle (Marie) avait alors 14 ans, 6 mois et 17 jours. Sa taille était supérieure à celles des filles de son âge ; elle avait le visage ovale, les traits fins, le front large, les yeux grands et modestes d'une couleur entre le noir et le vert, d'un éclat incomparable tempéré par le sourire de l'innocence ; si bien proportionnée et si parfaitement belle, en un mot, qu'elle restera sans égale. Sa vue inspira à la fois la sympathie à la priante, un profond respect et des sentiments célestes. Son habit était pauvre et propre, d'une couleur de cendre et d'une sévère modestie."

St . Charles de Sezze (d. 1670)

En Italie, cet humble frère lai, presque illettré, discourait sur les sujets les plus élevés de la théologie et de la mystique, et cela avec une telle précision qu'il excita l'admiration des plus éminents théologiens de son temps. Les plus illustres personnages, les cardinaux et jusqu'au pape Clément IX lui-même recouraient volontiers à ses lumières et à ses conseils. Il composa un grand nombre d'écrits spirituels, dans lesquels il propose la contemplation mystique comme le sommet de la vie spirituelle ; il engage tout le monde à y tendre sans relâche car selon lui " le bonheur consiste dans la vision et la jouissance de Dieu." Goûtons ces quelques vers qu'Il a composé : L'amour est un, mais nombreux sont les amants. Tous reçoivent l'amour d'un seul Amour. Un Guide, mais plusieurs voyageurs. Tous guidés par un seul Guide. Une grande fontaine, mais plusieurs ruisseaux. Tous découlent d'une seule Fontaine. Notre Dieu est Trine et UN qui mesure ses dons à tous et chacun. Jésus enseigne la loi ceux qui désirent venir à Dieu. Le Saint Esprit les corrige afin qu'aucun ne périsse. Le Père Éternel règne sur tous. C'est Lui le but de tous nos désirs. L'âme doit en définitive demeurer seule sous le manteau du Père, Fils et Saint Esprit.

Barthélemy de Saluce (d.1617)

Le plus grand mystique italien du dix-septième siècle. Son œuvre comprend dix ouvrages en prose dont le fameux Paradis des Contemplatifs, cinq recueils de poèmes et une série de lettres. Voici quelques vers tirés de son très beau poème intitulé Laudes Spirituelles : Mon Jésus, mon Jésus. Qui suis-je, et qui es- tu ? Mon Jésus, mon doux Amour. Mon Jésus est tendre et beau. Il est le seul qui me brûle et qui enflamme mon cœur. Mon Jésus, mon Jésus. Qui suis-je, et qui es- tu ? En Jésus, je veux espérer. Jésus seulement je veux suivre, Jésus seul je veux écouter, seul mon Jésus je veux aimer. Mon Jésus, mon Jésus qui suis-je, et qui es-tu ? Je déverserai de mes yeux fleuves et fontaines, et je pleurerai. Toi, mon Jésus, je t'appellerai pour découvrir où tu te trouves. Mon Jésus , mon Jésus,qui suis-je, et qui es-tu ? Assis parmi les ronces et les plates, je me tiendrai dans les bois et forêts; parmi les bêtes sauvages et les fauves j'appellerai Jésus mon doux amant. Mon Jésus, mon Jésus qui suis-je, et qui es-tu ? J'appellerai toutes les bêtes pour louer mon cher amour ; J'aimerai Jésus avec larmes, je l'appellerai par mes prières. Mon Jésus, mon Jésus, qui suis-je, et qui es-tu ? En chantant et en pleurant je leur clamerai le doux Nom. Et Jésus, dans les verts feuillages des arbustes, viendra les entendre. Mon Jésus, mon Jésus qui suis-je, et qui es-tu ? (Mystiques franciscaine p.#125-126)Dans le prochain article, nous aborderons les mystiques franciscains du dix-huitième siècle.

Nous quittons l'Espagne du seizième pour la France du dix-septième, troisième temps fort de la mystique franciscaine. C'est spécialement les mystères capucins qui vont briller d'une façon toute spéciale.

Benoît de Canfeld ( d. 1610)

Henri Bremmond, un des plus grands historiens de la spiritualité française a considéré ce grand mystique capucin comme " le maître des maîtres eux-mêmes…. ; sa Règle de Perfection a servi de manuel à deux ou trois générations de mystiques… ; de toutes les influences qui ont façonné la prière aux dix-septième siècle, il n'y en a pas qui dépasse la sienne". Pour ce renommé capucin, toute la vie spirituelle se concentre dans l'effort d'unir sa volonté à celle de Dieu. À la première page de sa Règle se trouve une image que lui-même a dessinée. Il l'explique comme ceci : La figure en forme de soleil représente la volonté de Dieu.

Les visages à l'intérieur, rangés en cercle par trois rangs, montrent les trois degrés de cette divine volonté extérieur, Intérieur et essentiel. Le premier degré signifie les âmes de la vie active, le second celles de la vie contemplative, le troisième celles de la vie suréminente. La clarté de la volonté divine brille moins sur les visages du premier cercle, bien davantage sur ceux du second, mais elle est resplendissante sur les visages du troisième. Par contre, les premiers paraissent beaucoup, les seconds moins, le troisième point, montrant que les âmes du premier degré sont beaucoup en elles-mêmes, et peu en Dieu ; celles du second degré sont moins en elles-mêmes, et plus en Dieu ; celles du troisième ne sont presque point en elles-mêmes mais toutes en Dieu, et absorbées en sa volonté de Dieu, enseignant la pure intention des âmes, qui en toutes choses doivent regarder cette divine volonté.

La partie inférieure de l'Image monte le Seigneur sur le Mont des Oliviers, avec les disciples endormis dans l'arrière fond et au ciel, un ange présentant un calice. Au-dessus sont inscrites les paroles :- Non pas ma volonté mais la tienne (Lc 22).

Séverin Rubéric (début du 17e siècle)

Prédicateur exceptionnel et apprécié, il publia entre autres Les exercices sacrés de l'Amour de Jésus... Citons ce passage qui met très bien en relief la relation entre l'union à Dieu et apostolat : La qualité la plus nécessaire peut-être aux ouvriers du salut des âmes, qui est d'être parfaitement souples entre les mains de Dieu, se trouve excellemment dans les âmes élevées à l'union sacrée. Ces âmes mobiles, prêtes à tout ce que Dieu veut, de quelque côté qu'il les veuille tourner, à la vie ou à la mort, à la gloire ou à l'infamie, à l'honneur ou à la risée de tout le monde, aux actions nobles ou viles, aux douces ou aux pénibles, aux aisées ou aux laborieuses, aux actions de sagesse ou de folie, de prudence ou de sottise selon le monde…

Joseph du Tremblay ( d. 1638)

Disciple de Benoît de Canfeld et de son enseignement sur la pureté d'intention, il est un des mystiques les plus contradictoires et polyvalents de toute la tradition franciscaine. Provincial de sa province, préfet des missions des Capucins français pour l'Orient, fondateur d'une nouvelle branche de Bénédictines, le Calvaire, et mêlé à tous les événements religieux de son époque, il essaie de relancer les croisades. On a écrit de lui qu'il était " un des six hommes les plus influents de son temps. C'est pour son activité politique comme conseiller personnel du redoutable Cardinal Richelieu qu'Il est surtout connu, d'où le titre, à jamais mémorable, qu'on lui attribua :" l'Éminence Grise". Même s'il est quelque peu tendancieux, il faut lire le roman que le grand écrivain anglais, Aldous Huxley a écrit à son sujet, et qui est intitulé justement: « L'Éminence Grise « En même temps qu'Il déployait des activités multiples Joseph du Tremblai était fort expérimenté dans la voie mystique. Il laissa une dizaine d'ouvrages sur l'oraison, l'eucharistie, l'ascèse, la catéchèse, tous des fruits de son expérience; revenant d'un de ses nombreux voyages, il composa ces vers : J'ignore où mon dessein, qui surpasse ma vue, si vite me conduit ; Mais comme un astre ardent qui brille dans la nue, Il me guide en la nuit.

Et à une autre occasion:

C'est une chose d'être homme de bien selon Dieu, c'en est une autre d'être tel selon les hommes. Dans le prochain article, nous continuerons notre survol de la mystique franciscaine au dix-septième siècle en France Nous continuons dans cet article notre survol de la mystique franciscaine de France au dix-septième siècle. Un autre capucin français du dix-septième siècle qui mérite beaucoup d'attention. Il laissa une œuvre abondante. Pour lui, comme pour bien de ses confrères, la haute perfection consiste dans l'abandon à la volonté de Dieu en union avec le Christ par amour. Citons un passage d'un de ses livres. Le progrès de l'amour divin. Au sommet de l'édifice, il faut que l'âme se détache complètement d’elle-même, qu’elle fasse taire tout murmure, toute plainte, tout regret, qu’elle reste complètement indifférente à tous les biens de la terre, uniquement attentive à la volonté de Dieu…. L’indifférent ne vit que de l’amour divin. Il ne cherche que la volonté de Dieu, qu’il peut accomplir aussi bien dans la richesse que dans la pauvreté. Il saura s’occuper, s’il le faut, des affaires du monde, mieux qu’aucun autre même, car il aura le cœur dégagé de toutes préoccupations terrestres, et mieux que les autres, il verra son devoir, c’est-à-dire la volonté de celui qu’il aime, la volonté de Dieu. Voilà l’idéal qu’ail faut atteindre, voilà le sommet de la perfection.


Bernardin de Paris (vers 1600-1685)

L'Eucharistie était au centre de sa spiritualité. S François, son modèle dans la plus importante des ses œuvres. L'esprit de saint François formé sur celui de Jésus-Christ, comme tant d'autres mystiques franciscains avant lui, il voulait mettre en évidence le sens de la stigmatisation de S.François. Il le fait à la manière de son temps. En voici un passage : Le Fils de Dieu, voulant associer saint François aux Apôtres et aux plus grands saints de l'Église, choisit la montagne d'Alverne pour le lieu, le temple et l'autel où il sera consumé, comme une victime d'holocauste par son amour souffrant, par la vertu de son esprit et par l'Impression de ses plaies. Saint François peut donc s'écrier avec tous les saints qui sont ses frères et avec Jésus-Christ même : " Tout est consommé " De la part du Calvaire d'abord, car mon céleste maître ne peut pas communiquer une charité plus ardente, un esprit plus pur et plus divin, m'imprimer des plaies plus saintes puisque ce sont les siennes qui passent de lui en moi, tout est consommé de ma part : je ne puis lui offrir ni cœur plus altéré de souffrances, ni une volonté plus ardente à partir, ni une chair plus capable de porter ses plaies. Le même amour qui consume le Maître consume le serviteur, les plaies qui l'immolent me sacrifient, et ainsi s'achève la consommation de ma vie en la sienne, pour ne plus vivre que de celle-ci, ne plus l'aimer que de son amour, et ne plus souffrir que de ses blessures-.Le plus haut point de perfection pour que les hommes et les femmes puissent être élevés est de cesser d'être ce qu'ils sont pour devenir en quelque manière ce que Dieu est, car sortis des mains de Dieu, ils ont pour fin de rentrer dans le sein de la divinité… Sur le Calvaire, Jésus-Christ, pour consommer les saints, les tire d'eux en lui comme en leur chef, de sorte qu'ils n'existent plus que pour ses grâces de leur vie en sa mort, de sorte qu'ils ne vivent plus qu'en ses souffrances… C'est le grand dessein du Fils de Dieu sur François : il veut être sa consommation sur la montagne d'Alverne par l'amour souffrant, avant de l'être au Ciel, par l'amour jouissant; il veut totalement le consommer en ses plaies avant de le consommer dans le sein de la Divinité par les feux et les flammes du céleste amour. (Gobry , Mystiques franciscains p.141)

Hyacinthe d'Amiens ( première moitié du 17e siècle)

Ce capucin très savant et prédicateur célèbre fut tout épris d'un amour passionné pour Jésus crucifié. Écoutons-le chanter la croix de Jésus. Ha! chère Croix , épouse de mon âme, l'amie de mon cœur, l'unique de mes désirs, que tu es belle, et tu as du relief par-dessus tout ce qui est de plus excellent ; belle aux yeux de Dieu, puisqu'il est mort entre tes bras ; belle aux yeux des hommes et des anges, puisque par toi ils ont mérité la grâce et la gloire ; belle en tes feuilles mais plus belle encore en tes fruits, pourtant sur ton sacré branchage le fruit et les délices de tout le Paradis ; Croix admirable qui soutient le ciel, qui régit et gouverne le monde, qui perce jusqu'au plus creux de l'enfer. Croix bienheureuse qui porte le prix et la récompense des âmes souffrantes et qui leur sert de miroir pour bien souffrir, Croix honorable et suradorable , qui sert d'ornement à toutes les créatures et il ne s'en trouve pas une seule qui ne soit enrichie de cette noble marque depuis la mort de Jésus (Gobry, Mystiques franciscaines p. 144)

Chrysostome de saint -Lô (d.1646)

Père de l'école mystique normande du dix-septième siècle, il exerça une profonde influence sur Saint Jean Eudes, Jean de Bernière, Mechtilde du Saint-Sacrement et probablement S. Vincent de Paul et J.J. Olier. Il enseigne surtout des méthodes "à se désoccuper de toutes les créatures pour ne s'occuper de Dieu seul ". La voie, c'est l'union à Jésus crucifié : L'union avec Dieu est utile et nécessaire au delà de toute ce qu'on peut s'imaginer, puisqu' Il est notre tout pour notre justification et pour notre salut; de même l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié nous l'est d'une façon singulière, parce que c'est sur la Croix qu'il a tracé principalement le secret de notre prédestination, qu'il a obtenu notre conversion et notre justification, qu'Il nous a mérité tout les dons que nous n'aurons jamais, qu'il a négocié, conclu et assuré toute l'affaire de notre salut ; c'est pourquoi, de la liaison que nous avons avec lui dans ce mystère, dépend tout notre bonheur. (Gobry, Mystiques franciscaines p.148)

Comme tous ces auteurs que nous avons cités en témoignent, la plupart des premières générations capucines - l'arbre de la mystique franciscaine déborde en fruits abondants au dix-septième siècle. En tout justice, il y enaurait bien d'autres à nommer: tel Paul de Lagny, Honoré de Cannes, Laurent de Paris, tous éminents mystiques. Nous les passons pour le moment, afin de donner place à d'autres témoins venant de l'extérieur de la France durant ce troisième temps fort de la mystique franciscaine. C'est ce que nous ferons dans le prochain article. Revue Franciscaine juillet - août 1987 page 135 - 138


Sainte Catherine de Sienne ne craindra pas de marteler sévèrement au Pape et aux grands de son temps,
la vérité qu'elle a découverte en Dieu. http://www.franciscaincapucin.ca/lien_cap.html

Je tiens mes sites à bout de bras depuis 1989 pour faire de l'Évangélisation accessible
à tous, si vous avez un peu de monnaies pourrez vous m'aider à continue cette mission.

Cependant je ne peux remettre de reçu d'impôt car depuis1989 je n'ai reçu que 2 dons veillez en prendre note. Merci

POUR CHOISIR UNE SÉRIE VOUS CLIQUEZ SUR MENU